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Régionaliser l’immigration au Québec : entre les défis et les actes

Les défis que représente l'immigration au Québec, qui risquent d'être fort d'actualité lors de la prochaine campagne électorale québécoise, ont fait l'objet de discussions soutenues lors d'un colloque présenté dans le cadre du 86e congrès de l'ACFAS, qui se tient cette semaine à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Un texte de Richard Massicotte, de l'émission Les années lumièreUn fait demeure relativement peu connu dans le grand public : la recherche sur la régionalisation de l’immigration est assez active au Québec.

Pas seulement dans les universités, mais aussi dans de nombreux ministères du Québec et dans des organismes communautaires intéressés par l’accueil des personnes immigrantes.

Une main-d’œuvre qui vaut de l’or

L’un des constats qui se dégagent de ce qui a été entendu au congrès, c’est que si le besoin en main-d’œuvre ne cesse de croître au Québec et que si l’immigration est l’une des solutions pour pallier le problème, il faut tout de même mettre tout cela en perspective.

Ainsi, la population de 15 à 64 ans baisse au Québec depuis 2014 et pas moins de 100 000  travailleurs partent à la retraite chaque année. Résultat : 1,4 million d’emplois sont maintenant à pourvoir.

Selon l'économiste Lassad Damak d'Emploi Québec, il y a assez de gens pour pourvoir tous ces postes, avec des nuances qui s’appliquent dans chaque secteur et chaque région du Québec.

Si la solution ne passe pas uniquement par l’immigration, il faut quand même réaliser qu’elle représente un apport économique vital. Mais si attirer des immigrants dans les régions est une chose, il faut aussi les intégrer et les retenir, ont affirmé plusieurs participants au colloque.

L’exemple de l’Estrie

D’un secteur à l’autre en Estrie, où des chercheurs de HEC Montréal ont fait enquête, le degré d’ouverture nécessaire à l’accueil des travailleurs issus de l’immigration est variable. Mais la recherche menée auprès d’entreprises de 10 à 220 employés a permis de découvrir ou de comprendre certains éléments qu’on oublie parfois, ou auxquels on ne pense pas.

Pour les employeurs, ce qu’on appelle la gestion hors travail est un des grands défis auxquels ils font face. C’est-à-dire tout ce qui ne concerne pas l’emploi à proprement parler. Le transport, par exemple, et les services auxquels les proches de l'employé auront droit font partie des éléments auxquels un employeur ne songe pas d’emblée.

Or, selon les chercheurs, il faut bien préparer l’arrivée du travailleur. Mais ce n’est pas tout, il faut également préparer le milieu qui va le recevoir. Et cette réalité fait parfois défaut, ont raconté plusieurs intervenants au colloque de l’ACFAS. Selon Mohamed Soulami, d’Actions interculturelles, groupe communautaire fondé en Estrie, « l’emploi attire, le milieu retient ».

Il arrive environ 1400 immigrants par année à Sherbrooke, la plus grande ville en Estrie. Même si on y compte des représentants de 135 communautés culturelles, seulement 10 % des employeurs embauchent des immigrants. Mohamed Soulami remarque aussi qu’il faut être vigilant face au racisme ou à la discrimination.

Montréal, encore et toujours lieu de choix, mais…

La tendance voulant que la grande majorité des immigrants se concentrent dans la grande région de Montréal se confirme, mais avec des nuances. Certes, 86 % des immigrants vivent à Montréal, mais selon Aline Lechaume du ministère de l'Emploi, du Travail et de la Solidarité du Québec, les Québécois issus de l’immigration s’installent de plus en plus dans les deux couronnes nord et sud de Montréal. Et la plupart du temps pas dans des communautés fermées, pas dans des ghettos.

Selon Aline Lechaume, qui a piloté l’étude ECINA menée auprès 7437 répondants, 78 % des immigrants avaient, avant d’arriver au Québec, choisi la région où ils voulaient s'installer. Et d’ailleurs, il y a peu de mobilité interrégionale, selon ce qu’on a pu apprendre.

C’est surtout la nature de l’emploi qui les attirait dans une région en particulier. Un choix facilité pour les travailleurs qualifiés, puisque 75,6 % d’entre eux avaient réussi à se trouver un emploi.

Un participant à ce colloque est sorti du lot. Monsef Derraji, du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec, a parlé d’un projet d’arrimage entre les immigrants et le monde entrepreneurial. Appelé « Entreprendre en région » et subventionné par le gouvernement du Québec et le Mouvement Desjardins, le programme qui se terminera l’an prochain veut attirer les immigrants entrepreneurs en région. Ce projet se déroule dans quatre régions : Trois-Rivières, Sherbrooke, Rivière-du-Loup et Saint-Jérôme. Selon le porte-parole du regroupement, il serait parfois plus facile d’investir en région qu’à Montréal. Plutôt optimiste, Monsef Derraji conclut que « ce n’est pas vrai que les régions sont fermées ».

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