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Réinventer l'agriculture... dans un sous-sol bétonné

L'idée de faire pousser des champignons, voire des légumes dans un stationnement souterrain désaffecté semble saugrenue, mais elle est pourtant pour l'instant couronnée de succès à Paris, où de jeunes entrepreneurs veulent transformer l'agriculture en occupant des lieux inusités.

Théo Champagnat descend tous les jours dans un stationnement de la Ville lumière. Mais plutôt que d'y emprunter sa voiture, il se rend plutôt au travail.

Là où se tenaient autrefois des véhicules, on trouve aujourd'hui des pousses de champignons. L'entrepreneur de 27 ans y exploite en effet sa jeune entreprise Cycloponics, qui a bénéficié d'un appui des autorités municipales et d'une aide financière pour en favoriser le démarrage.

Si les agriculteurs urbains sont de plus en plus nombreux à s'installer sur les toits des immeubles, M. Champagnat, lui, préfère les espaces souterrains. Rien de mieux, après tout, qu'un endroit situé dans la pénombre, et où l'environnement est contrôlé, pour y faire pousser des champignons.

« Les premiers champignons vont sortir après deux semaines. Après, ces ballots vont donner pendant encore deux mois ou trois mois environ. Il y aura plusieurs récoltes, plusieurs volées qui vont nous permettre de récolter des pleurotes », dit-il en pointant du doigt des blocs de substrat végétal d'où émergent des têtes de pleurotes, mais aussi de shiitake, une espèce japonaise prisée.

M. Champagnat et la dizaine de personnes qui travaillent avec lui sont en mesure de récolter entre 100 et 200 kilos de champignons par semaine, qu'ils revendent ensuite à des détaillants.

L'objectif ultime, toutefois, serait de parvenir à une production de plusieurs centaines de légumes par année, dans cet endroit où la température demeure sensiblement la même à longueur d'année.

Produits locaux

Non loin des champignons de Cyclotronics, l'ingénieure Carole Bassono, responsable de la recherche et du développement au sein de l'entreprise, chouchoute de jeunes légumes placés sous une myriade de diodes électroluminescentes.

L'idée, explique-t-elle, consiste à reproduire les diverses couleurs contenues dans la lumière du soleil pour favoriser la croissance.

Pour l'instant, les récoltes de la compagnie n'aboutissent pas directement dans les assiettes des particuliers, mais plutôt chez des marchands spécialisés en produits locaux provenant de la région parisienne.

Cueillis le jour même, ces produits se retrouvent sur les étalages après une vingtaine de minutes de transport à vélo dans les rues de la capitale française.

« Certaines personnes sont un peu sceptiques quand on explique que ça se fait directement dans Paris, c'est vrai que c'est quand même un environnement qui est très pollué. Ils se demandent si cela n'a pas une influence sur la nourriture directement. Mais on leur explique que ce sont des zones qui ont été adaptées pour la production de champignons. Dans l'ensemble, ça se vend très bien », soutient le commerçant de la boutique Humphris, Clément Lallement.

Signe de l'intérêt pour sa production, Cycloponics poursuivra bientôt son expansion ailleurs en France, et envisage d'ajouter les endives à la liste de ses légumes à vendre.

Avec les informations de Judith Chetrit

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