Isolé, le village de Radisson, une des localités non autochtones les plus au nord du Québec, traverse le temps malgré une baisse importante de sa population. Rencontres avec des gens attachés à leur communauté et à leur style de vie.

Un texte d’Hugo Lavallée

Il a beaucoup été question ces dernières années d’occupation du territoire, particulièrement dans le contexte du développement du Nord québécois. Mais comment vit-on dans le Nord? Certains le font, même si la vie n’y est pas toujours facile.

André Simard et Georgette Gandoul

Après avoir obtenu un poste d’infirmier à Radisson, André Simard a convaincu sa femme, Georgette Gandoul, originaire du Sénégal, d’y déménager. « J’ai dit à ma blonde : “Je t’ai amenée au Québec, je vais t’amener encore plus loin. Je vais t’amener dans le Nord!” », rigole André.

Sa femme n’a pas hésité longtemps avant de dire oui. « Partout au Canada, je te suis », lui a-t-elle répondu. Leurs deux enfants, Isaac et Arthur, ont passé presque toute leur vie à Radisson. L’endroit, estiment André et Georgette, est idéal pour élever de jeunes enfants.

Éric Hamel

Éric Hamel a grandi à Radisson, et c’est ici qu’il a trouvé son premier emploi, une fois ses études universitaires à Québec terminées.

Responsable des visites dans les installations d’Hydro-Québec, il retrace pour nous les moments importants de la jeune histoire de la communauté. « Ici, il n’y avait rien. Il n’y avait aucune communauté. La route de la Baie-James [et le village] ont été construits pour les travaux » d’aménagement de la rivière La Grande.

Jusqu’à 590 familles ont résidé ici en 1977, au plus fort de la construction de la centrale LG2, devenue depuis l’Aménagement Robert-Bourassa. Initialement, le village devait être démantelé après les travaux, mais « Radisson est le seul village familial qui a perduré après les travaux ».

Jean Nouvellet

C’est l’appel de la nature et des grands espaces qui a convaincu Jean Nouvellet de déménager à Radisson. Français d’origine, il s’est établi dans la communauté avec sa famille voilà maintenant deux ans.

« Pour moi, le succès, c’est ça », explique-t-il, alors que nous quittons sa maison pour une promenade. « On vient de sortir, ça fait deux minutes qu’on marche, et tu es dans le bois. Ici, peut-être même qu’on va les croiser, il y a des caribous qui passent. »

Père de trois enfants, il se dit impressionné par la qualité des services offerts aux résidents de la communauté : CPE, école, centre de santé... tout ce dont une famille peut avoir besoin est à portée de main.

Denise Pelletier

Denise Pelletier est arrivée à Radisson au moment même où la communauté prenait forme. Son mari travaillant à l’époque pour Hydro-Québec, elle a fait partie des premières familles à s’être installées à Radisson.

Maîtresse de poste dans la localité pendant une trentaine d’années, elle a tenté, après sa retraite, de déménager à l’extérieur de la région. Deux mois plus tard, elle rebroussait chemin. « Quand je suis revenue à Radisson, je me trouvais assez bien. J’aimais plus Radisson qu’avant », sourit-elle.

Elle est chanceuse : sa fille, sa petite-fille et même son arrière-petite-fille habitent toutes trois à Radisson. C’est l’entraide et la proximité entre voisins qui lui a surtout manqué lors de son incursion plus au sud. « Des fois, je vais à l’épicerie et on me dit : “Mme Pelletier, voulez-vous une ride?” Tu n’aurais pas ça “en bas“. Ou “en bas“, tu n’embarquerais pas avec n’importe qui », explique-t-elle.

Providence Saint-Amant et Maxime Boivin

Radisson a été apaisante pour Providence Saint-Amant et Maxime Boivin, 25 ans. « On cherchait une place pour être bien, pour être heureux, puis on ne trouvait pas ça à Laval où on habitait », explique Maxime. Sur un coup de tête, le couple a donc décidé de tout laisser derrière lui et de partir à l’aventure explorer le Nord québécois.

« On a vu que tout le monde se parlait, on a eu un emploi le lendemain, logés et nourris. On a décidé de rester. Finalement, on a passé tout l’été et on est tombés en amour [avec Radisson] », raconte Providence.

Le couple a mis ses problèmes de côté et a même eu une petite fille. « Quand on est arrivés, on était deux jeunes qui se cherchaient. Puis au travers de ça, on est devenus une famille. Une famille qui s’établit et qui prospère, qui vit bien. [...] Ça nous a donné un coup de pouce dans la vie », conclut Maxime.

Normand Lacour

Normand Lacour est président de la localité de Radisson, où il habite depuis 28 ans. Ceux qui vivent à Radisson sont très attachés à leur communauté, explique-t-il, mais il est de plus en plus difficile de convaincre de nouveaux résidents de venir s’y installer.

Selon les données du recensement de 2016, publiées tout récemment, Radisson compte 468 résidents qui y sont établis de façon permanente.

« Ce ne sont pas des dépenses [gouvernementales] que j’aimerais, ce sont plus de résidents. Mais là on se bat contre de grosses machines », dit-il, déplorant que la majorité des employés d’Hydro-Québec affectés à l’entretien des barrages sur La Grande Rivière ne résident pas sur place.

Il souhaite la mise en place d’une véritable politique d’occupation du territoire, surtout que les obstacles à la vie à Radisson sont nombreux : piètre état de la route de la Baie-James, accès à Internet limité, nourriture plus chère et moins variée qu’ailleurs. S’il dit sentir une « volonté politique » pour que Radisson continue d’exister, il souligne que c’est surtout « grâce à la volonté des Gaulois, appelons-les comme ça, les irréductibles, qui voulaient rester à Radisson » que le village existe toujours.

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