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Rentrée parlementaire à Ottawa : prêts pour le sprint?

Légalisation de la marijuana, renégociation de l'ALENA, afflux de migrants, crise des opioïdes et réforme fiscale des sociétés; plusieurs dossiers occuperont les libéraux de Justin Trudeau dès lundi à la Chambre des communes. Retour sur leurs défis de mi-mandat.

Une analyse de Fannie Olivier

Justin Trudeau adore la course à pied. Il publie régulièrement sur les réseaux sociaux des photos de lui, espadrilles aux pieds, dans les sentiers les plus pittoresques du pays. Il partage d'ailleurs cette passion avec plusieurs de ses ministres, tout aussi prompts à afficher leurs prouesses sur Twitter ou Instagram.

Curieusement, c’est loin d’être au pas de course que le gouvernement a traversé la première partie de son mandat. Pour déployer leur agenda législatif, les libéraux ont choisi de prendre leur temps, de consulter, de réfléchir à la route qu’ils voulaient fouler.

Personne ne peut leur reprocher de vouloir faire les choses dans l’ordre. Mais à mi-mandat, ils sont encore à la ligne de départ sur plusieurs de leurs promesses électorales. S’ils veulent être en mesure de présenter un bilan étoffé aux électeurs en 2019, ils devront accélérer la cadence.

Échéanciers serrés

D’autant que pour certains dossiers, l’échéancier visé devance la date des prochaines élections générales. Les troupes de Justin Trudeau souhaitent par exemple que la marijuana soit légale dès juillet prochain : un défi complexe, alors que bien des provinces et corps policiers les somment de remettre leur projet à plus tard.

Le temps presse aussi pour la renégociation de l’ALENA, qui risque de requérir énormément d’énergie. L’accord de libre-échange devrait idéalement être finalisé d’ici la fin de l’année, avant le lancement de la campagne électorale mexicaine. Ottawa accueillera à la fin septembre la troisième ronde de pourparlers, et les choses promettent de se corser, car les thèmes les plus litigieux ont été gardés pour la fin.

D’autres dossiers sont au point mort. On attend toujours, par exemple, une décision sur le lieu où seront déployées les troupes canadiennes pour une éventuelle mission de paix. Le gouvernement s’était d’abord engagé à annoncer ses choix avant la fin de 2016, puis avait reporté sa décision sans préciser de nouvel échéancier.

On ignore encore les conclusions des consultations portant sur l’avenir de Postes Canada. Et le nombre de communautés autochtones qui n’ont pas accès à l’eau potable fait du surplace.

Gestion de crise

Ces derniers mois, sur des sujets qui requièrent de la vitesse, le gouvernement a parfois paru traîner de la patte.

L’arrivée de milliers de migrants traversant irrégulièrement la frontière avec les États-Unis semble avoir pris Ottawa par surprise. Pourtant, dès l’hiver, les premiers indices d’un tel afflux apparaissaient.

La crise des opioïdes continue quant à elle de prendre de l’ampleur, alors que les autorités sanitaires s’attendent à pas moins de 3000 morts cette année. Un problème qui s’accentue, même si cela fait longtemps que les provinces de l’Ouest tirent la sonnette d’alarme.

Et c’est sans compter les controverses qui se dresseront, comme autant de racines sur lesquelles le gouvernement risque de trébucher. Les vacances de Justin Trudeau sur l’île privée de l’Aga Khan promettent de s’inviter à nouveau à la période de questions et l’enquête de la commissaire à l’éthique sur le sujet aboutira éventuellement. Ces distractions feront dévier le gouvernement de son parcours législatif.

Ajoutez à cela les dossiers pour lesquels les libéraux avancent avec un vent de face, comme celui de la réforme fiscale des sociétés : la balade risque d’être difficile.

À deux ans des élections, les libéraux devront non seulement exhiber leurs talents de coureurs, mais aussi prouver qu’ils sont capables de sprinter en fin de course. Car les séances photo du cabinet faisant du jogging ne seront peut-être pas suffisantes pour convaincre les électeurs.

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