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Radicalisation : Harper veut criminaliser les voyages dans certaines régions

Le Parti conservateur entend empêcher les Canadiens de se rendre dans certaines zones du monde où des groupes terroristes recrutent et forment des partisans, s'il est reporté au pouvoir.

« La menace est bien réelle. Il y a des Canadiens qui sont apparus dans des vidéos du soi-disant État islamique menaçant le Canada », a affirmé Stephen Harper, dimanche matin, à Ottawa.

« Un gouvernement conservateur réélu fera en sorte que le fait de se rendre à des endroits désignés par le gouvernement comme étant des foyers d'activités terroristes sera une infraction criminelle », a-t-il promis.

Les conservateurs n'ont pas nommé d'endroits précis, mais soulignent que l'Australie a adopté une mesure législative similaire en interdisant les déplacements dans la province de Raqqa, en Syrie, et dans le district de Mossoul, en Irak.

« Les Canadiens pouvant démontrer qu'ils se sont rendus dans des zones désignées à des fins légitimes ne seront pas poursuivis », a précisé le chef conservateur. L'aide humanitaire et les reportages journalistiques professionnels font partie des activités légitimes.

M. Harper a affirmé que le gouvernement fédéral a identifié 80 individus qui étaient revenus au Canada après avoir participé à des activités terroristes.

Des mesures controversées pour combattre le terrorisme

La nouvelle volonté du Parti conservateur s'inscrit dans un plan plus large pour combattre le terroriste, qui inclut la loi antiterroriste C-51, laquelle élargit la portée des interdictions de vol et crée une nouvelle infraction criminelle d'encouragement à commettre un acte terroriste.

Cette loi qui accroît aussi l'échange d'information de sécurité entre organisations et agences fédérales, facilite l'obtention par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d'une ordonnance de garder la paix pour restreindre les mouvements d'un suspect et prolonge les détentions préventives.

La loi antiterroriste a été adoptée par 183 voix contre 96, grâce à la majorité gouvernementale conservatrice et au soutien des libéraux.

Le Nouveau Parti démocratique avait proposé des amendements qui auraient, selon lui, ajouté plus de surveillance des mesures et de plus fortes protections de la vie privée. Thomas Mulcair entend abolir cette loi s'il est porté au pouvoir.

Lors du débat des chefs, jeudi à Toronto, le chef libéral Justin Trudeau a affirmé que son parti avait appuyé la loi C-51 puisqu'elle contenait « des éléments spécifiques qui protègent immédiatement et concrètement la sécurité des Canadiens », et qu'il souhaiterait maintenant y ajouter des mécanismes de supervision, par des élus, pour mieux protéger la vie privée des Canadiens.

Le chef conservateur estime que la supervision des opérations des agences de sécurité du gouvernement ne doit pas être politisée, et qu'il est préférable de recourir à des experts et des juges pour protéger les droits des Canadiens.

De nombreux experts se sont opposés à la loi antiterroriste du gouvernement Harper.

Oui, mais... dit Duceppe

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a bien accueilli la proposition faite par Stephen Harper, mais a émis tout de même quelques bémols.

« Il faut maintenir l'équilibre entre la sécurité et la liberté [...] Il faudra voir [la proposition des conservateurs] dans les détails, mais en gros je suis d'accord avec une mesure qui interdit les déplacements vers les zones contrôlées par l'État islamique. »

Mais selon M. Duceppe, le chef conservateur doit aller plus loin. Il affirme que le Canada doit aussi cesser de vendre des armes à des pays qui ne respectent pas les droits de la personne, citant notamment l'Arabie saoudite et le cas du blogueur Raif Badawi.

«  S'il veut être sérieux M. Harper, qu'il maintienne l'équilibre entre la sécurité et la liberté, mais qu'il cesse de fournir des armes à des régimes qui bafouent les droits humains. »

Une diversion, selon Trudeau

Le chef libéral Justin Trudeau a accusé le chef conservateur de vouloir faire diversion en amenant le thème de la sécurité. Selon lui, Stephen Harper veut éviter de parler d'économie et de la « faillite de son plan ».

« Le Canada est un pays qui défend les droits des individus et quand il veut limiter ces droits, il se doit de répondre à beaucoup plus de questions que ce matin. Il se doit de démontrer un plan clair, une justification précise et répondre à bien des questions. »

M. Trudeau n'a pas voulu se prononcer sur le fond de l'annonce de M. Harper.

« C'est très clair que c'est pour parler d'autre chose que d'économie qu'il essaie de parler de la sécurité. On ne s'engagera pas là dedans, ce n'est pas quelque chose qui me préoccupe. »

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