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Recrutement autochtone : le ministère des Affaires autochtones rate de loin sa cible

Le ministère des Affaires autochtones et du Nord du Canada s’est lancé dans une frénésie d’embauche cette année, mais pour l’instant, seules quelques rares personnes autochtones ont été retenues pour des emplois stables à temps plein.

Dans une entente entérinée en 1996 avec les Premières Nations, le ministère fédéral avait promis de « faire tous les efforts possibles » pour qu’un employé sur deux recruté par l’agence soit Autochtone. Toutefois, pendant plus de 20 ans, les responsables ont failli à leur tâche, invoquant comme explication des gels de l’embauche ou bien un manque de candidats convenables ou volontaires.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a depuis ouvert les vannes de recrutement. Dans ses plans, le ministère des Affaires autochtones prévoit d'embaucher 278 employés au cours de la présente année financière afin d’appuyer de nouveaux programmes d’infrastructures et de surveillance de la qualité de l'eau, entre autres. En outre, environ 180 nouveaux postes seront créés au cours des trois prochaines années.

Pourtant, sur les 117 nouvelles recrues déjà embauchées par le Ministère cette année, seulement 21 d’entre elles s’identifient comme Autochtones, soit un taux de 18 % – bien loin du 50 % promis depuis deux décennies.

Le taux de recrutement est même inférieur à la composition de l’effectif ministériel actuel, où environ 30 % des 4100 employés s’identifient comme Autochtones.

Une promesse non respectée

« Pour moi, c’est extrêmement frustrant, et pas juste parce que je suis une personne parfaitement qualifiée et à la recherche d’une carrière », témoigne une femme autochtone titulaire de deux diplômes et qui a postulé à de nombreux postes vacants au ministère des Affaires autochtones, sans succès.

« À une plus grande échelle, je trouve que c’est contrariant pour tous les peuples autochtones et pour l’ensemble du Canada, affirme-t-elle. Nous avons un nouveau gouvernement qui parle d’une relation de nation à nation, de l’engagement et de toutes sortes de bonnes choses. »

N’aurions-nous donc pas intérêt à amorcer ce processus-là en embauchant des Autochtones qui sont passionnés par le fait de travailler avec le gouvernement et auprès de leur peuple, qui veulent rapprocher les deux groupes et apporter des changements positifs?

Une femme autochtone frustrée à la recherche d’un emploi auprès des Affaires autochtones

Radio-Canada a accepté de taire son identité afin de préserver sa vie privée et d'éviter de porter préjudice à sa recherche d'emploi.

Un processus en cours

Une porte-parole de Carolyn Bennett, ministre responsable du domaine en question, affirme que l’objectif d’embauche de 50 % tient toujours, notamment dans le cadre de « l’avancement du processus de réconciliation » avec les peuples autochtones entamé par le gouvernement.

« Nous savons qu’il y a du travail à faire et le Ministère continue d'examiner toutes les possibilités afin d’assurer la réalisation de cet objectif », a rapporté la porte-parole Sabrina Williams dans un courriel, sans fournir plus de détails.

La taille de l’effectif a atteint son comble de 5073 employés en 2011-2012, avant que le gouvernement conservateur ne dépose un budget axé sur la réduction du déficit, coupant 900 postes au Ministère en trois ans.

Le taux d’employés autochtones a reculé de 2 % au cours des 10 dernières années, s’établissant à 29 % de l’effectif du ministère fédéral.

Des ressources inutilisées

Le porte-parole des Affaires autochtones et du Nord, Shawn Jackson, révèle qu’en dépit de l’objectif d’embauche de 50 %, « il n’existe aucun quota pour cette vague de recrutement ».

Les gestionnaires peuvent utiliser, à leur discrétion, plusieurs instruments […] pour déterminer les stratégies de dotation en personnel qui leur conviennent.

Shawn Jackson, porte-parole, ministère des Affaires autochtones

En mars, la Commission de la fonction publique du Canada (CFPC) a dressé un inventaire en ligne de 662 chercheurs d’emploi autochtones possédant des diplômes postsecondaires et voulant travailler au sein du gouvernement fédéral.

Cependant, un initié du Ministère ayant aussi souhaité rester anonyme confie que les gestionnaires consultent rarement le répertoire de la CFPC, ou bien ils l’ignorent complètement. « Les gestionnaires ressentent une pression de combler promptement les postes, alors ils s'en tiennent aux méthodes habituelles et maintiennent le statu quo. »

Des chiffres faussés?

Le gouvernement, de son côté, souligne qu’il est impossible de savoir le nombre exact de personnes autochtones employées par le Ministère. Un rapport rédigé en 2005 par un groupe autochtone cite que certains fonctionnaires s’identifient faussement comme étant Autochtones, alors que d’autres qui le sont choisissent de ne pas le mentionner.

Toujours est-il que la chercheuse d’emploi autochtone qui n’arrive pas à dénicher un poste permanent au sein du Ministère dit que l’expérience a sapé sa confiance dans le gouvernement.

C’est énormément frustrant, car premièrement, on nous disait qu’on n’embauchait pas parce qu’il y avait des gels. Maintenant, il y a des postes, mais [le gouvernement] ne se sert pas de l’inventaire. On dirait que la politique de 50 % n’était que des paroles.

Une femme autochtone frustrée à la recherche d’un emploi auprès des Affaires autochtones

Dans son budget annoncé le 22 mars, le gouvernement libéral a dévoilé toute une gamme de programmes destinés aux peuples autochtones dans le cadre de sa promesse de se rapprocher des Premières Nations à la suite de plus d’une centaine d’années d’exploitation, de discrimination et de négligence.

Un des programmes présentés était un investissement de 15 millions de dollars dans une stratégie de formation en deux ans pour l’amélioration des compétences professionnelles.

Avec des informations de Dean Beeby (CBC)

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