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Rencontre au sommet pour régler la crise liée au bruit des concerts

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, lundi la ministre de l'Environnement, Isabelle Melançon, et le maire de Saint-Lambert, Pierre Brodeur. L'objectif est de dénouer le conflit concernant le bruit des concerts au parc Jean-Drapeau, qui perdure depuis 2014. En entrevue avec Radio-Canada, le maire de Saint-Lambert se dit prêt à faire des compromis et critique fortement l'ex-maire Denis Coderre.

Un texte de Thomas Gerbet

Le maire de Saint-Lambert mise beaucoup sur la rencontre qui aura lieu à 14 h 30, à l'hôtel de ville de Montréal. Pierre Brodeur cherche une solution gagnant-gagnant. « On vit dans un monde de négociations et de compromis », indique-t-il.

Le maire est prêt à réduire les exigences de Saint-Lambert, mais il réclame que la scène des spectacles soit réorientée vers Montréal plutôt que vers la Rive-Sud.

Son objectif est avant tout de mettre fin au processus judiciaire. La municipalité de 22 000 habitants a déjà dépensé près d'un million de dollars en frais d'avocats pour ce dossier. « On n'a pas les moyens », insiste le maire qui a décidé de suspendre toutes les procédures.

Le maire de Saint-Lambert se dit « optimiste » de trouver un terrain d'entente. L'administration Plante s'est déjà engagée publiquement à se conformer à la Loi sur la qualité de l'environnement qui interdit la pollution sonore.

Lors de la rencontre, Pierre Brodeur présentera des études réalisées par une firme d'ingénieurs qui indiquent des niveaux de bruit atteignant jusqu'à 68 décibels, enregistrés dans une résidence de Saint-Lambert.

Les tests ont été réalisés en 2014, après que l'arrondissement Ville-Marie a décidé de retirer toute limite de bruit des concerts dans son règlement. Cette décision, à l'origine de la crise, avait poussé Saint-Lambert à poursuivre en justice Montréal et le promoteur evenko, l'année suivante.

Dans un premier temps, la municipalité de la Rive-Sud réclamait que les niveaux sonores ne dépassent pas 50 dB sur son territoire. Dans un deuxième temps, elle avait revu cette exigence à 60 dB.

Vives critiques envers Denis Coderre

« On avait deux administrations entêtées », lance Pierre Brodeur pour expliquer les raisons du blocage qui a perduré près de quatre ans. Les anciens maires Denis Coderre et Alain Dépatie avaient des styles différents de ceux de leurs successeurs.

« Selon M. Coderre, Saint-Lambert était une gang de chialeux, une population de deuxième ordre », déclare Pierre Brodeur. Il affirme que Denis Coderre avait donné une directive à ses fonctionnaires de ne plus parler aux gens de Saint-Lambert. « Ça a paralysé la recherche de solutions, dit-il. C'était un geste autoritaire et déplacé. »

Le maire de Saint-Lambert affirme aussi que le maire Coderre exerçait une pression sur le promoteur de spectacle evenko, l'empêchant ainsi de proposer des compromis.

Contacté pour réagir aux propos de Pierre Brodeur, Denis Coderre ne nous a pas répondu.

Il se dit convaincu que les fonctionnaires montréalais ont aujourd'hui « beaucoup plus de liberté qu'ils n'en avaient sous le règne de M. Coderre ».

Déjà des rencontres avec la ministre de l'Environnement

La ministre Isabelle Melançon, qui sera autour de la table, a déjà rencontré le maire de Saint-Lambert, en janvier, ainsi que le comité de citoyens plaignants. Pierre Brodeur estime que 35 à 40 % des résidents sont touchés par le bruit des concerts.

La présence de la ministre est fondamentale, dans la mesure où la Loi sur la qualité de l'environnement est actuellement en réécriture. Un nouveau règlement provincial, publié en 2017, avait par ailleurs semé le doute sur la position du gouvernement dans le dossier, laissant penser que Québec prenait le parti du maire Coderre.

La députée libérale Nicole Ménard sera aussi présente à la rencontre. Sa circonscription de Laporte couvre le territoire de Saint-Lambert.

Le responsable du parc Jean Drapeau à l'administration Plante, Luc Ferrandez, a également rencontré les citoyens de la Rive-Sud, mais on ignore s'il sera présent à cette rencontre.

L'enjeu de l'orientation de la scène

La compagnie evenko a rencontré le maire Brodeur en janvier et aurait proposé des pistes de solutions pour dénouer la crise. Pierre Brodeur affirme qu'il est encore possible de modifier l'orientation de la scène, puisque les travaux ne sont pas terminés.

Le maire Coderre souhaitait que la scène soit orientée vers la Rive-Sud pour que les spectateurs puissent admirer le centre-ville de Montréal en même temps que le spectacle.

Selon Pierre Brodeur, cet élément n'est pas nécessaire : « Les gens qui viennent au spectacle, ils partent de Montréal. Ils l'ont vu Montréal. Ils vont coucher à Montréal et quand ils repartent, ils vont revoir Montréal ».

L'enjeu des décibels

Pour atteindre un niveau sonore de 60 décibels aux résidences des Lambertois, il faudrait que les artistes se limitent à 95 dB sur les lieux du spectacle.

Le défi pour Montréal, c'est que certaines vedettes internationales ont des exigences en matière de niveaux de décibels qui sont inscrites dans leurs contrats. Par exemple, U2 et Madonna réclament 102 dB.

Le règlement municipal montréalais fixe à 23 h le couvre-feu pour les spectacles dans un parc. Pierre Brodeur explique avoir toléré des dépassements durant les festivités du 375e anniversaire de la métropole, mais ce sont des exceptions qu'il ne veut pas répéter en 2018.

Saint-Lambert estime qu'il y aura 72 spectacles bruyants cet été, au parc Jean-Drapeau.

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