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Réforme électorale de Justin Trudeau : un premier rendez-vous manqué

Donner un sens au vote de dizaines de millions de Canadiens. Assurer une représentation vraiment à l'image des intentions de vote des électeurs. Forcer les partis politiques à rassembler et à inspirer plutôt qu'à miser sur des calculs clientélistes pour prendre le pouvoir en misant sur les intérêts individuels d'une tranche d'électeurs. Mettre fin, enfin, à l'ère des gouvernements majoritaires qui gouvernent avec l'appui d'une minorité de la population.

Emmanuelle Latraverse

  Un texte d'Emmanuelle Latraverse

On peut facilement dire que la promesse d'une réforme du mode de scrutin de Justin Trudeau incarne tout l'idéalisme des voix ensoleillées de son programme électoral. Pourtant, après six mois de tergiversations, la proposition qu'il a mise de l'avant ressemble davantage à un premier rendez-vous manqué.

Mais est-il le seul à blâmer?

Chaque vote doit compter

Pensez-y. Si la volonté réelle de l'ensemble des Canadiens était respectée à la lettre, à la lumière du résultat des dernières élections, selon la proportionnelle, le gouvernement Trudeau serait minoritaire, le Parti conservateur et le NPD auraient davantage de députés, le Bloc québécois aurait le statut officiel avec 15 élus et le Parti vert en aurait 11.

La ministre des Institutions démocratiques est la première à le reconnaître, le mode de scrutin actuel donne des « résultats déformés ». C'est le seul constat possible quand on pense qu'avec l'appui de 39,5 % de la population, le gouvernement Trudeau gouverne avec 54,4 % des sièges aux Communes et 100 % du pouvoir. Le déséquilibre est manifeste quand on pense que dans une circonscription, 28,6 % des voix ont suffi à donner la victoire au Bloc québécois, alors qu'à l'autre bout du pays une candidate conservatrice a perdu malgré l'appui de 45,2 % des électeurs de sa circonscription.

D'où la promesse de Justin Trudeau de revoir le mode de scrutin. Or, si le problème est facile à identifier, les solutions sont autrement plus complexes.

Vote préférentiel, la proportionnelle pure ou la proportionnelle mixte compensatoire, dans ce débat, chaque parti a son opinion, son option, sa formule pour améliorer ses chances à la lumière des différents scénarios de réforme. Chacun a le luxe de se réclamer d'une vision plus démocratique puisque tous, ou presque, s'entendent pour dire que le système actuel uninominal à un tour produit des résultats inéquitables dans un contexte où trois, voire quatre partis s'affrontent.

Un processus vicié?

Dans l'espoir de forger un consensus non partisan, les libéraux ont fait le pari de confier la tâche à un comité parlementaire responsable de mener de vastes consultations auprès des Canadiens et d'évaluer les scénarios de réforme.

Si ce comité a un mandat spécial d'une importance extraordinaire, sa composition s'inscrit dans le sillon des comités parlementaires traditionnels :

Pour faire preuve d'ouverture, on permet au Bloc québécois et au Parti vert de participer pleinement à l'exercice, mais sans droit de vote. Et voilà. Fin du consensus sur la réforme. Début des procès d'intention, car forts de leur majorité, les libéraux pourront contrôler l'issue du débat et en dicter les conclusions.

En effet, la question se pose. Si le résultat des élections est inéquitable à cause du mode de scrutin actuel, pourquoi perpétuer le modèle?

« Ce moment ne marque que le début de ce processus. Ce ne sera pas nous qui le dirigerons, il ne sera pas guidé par nos intérêts politiques, il sera guidé par les valeurs de tous les Canadiens », dit Dominic Leblanc, leader parlementaire du gouvernement.

Mais dans ce débat, les promesses du gouvernement ne suffisent plus. La méfiance règne.

Un débat déjà partisan

Les libéraux avaient la responsabilité de rassurer leurs adversaires politiques. Le premier ministre a fait tout le contraire. L'occasion était trop belle, l'opposition a mis de l'huile sur le feu.

« Un processus truqué d'avance », « un manque de confiance envers les Canadiens », « le prince Justin ». La valse des attaques partisanes a rapidement dominé les débats dans les couloirs du parlement. Le premier ministre a répondu en reprochant aux conservateurs d'être à l'origine de la rupture du lien de confiance de l'électorat envers le processus électoral. Il s'est moqué du pouvoir et de l'influence de la chef du Parti vert.

Le spectacle avait de quoi faire oublier que le gouvernement désire établir les bases fondamentales d'une démocratie qui inspire les Canadiens à trouver un terrain d'entente et qui traite les opinions des électeurs avec respect. Le débat a pris les allures d'un dialogue de sourds.

Le vrai changement

Dans sa promesse de vrai changement, Justin Trudeau s'est avant tout engagé à offrir un meilleur gouvernement et à rétablir la confiance des Canadiens envers le processus politique.

« Quand il est question d'intégrité, croire les représentants élus sur parole ne suffit plus pour les Canadiennes et Canadiens. Des mots, ils en ont trop entendu. Les dirigeants doivent joindre le geste à la parole », écrit Justin Trudeau dans la plateforme électorale du Parti libéral du Canada.

Offrir aux Canadiens les changements les plus profonds au système politique et électoral du pays depuis plus d'un siècle se veut justement à la hauteur de cette promesse. Passer de la parole aux actes sera le vrai test des idéaux qu'il s'est lui-même fixés et du défi qu'il a ainsi lancé à toute la classe politique.

Les parlementaires ont un peu plus de six mois pour consulter les Canadiens, étudier les scénarios, offrir une solution au dilemme électoral. Six mois pour réussir là où tant d'autres ont échoué. Six mois pour corriger le tir d'un début pour le moins décevant.

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