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Réfugiés syriens : la Turquie se fâche contre l'ONU

La Turquie ne cache plus son exaspération face aux appels des Nations unies lui demandant d'ouvrir ses frontières aux quelque 30 000 Syriens qui s'entassent depuis plusieurs jours à proximité du poste frontalier d'Oncupinar, dans des conditions précaires, après avoir fui Alep.

Selon le président turc Recep Tayyip Erdogan, l'ONU n'a donné que 455 millions de dollars au pays pour venir en aide aux millions de Syriens et d'Irakiens qu'elle a accueillis depuis cinq ans. Or, la facture de la Turquie, dit-il, s'élève à 10 milliards.

Son premier ministre Ahmet Davutoglu en a rajouté. Selon lui, il est « hypocrite que certains disent à la Turquie "ouvrez vos frontières", alors que parallèlement, ils ne disent pas à la Russie que "assez, c'est assez" ».

« Nous laisserons entrer les Syriens qui souhaitent venir, mais notre priorité est de bâtir un nouveau camp afin d'accueillir des Syriens sur le territoire syrien », a-t-il tout de même ajouté.

M. Davutoglu argue même que la Turquie ferait le jeu du président syrien Bachar Al-Assad et de ses alliés russes, iraniens et libanais en admettant des opposants à son régime sur son sol.

À l'heure actuelle, seuls quelques blessés syriens ont pu franchir la frontière turque pour être admis dans un hôpital de la ville frontalière de Kilis.

MSF et la Croix-Rouge craignent le pire

Malgré ces rebuffades d'Ankara, Médecins sans frontières (MSF) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) continuent de tirer la sonnette d'alarme face à la situation actuelle.

MSF a prévenu mercredi que le système de santé en place dans la région d'Alep est « dévasté » et qu'il est sur le point de « s'effondrer » dans le district d'Azaz, au nord d'Alep, à environ 10 kilomètres de la frontière turque.

Selon elle, plusieurs hôpitaux, dont trois qu'elle soutenait, ont été touchés par des frappes aériennes depuis deux semaines. Les attaques contre les installations médicales restantes « doivent cesser immédiatement ».

« Les combats et les campagnes de bombardement doivent cesser dans les zones densément peuplées, au moins jusqu'à ce que les civils aient pu fuir vers des régions sécuritaires où ils auront accès à des services essentiels », estime l'ONG.

Selon le CICR, ce sont en fait 50 000 Syriens qui sont déplacés dans le nord de leur pays. À Alep, dit-il, les résidents font face à de graves pénuries d'essence, d'électricité et d'eau potable.

Les résidents de la ville, la plus importante de Syrie avant que la guerre n'éclate, doivent maintenant se rendre à l'un ou l'autre des 100 points de distribution mis sur pied par le CICR pour obtenir de l'eau potable.

Le CICR soutient avoir réussi à fournir de la nourriture et de l'eau à 10 000 Syriens dans le nord de la province d'Alep au cours des derniers jours. D'autres cargaisons, qui incluront des médicaments, seront acheminées dans le secteur.

Malgré la fermeture du poste d'Oncupinar aux Syriens, la Turquie autorise des camions à traverser en sens inverse pour apporter de l'aide aux Syriens.

Selon l'ONU, 350 000 civils se trouvent toujours à Alep à l'heure actuelle.

500 morts à Alep, selon l'OSDH

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), l'offensive lancée le 1er février par les forces gouvernementales et ses alliés dans la province d'Alep a déjà fait plus de 500 morts.

Selon elle, 89 civils, dont 23 enfants, ont notamment été tués par des raids russes, tandis que l'armée syrienne a perdu au moins 143 combattants, contre 274 pour les rebelles.

En 10 jours, l'offensive du régime syrien lui a permis de reprendre plusieurs secteurs d'Alep et de se placer en position pour assiéger les rebelles qui en occupent les quartiers est.

Mercredi, les combats entre le régime et les rebelles faisaient rage dans le village de Tamoura, selon l'OSDH.

L'armée syrienne se trouve toujours à 5 km de Tall Rifaat, un des trois derniers bastions rebelles du nord de la province. Le régime cherche à prendre le contrôle de cette localité pour parvenir à la frontière turque et bloquer toute entrée d'armes destinées aux rebelles.

La Russie poursuit ses attaques, malgré la demande de l'ONU et des États-Unis de cesser le feu, et dément que ses raids tuent des civils.

Les représentants de 17 pays et de 3 organisations vont se rencontrer, jeudi à Munich, pour essayer de relancer le processus de pourparlers de paix, qui a échoué à la fin du mois de janvier à Genève.

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