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Remaniement à Ottawa : cinq nouveaux ministres pour le gouvernement Trudeau

Justin Trudeau a remanié son Conseil des ministres de manière plus importante que prévu mercredi. Si les poids lourds du gouvernement restent en poste, plusieurs ministres changent de chaise et cinq nouveaux noms font leur entrée.

Le premier ministre a notamment donné de nouvelles responsabilités à la Québécoise Mélanie Joly, qui passe du Patrimoine canadien au ministère du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie. Son poste au Patrimoine canadien sera maintenant occupé par un autre député du Québec, Pablo Rodriguez, qui demeure pour l'instant whip en chef du gouvernement jusqu'à ce qu'un successeur soit choisi.

En conférence de presse, M. Trudeau n'a pas relevé les propos d'une journaliste qui parlait de « démotion » pour Mme Joly. Le premier ministre se dit convaincu que la députée d'Ahuntsic-Cartierville a la capacité « d'aller vendre le Canada à l'international » et de « renforcer le moteur économique » qu'est le tourisme.

La principale intéressée s'est dite « très fière de tout ce qui a été fait à Patrimoine ».

Mélanie Joly avait notamment eu le mandat d'annoncer et d'expliquer l'entente controversée entre Ottawa et Netflix. En vertu de cette entente, le géant américain de la diffusion de contenu télévisuel en continu ne paie pas de taxes au gouvernement canadien et doit investir 500 millions de dollars dans la production de contenus originaux au Canada.

Dominic LeBlanc s'occupera des provinces

Le ministre néo-brunswickois Dominic LeBlanc, qui dirigeait le ministère des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, se retrouve au ministère des Affaires intergouvernementales et du Nord et du Commerce intérieur.

Homme de confiance du premier ministre, M. LeBlanc aura donc la tâche d'établir les ponts entre Ottawa et la nouvelle administration ontarienne de Doug Ford.

« Je voulais avoir quelqu'un qui puisse se dédier aux relations avec les provinces, a dit M. Trudeau de son ministre LeBlanc. La donne est en train de changer à travers le pays avec différentes élections provinciales », a-t-il ensuite admis.

En plus des élections ontariennes qui ont eu lieu en juin, le Québec passera au vote à l'automne et l'Alberta suivra peu de temps après.

« Je suis une personne comme point de départ qui veut collaborer, qui veut être doux, qui veut être gentil, a annoncé M. LeBlanc à son point de presse. Nous avons cependant un agenda. Nous avons fait des engagements envers les Canadiens lors de l'élection il y a trois ans. Et nous avons l'intention de garder nos engagements. »

Un des points de discorde entre le nouveau gouvernement ontarien et Ottawa est l'imposition d'un prix sur le carbone pour lutter contre les changements climatiques. Un autre est la responsabilité de s'occuper des migrants qui franchissent de manière irrégulière la frontière séparant les États-Unis du Canada.

Sur ce dernier point, le Québec a pris part à des « discussions assez fortes » entre les provinces et Ottawa, a rappelé le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en impromptu de presse.

Il n'en reste pas moins que le régime fédéral demeure « la meilleure façon de faire coexister les peuples », a déclaré M. Couillard depuis Bouctouche, au Nouveau-Brunswick, où il participe cette semaine au Conseil de la fédération. Pour M. Couillard, la création d'un ministère fédéral des Affaires intergouvernementales va dans le sens du « fédéralisme coopératif ».

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, voit d'un bon oeil la nomination d'un ministre aux Affaires intergouvernementales. « Je pense que ça va nous aider à faire valoir nos préoccupations, a-t-il affirmé. C'est pas pour parler pour le gouvernement fédéral, mais il avait dit dès le départ que les relations avec les peuples autochtones et les relations avec les provinces étaient de premier plan. »

De nouveaux visages

C'est Jonathan Wilkinson qui hérite des Pêches, lui qui était secrétaire parlementaire de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique.

Trois ministères changent de main. Le ministre Jim Carr laisse sa place aux Ressources naturelles à Amarjeet Sohi et s'en va diriger la Diversification du commerce international. C'est François-Philippe Champagne qui prend la relève de M. Sohi au ministère de l’Infrastructure et des Collectivités.

En matière de commerce, « le contexte international est en train de changer », a dit Justin Trudeau, insistant sur la nécessité pour le pays de diversifier ses débouchés et ses marchés d'exportation. Vu le vent d'incertitude qui souffle sur les relations canado-américaines dans ce domaine, le premier ministre a précisé que « ce serait une bonne idée de se diversifier un petit peu ».

C'est pourquoi il a rebaptisé le ministère du Commerce international, dorénavant nommé Diversification du commerce international.

Ce remaniement ne modifiera pas la parité au Conseil des ministres, puisque 17 ministères sont détenus par des femmes et 17 autres par des hommes.

Le premier ministre Trudeau accueille ainsi cinq nouveaux ministres, dont trois de l'Ontario.

Deux de ces nouveaux ministres héritent de tout nouveaux ministères : la députée Filomena Tassi obtient le portefeuille des Aînés et son collègue Bill Blair, l'ex-patron du Service de police de Toronto, celui de la Réduction du crime organisé.

Mary Ng hérite quant à elle du ministère de la Petite Entreprise, dont s'occupait la leader parlementaire du gouvernement, Bardish Chagger. Mme Ng obtient également la Promotion des exportations.

Les deux autres nouveaux visages sont Pablo Rodriguez et Jonathan Wilkinson.

À la remarque selon laquelle un seul Québécois figure parmi les cinq nouveaux venus au Cabinet, Justin Trudeau a répondu qu'il était « fier d'avoir pu choisir des gens » qui ont placé le service public au coeur de leur action.

L'expérience de Bill Blair

Le fait que le ministre désormais chargé de la Sécurité frontalière, Bill Blair, soit un unilingue anglophone a été cité par une journaliste, qui a rappelé que beaucoup de migrants « aboutissaient » au Québec.

« Nous sommes très contents de notre collaboration avec le gouvernement du Québec », s'est contenté de répondre M. Trudeau.

Par la suite, le premier ministre a louangé M. Blair, qui selon lui possède les qualités, l'expérience et les capacités pour se concentrer sur le problème des demandeurs d'asile traversant la frontière de manière irrégulière.

Questionné mercredi sur la possibilité qu'une vague conservatrice déferle sur le Canada, Justin Trudeau a cité une conversation qu'il avait eue avec l'ex-chef de police alors qu'il tentait de le convaincre de se présenter pour le Parti libéral du Canada.

« Il m'avait dit cette chose qui m'a marqué, s'est remémoré le premier ministre : ''Le premier ennemi de la sécurité publique, c'est la peur''. Et quand les conservateurs jouent la carte de la peur au Canada, nous avons besoin de forces rassurantes [...]. »

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