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Randy Tshilumba est non criminellement responsable, selon le psychiatre de la défense

Randy Tshilumba souffrait d'un trouble délirant et ne pouvait pas distinguer le bien du mal lorsqu'il a poignardé à mort Clémence Beaulieu-Patry dans un Maxi, en avril 2016. C'est la conclusion du psychiatre embauché par la défense, qui a témoigné mercredi au procès pour meurtre de l'accusé au palais de justice de Montréal.

Un texte de Geneviève Garon

« Ça ne fait pas de sens, c'est complètement injuste pour la famille de la victime. C'est une pathologie », explique le psychiatre Louis Morissette au sujet du trouble mental grave qui afflige Randy Tshilumba, selon lui.

Le jeune homme aurait eu la « conviction inébranlable » que Clémence Beaulieu-Patry et quatre de ses amies voulaient le tuer. Lorsqu'il a rencontré la jeune femme de 20 ans sur son lieu de travail le 10 avril 2016, il était persuadé qu'elle allait faire feu sur lui et des clients de l'épicerie et qu'il n'avait d'autre choix que de la tuer, selon le psychiatre. « À ses yeux, il a fait une bonne action en protégeant les clients et lui », soutient l'expert.

« Monsieur présentait une pathologie mentale [trouble délirant, forme persécutoire] qui l'empêchait de distinguer le bien du mal, c'est-à-dire que monsieur était convaincu qu'il posait une action juste, bien évidemment en tenant compte de ses croyances délirantes [...] », conclut le docteur Morissette dans son rapport finalisé le 24 août dernier.

À la demande des avocats de Randy Tshilumba, 21 ans, le psychiatre a rencontré l'accusé à quatre reprises, entre le 8 mai et le 15 août dernier, avant de rédiger ses conclusions.

Pourquoi elles?

Le psychiatre ignore pourquoi l'étudiant a développé ce délire au sujet des cinq filles de son secondaire qu'il connaissait à peine. « La logique du jeune homme était malade », dit-il. Elle s'est développée de façon insidieuse au cours des dernières années, d'après lui.

À l'automne 2014, des publications Facebook anodines, dont il croyait être le destinataire, pourraient avoir augmenté son anxiété. L'accusé aurait, entre autres, vu la photo d'un homme noir et barbu sur la page d'une amie de Clémence, en plus de croiser une autre amie par hasard près d'un métro. « Selon monsieur, cela venait confirmer le fait que le groupe le suivait et connaissait ses allées et venues », peut-on lire dans le rapport.

Le docteur Morissette n'est pas d'accord avec le mobile de la poursuite, à savoir que l'accusé était amoureux de la victime.

Il a indiqué aux jurés qu'un autre psychiatre a conclu que Randy Tshilumba souffrait plutôt d'un délire schizophrénique, un diagnostic qu'il ne rejette pas complètement.

Il mentionne dans son rapport que dans les dernières semaines, plus d'un an et demi après le meurtre, « monsieur demeure convaincu de la réalité du danger qu'il appréhendait ». Randy Tshilumba a d'ailleurs témoigné en cour qu'il entend des bruits dans les murs de l'institut Philippe-Pinel, où il est détenu et qu'il croit que ce sont les amies de la victime qui essaient d'entrer.

Le témoignage de Louis Morissette se poursuit jeudi.

La mère de Tshilumba avait trouvé un couteau dans sa chambre

Plus tôt mercredi, la mère de l'accusé a témoigné avoir confisqué un couteau trouvé dans la chambre de son fils, quelques mois avant le meurtre. Son comportement avait changé dans les dernières années, selon elle, et il était devenu très anxieux.

Il lui aurait expliqué que l'arme appartenait à un ami et aurait ajouté : « maman, c'est pour se protéger, on ne sait jamais ». Très inquiète, Tshipata Irène Mbiye lui aurait demandé s'il était membre d'un gang de rues, ce qu'il aurait nié.

Elle a aussi témoigné qu'elle croyait son fils victime de harcèlement de la part d'un garçon. Un jour que Randy Tshilumba lui aurait demandé 1000 $, elle a cru que c'était pour remettre à son intimidateur et a refusé. En contre-interrogatoire, la femme était incapable de situer cet événement dans le temps.

Un meurtre prémédité, selon la poursuite

La poursuite tente de démontrer que Randy Tshilumba avait planifié d'assassiner Clémence Beaulieu-Patry sur son lieu de travail, parce qu'elle avait refusé ses avances.

Il s'était rendu au Maxi à trois reprises dans les jours précédant le meurtre.

Quelques heures avant de la tuer, il a fait des recherches sur Internet au sujet du « Maxi Crémazie Papineau » et de la « personnalité limite ».

Selon la poursuite, il a empoigné le manche de son couteau dès qu'il est entré dans la section de l'épicerie où la victime travaillait.

Il aurait apporté des vêtements de rechange, puisqu'il prévoyait être taché de sang et se serait caché des policiers pendant plusieurs heures dans les toilettes du Tim Hortons, après son crime.

Le couteau et des vêtements tachés de sang ont été saisis dans le casier de l'accusé au Cégep André-Laurendeau. Il a aussi fait des recherches sur Internet afin de savoir comment se débarrasser d'une arme.

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