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Remaniement ministériel : manque de courage ou calcul stratégique?

ANALYSE - Au lendemain de son important remaniement ministériel, Philippe Couillard a avalé son café de travers en lisant les analyses et les chroniques des commentateurs. Plusieurs dénonçaient son manque de courage et son incapacité à montrer la porte à des ministres sous-performants. L'incompréhension est généralisée. Et si ce n'était pas un manque de courage qui avait guidé le premier ministre, mais un calcul stratégique?

Quand le premier ministre s’est fait demander pourquoi Rita de Santis était la seule exclue du cabinet, sa réponse a été virulente, tranchante, sans équivoque et inspirée par Shakespeare.

Philippe Couillard a répondu : « Qu'est-ce que vous voulez avoir vous autres les médias? Vous voulez avoir une livre de chair, un peu de sang sur la table? C'est ça qui vous intéresse? Vous voulez avoir des drames humains, c'est ça qui vous excite un peu, vous voulez avoir de beaux articles là-dessus? Moi je préfère parler de la compétence des gens. J’ai des gens compétents autour de la table. Pourquoi ils auraient à quitter parce qu’ils sont compétents et plus expérimentés, qu’est-ce que c’est que cette histoire-là? ».

Dans la pièce Le marchand de Venise, de Shakespeare, un homme emprunte une somme d’argent à un prêteur et accepte que l’usurier lui prélève une livre de chair s’il ne rembourse pas sa dette.

Les lignes du gouvernement

La réaction courroucée du premier ministre illustre à quel point ses « lignes du jour » pour contrôler le message sur le remaniement ministériel se sont perdues dans la brume.

Selon un document interne, le message devait être :

1- Le premier ministre a présenté un conseil des ministres qui allie l’expérience et la jeunesse;2- Il a confié d’importantes responsabilités à la jeunesse;3- Ceci démontre toute la profondeur que nous retrouvons au sein du caucus libéral;4- Notre nouveau conseil des ministres est à l’image des Québécois : diversifié, dynamique et plein d’idées.

Il se retrouve plutôt sur la défensive, tentant de contre-attaquer la critique négative. Sa réponse acerbe et les lignes du jour apportent peut-être un autre éclairage qu’on peut conjuguer avec l’hypothèse du manque de cran du premier ministre.

S’il n’a pas donné une livre de chair ou fait couler le sang sur une table, pour reprendre ses expressions, c’est peut-être plus par calcul stratégique que par manque de courage. Les conséquences d’exclusions de masse auraient probablement fragilisé encore plus la solidarité de son caucus. Rappelez-vous de Robert Poéti. Sa destitution il y a un an et demi a hanté le premier ministre jusqu’au remaniement de mercredi.

Les Lise Thériault, Kathleen Weil, Julie Boulet, Laurent Lessard, pour ne nommer que ceux-là, exclus du conseil des ministres, auraient ruminé dans leur coin jusqu’aux élections générales avec le sentiment que leurs nombreuses années de service ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Ils auraient probablement trouvé des alliés pour critiquer le comportement du premier ministre et se demander si, un jour, à leur tour, leurs services ne seraient plus requis. À un an des élections, un chef de parti ne peut se permettre d’avoir un caucus suspicieux et mécontent. Derrière le maintien de certains ministres au cabinet se cache la mobilisation des députés.

Un remaniement fait des mécontents, c’est inévitable. Pourquoi augmenter leur nombre quand on peut ménager les susceptibilités. Voilà peut-être le calcul du premier ministre, conjugué à son appréciation du travail de ses collègues.

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