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Raif Badawi devient citoyen d’honneur de la Ville de Montréal

La Ville de Montréal a accordé lundi après-midi la citoyenneté d'honneur au blogueur Raif Badawi, emprisonné depuis six ans en Arabie saoudite, en guise d'appui au mouvement qui réclame sa libération.

Un texte de Jérôme Labbé

Le certificat de citoyenneté a été décerné à Raif Badawi lors d’une cérémonie à l’hôtel de ville, peu avant 13 h, en présence de la mairesse Valérie Plante, de la présidente du conseil municipal, Cathy Wong, et de plusieurs membres d'Aministie internationale.

Ce titre s'ajoute aux citoyennetés honorifiques déjà accordées à M. Badawi par les municipalités de Sherbrooke et de Hampstead, dans l'ouest de l'île de Montréal.

Plusieurs voix s’étaient élevées à Montréal ces derniers mois pour que la Ville fasse un geste significatif pour épauler le mouvement qui réclame la libération de l’écrivain et blogueur saoudien.

Le chef de l’opposition officielle à Montréal, Lionel Perez, ainsi que le conseiller de Snowdon et chef de Coalition Montréal, Marvin Rotrand, avaient notamment présenté une motion pour réclamer ce geste de la mairie il y a plus d'une semaine.

Ensaf Haidar et Irwin Cotler, ex-ministre fédéral de la Justice et fondateur du Centre pour les droits humains Raoul Wallenberg, ont d'ailleurs participé à un point de presse en compagnie de MM. Perez et Rotrand, lundi matin.

Ils ont dit espérer que la citoyenneté d'honneur accordée à Raif Badawi relance le mouvement mondial pour obtenir sa libération, qui a moins défrayé la manchette depuis 2016.

« Notre souhait, c'est de convaincre le prince Mohammed ben Salman [vice-premier ministre et prince héritier de l'Arabie saoudite] que c'est dans son intérêt d'agir, a résumé M. Rotrand. Il doit comprendre que ce mouvement-là va grandir. »

Le conseiller de Snowdon a aussi promis de soulever la question lors de la prochaine réunion de la Fédération canadienne des municipalités, la semaine prochaine.

Hasard ou coïcidence : Ensaf Haidar devrait obtenir officiellement sa citoyenneté canadienne vendredi. « Jeudi, c'est mon examen pour la citoyenneté. J'espère le passer », a dit Mme Haidar, dans un français de moins en moins hésitant, ajoutant qu'elle se sentait à la fois Québécoise et Canadienne.

Cette nouvelle citoyenneté de Mme Haidar pourrait-elle jouer en faveur de la libération de son mari? Irwin Cotler croit que « toute action de ce genre est susceptible d'avoir un impact dans le dossier ».

Mme Haidar a par ailleurs fait savoir qu'une demande avait été faite au gouvernement fédéral pour qu'il octroie lui aussi une citoyenneté honorifique à son mari. « On l'a demandé il y a deux ou trois mois, mais jusqu'à maintenant, je n'ai pas reçu de nouvelles », a-t-elle indiqué.

Présente à l'hôtel de ville, Mme Haidar n'a pourtant pas participé à la cérémonie au cours de laquelle Raif Badawi a été fait citoyen d'honneur, en début d'après-midi.

La mairesse Plante, qui a d'abord évoqué un conflit d'horaire, ne s'explique pas son absence.

« Je suis vraiment embêtée, a-t-elle lâchée, plus tard en après-midi. Je ne sais pas quoi vous dire, parce que nous, on avait donné le scénario à Mme Haidar au préalable et elle était d'accord, alors je ne sais pas ce qui s'est passé. »

En prison depuis six ans

Blogueur et écrivain engagé pour les droits et liberté en Arabie saoudite, Raif Badawi a été condamné en juin 2012 à 10 ans de prison, assortis de 1000 coups de fouet et d’une amende de 290 000 $ pour avoir « rejeté et insulté l’islam ».

Il a reçu 50 coups de fouets devant une mosquée en 2015. Sa sentence a ensuite été suspendue en raison de son état de santé.

Le traitement réservé à Raif Badawi a soulevé une vague d’indignation dans le monde, notamment au Québec, où sa femme et ses trois enfants habitent dans la ville de Sherbrooke.

Avec la collaboration de Julie Marceau

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