Justin Trudeau avait surpris plusieurs vétérans de la scène politique fédérale en annonçant, dès le début de son mandat, qu'il se passerait d'un lieutenant québécois, un poste qui a existé, formellement ou informellement, depuis la Confédération. Le dossier de l'aide fédérale à Bombardier est en train de prouver qu'il en aurait grand besoin.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Le gouvernement prend tellement de temps à se décider dans ce dossier qui, pourtant, n'est pas si compliqué - certainement pas plus que la légalisation de la marijuana! - que bien des gens se demandent ce qui peut bien être en train de se passer à Ottawa.

En fait, l'aide fédérale à Bombardier est en train de devenir un véritable test de l'influence réelle des ministres québécois à Ottawa. L'industrie aéronautique est au Québec ce que l'automobile est à l'Ontario. À Ottawa, l'aide à l'industrie automobile a été presque automatiquement offerte, et avec l'appui de l'opposition, chaque
fois que cela a été nécessaire, comme en 2008. Mais, c'est curieux, l'aide à l'industrie aéronautique est toujours plus difficile à faire accepter, surtout par les milieux financiers de Toronto.

Or, ces temps-ci, ce sont les représentants de la finance de Toronto qui semblent avoir le haut du pavé à Ottawa. Les rares renseignements qui ont filtré des négociations entre le gouvernement et Bombardier disent que le tout a achoppé sur la volonté ferme du gouvernement fédéral de changer la gouvernance de Bombardier, en particulier les actions à votes multiples. Ces actions permettent à la famille Beaudoin-Bombardier de contrôler la compagnie avec moins de 20 % des actions, mais la majorité des droits de vote.

Très critiquées, ces actions sont pourtant vues, au Québec, comme le meilleur moyen de s'assurer que les sièges sociaux des joyaux du Québec inc., comme CGI, Couche-Tard ou Bombardier, restent dans la province. Une question qui est devenue sensible au Québec depuis quelques mois et qui n'a pratiquement pas eu d'écho dans le reste du pays. Mais c'est le genre de situation qui arrive souvent, et pas seulement dans des dossiers économiques.

En contact avec le PM

C'est là que devrait entrer en jeu le lieutenant québécois du premier ministre. Un ministre senior, qui a l'oreille de son patron et qui, contrairement à ses collègues, peut parler au premier ministre pratiquement à volonté.

Un lieutenant qui peut relayer les préoccupations du gouvernement du Québec, des milieux d'affaires du Québec et aussi du caucus des députés québécois et des militants du parti. Il est aussi un contrepoids essentiel à l'entourage immédiat du premier ministre qui est souvent, par la force des choses, surtout en provenance du Canada anglais. Dans le cas de M. Trudeau, on peut même dire que c'est tout particulièrement le cas.

Le Québec ne peut pas se plaindre de sa place dans le cabinet Trudeau, mais on notera quand même que seulement deux des six ministres québécois avaient une expérience de la politique fédérale et un seul, Stéphane Dion, avait déjà été ministre avant l'élection d'octobre dernier. Et pour M. Dion, le portefeuille des Affaires étrangères est, pour des raisons pratiques, incompatible avec une présence quotidienne dans les dossiers politiques qui touchent le Québec.

Quant au ministre des Transports Marc Garneau, il n'a fait preuve d'aucun leadership dans ce dossier pourtant crucial pour le Québec, préférant le laisser à son collègue Navdeep Bains de la région de Toronto.

Avec le résultat que, dans ce dossier, on dirait que les préoccupations du Québec ne sont pas entendues à Ottawa. Dans un dossier hautement politique qui risque de faire très mal au gouvernement Trudeau au Québec, il ne semble pas y avoir un Québécois qui ait l'oreille du premier ministre et qui puisse être, auprès de lui, un lien privilégié avec le Québec. Quelqu'un qui peut, aussi, aplanir les difficultés avant qu'elles ne fassent les manchettes.

Cette institution qu'est le lieutenant québécois peut sembler un peu étrange ou même superflue au XXIe siècle. Mais, historiquement, elle a bien servi les premiers ministres, libéraux ou conservateurs, qu'ils soient Québécois ou non. M. Trudeau peut continuer de s'en passer, mais le dossier Bombardier devrait lui démontrer qu'il le fait à ses risques et périls.

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