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Rattraper le retard du dossier médical électronique

On en parle depuis plus 20 ans, tellement qu'on a fini par ne plus y croire. Mais c'est maintenant un fait : le dossier médical électronique existe, il est utile et, en plus, il n'a pas coûté si cher que ça.

La prochaine fois que vous mettrez les pieds dans une clinique, jetez un coup d’œil autour de vous : les omniprésentes filières bourrées de dossiers médicaux et les montagnes de feuilles couvertes de l’écriture illisible des médecins ont probablement disparu.

La raison : après avoir longtemps tiré de la patte par rapport au reste du Canada, les omnipraticiens québécois se sont mis à l’heure des dossiers médicaux électroniques (DME).

En 2013, à peine 600 d'entre eux étaient passés du dossier papier au dossier numérique. En 2016, ils sont plus de 5500. Avec une moyenne de 1000 patients par médecin, on parle donc maintenant de 5 millions de Québécois qui ont un DME.

« Aujourd'hui, 85 % de nos membres qui font du suivi, qui font du GMF [groupe de médecine de famille], qui font du cabinet, ont des dossiers médicaux électroniques. On est passé de dernier à premier de classe », affirme Dr Serge Dulude, de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

Vingt ans et 10 ministres de la Santé après l’échec retentissant de la fameuse carte à puces, le fruit est finalement mûr, ajoute le Dr Daniel Léveillé, de la Polyclinique Terrebonne, qui compte plus de 80 000 dossiers numérisés.

 Ici, il n'y a personne qui retournerait en arrière, même ceux qui n’étaient pas à l'aise au départ avec l'informatique 

Dr Daniel Léveillé

Ce grand bond en avant a été rendu possible en bonne partie par un programme de subventions gouvernementales visant à encourager les omnipraticiens à moderniser leur pratique. Au total, une soixantaine de millions de dollars, soit entre 10 000 $ et 15 000 $ par médecin, ont servi notamment à l’implantation du programme, à l’achat de matériel, à la formation, et aux coûts d’utilisation du réseau et de stockage dans l’infonuage.

Les dossiers médicaux électroniques simplifient le travail des médecins en leur offrant l’ensemble de l’historique médical d’un patient en quelques clics, y compris les notes des différentes consultations, les résultats de laboratoires et d’imagerie médicale.

Il permet aussi de gérer plus efficacement les rendez-vous. « Tout le monde y trouve son compte », estime le Dr Daniel Léveillé, qui évalue pouvoir recevoir de quatre à cinq patients de plus chaque jour grâce à son système de DME.

Une porte ouverte sur le Dossier Santé Québec

Mais le dossier électronique est également, et surtout, une porte ouverte sur l’autre grand réseau d’informations médicales, le Dossier Santé Québec (DSQ). Grâce à une clé d’identification, votre médecin peut maintenant se brancher sur le DSQ qui compile de l’information en continu provenant de 120 laboratoires publics, une centaine de sites d’imagerie médicale et pas moins de 1800 pharmacies.

Le DSQ a coûté une fortune, soit près de 1 milliard de dollars à ce jour, et il est encore incomplet puisqu’il faut y ajouter les informations sur la vaccination, les allergies et les hospitalisations, ce qui ne sera pas fait avant 2018. Mais au final, lorsque le DME et le DSQ seront bien arrimés et que les hôpitaux et les CLSC auront contribué en numérisant leurs dossiers patients, le résultat, à défaut d’être économique, devrait être très satisfaisant, estiment les experts.

C'est devenu une norme de qualité, explique le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert. « Ça permet de faire des analyses sur la qualité des soins qui sont offerts par les médecins, d'avoir des dossiers qui sont lisibles, de favoriser la communication entre les professionnels. Donc, c'est clair que c'est là où il faut aller, il n'y a aucun doute là-dessus. »

Le seul pépin? Impossible pour l’instant de transférer simplement et efficacement le dossier d’un patient d’une clinique à une autre clinique. D’abord, parce que les cliniques ne sont pas branchées en réseau, et surtout parce qu’il existe autant de logiciels que de fournisseurs et qu’évidemment, ils ne parlent pas exactement le même langage.

« On peut fournir une copie papier au patient, ou une copie sur clé USB, explique le Dr Léveillé, et sa nouvelle clinique se chargera de faire le reste. »

Le même problème existe à l’échelle des hôpitaux puisqu’ils font eux aussi affaire avec des fournisseurs privés. Mais dans ce dernier cas, le ministère va progressivement imposer un standard commun à tous les établissements.

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