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Rentrée parlementaire : les stratèges politiques à Québec en mode préélectoral

Les députés convergent ce matin vers Québec pour la rentrée parlementaire alors que le décompte électoral est déjà bien amorcé.

Une analyse de Hugo Lavallée, correspondant parlementaire à Québec

Au gouvernement, on sait qu'il ne reste plus beaucoup de temps pour faire adopter des projets de loi avant les prochaines élections. Plus le scrutin approchera, plus les partis d'opposition se montreront réticents à laisser le gouvernement ajouter à son bilan de nouvelles réalisations dont il pourra ensuite se targuer.

« Il faut qu'on avance dès maintenant », confie une source bien au fait du dédale parlementaire. « Cet automne, c'est notre dernière session de gouvernance. Au printemps, avec le budget et les crédits... Bonne chance pour faire avancer le reste! »

Les nouveaux projets de loi seront peu nombreux et ceux qui seront déposés n'auront pas beaucoup de chances d'être adoptés d'ici aux prochaines élections, admet-on, hormis celui sur le cannabis - dont l'adoption est impérative avant l'été prochain. On n'entrevoit pas de difficultés particulières, mais « il ne faudrait pas qu'il y en ait un qui essaie de jouer un mauvais tour à Trudeau en essayant de bloquer ça », prévient-on.

L'assiette semble déjà pleine de toute manière avec, entre autres, les projets de loi sur le port de l'uniforme par les policiers, l'encadrement des chiens dangereux, le resserrement de la gestion des contrats informatiques et l'attribution de nouveaux pouvoirs à la Ville de Montréal.

C'est sans compter le projet de loi sur le Réseau électrique métropolitain, dont le gouvernement espère se servir comme tremplin. L'étude détaillée étant terminée en commission parlementaire, l'adoption du projet de loi est imminente, sitôt les travaux repris. Les libéraux entendent bien miser sur son adoption, et sur le lancement du chantier, pour illustrer quelle vision ils ont de l'avenir du Québec.

« Le REM, c'est l'énergie québécoise, c'est notre pétrole bleu, c'est le développement économique, c'est le Québec qui se modernise, c'est le Québec nouveau. Ce sera une de nos réalisations maîtresses », fait-on valoir.

Il est là l'enjeu pour les libéraux, bien au-delà des travaux parlementaires : réussir à définir dès que possible, dans l'esprit des électeurs, la question de l’urne, celle que les Québécois se poseront au moment d’aller voter l’an prochain.

« Ce qu’on veut que les gens se demandent, c'est : est-ce que ça va bien au Québec? Est-ce que l'économie va bien, est-ce que le climat social est bon? Si oui, pourquoi choisir une recette qui pourrait mal tourner? »

Déjà, le nouveau vocabulaire s'installe : après avoir annoncé l'avènement d'une phase de « transformation » au sein de son gouvernement la semaine dernière, Philippe Couillard parlait hier de « modernisation », de « nouveau Québec » et de « nouveau monde ». On risque de réentendre ces mots jusqu'à plus soif au cours des prochains mois.

Face à un gouvernement « tourné vers l'avenir, qui projette quelque chose d'enthousiasmant », on cherchera à dépeindre François Legault en éternel défaitiste. « C'est un homme très négatif, très pessimiste, qui ne fait pas confiance aux Québécois », murmure-t-on.

Quant au Parti québécois (PQ), on le laissera tranquille - du moins pour un certain temps. « C'est rendu que la principale vertu de François Legault s'appelle Jean-François Lisée; il va peut-être falloir qu'on aide un peu M. Lisée à se ressaisir », confie-t-on, sourire en coin, sachant qu’une remontée du PQ au détriment de la Coalition avenir Québec (CAQ) se ferait ultimement au bénéfice des libéraux.

Continuité à la CAQ

Alors que le gouvernement cherchera à prendre le virage de la transformation, la Coalition avenir Québec entend maintenir la stratégie qu'elle a adoptée le printemps dernier. Les bons sondages des derniers mois ont donné de l’élan au parti, sans pour autant limiter son potentiel de croissance. « On n'a pas encore atteint notre sommet, explique un stratège. On n'est pas dans les 40 % comme ça a pu être le cas de l'ADQ à l'époque... [Nos adversaires] se leurrent s'ils pensent qu'on va s'effondrer comme l'ADQ. On a atteint un plus haut niveau de maturité. »

Le défi des prochains mois consistera à démontrer que la CAQ est la mieux placée pour régler les problèmes auxquels sont confrontés les Québécois dans leur quotidien, comme la congestion routière ou les difficultés d'accès aux soins de santé. « Les libéraux nous accusent d'être simplistes, mais le simplisme, c'est de ne rien proposer, de ne rien régler, comme ils l'ont fait depuis 15 ans », accuse-t-on.

Le parti qui a fait campagne en 2014 sur la nécessité de mettre de l'ordre dans les finances publiques ne s'inquiète pas de voir l'un de ses thèmes de prédilection lui glisser entre les doigts. « Il va y avoir tout un débat sur comment vont être utilisés les surplus budgétaires, prévoit-on. Ça va donner de la marge de manœuvre aux partis pour prendre des engagements. »

Nouvelle stratégie au PQ

Si la CAQ n'entend pas changer de plan de match, le Parti québécois, lui, prévoit revoir une partie de sa stratégie. Accusé dans les médias d'attaquer sur tous les fronts, le parti entend se recentrer et passer « en mode proposition » plutôt que de multiplier les critiques à l'encontre du gouvernement. « Ça ne sert à rien de constamment frapper sur les libéraux, explique une source. Les points que le PLQ perd ne vont pas au PQ. Et puis, toujours critiquer, c'est mal vu. »

Même si on parle moins dans les médias des conséquences de l'austérité qu'il y a deux ou trois ans, le PQ entend mettre l'accent sur les « besoins non comblés » des citoyens, particulièrement en région. On s'engagera à effectuer des réinvestissements ciblés afin de « redonner espoir » aux Québécois.

On veut aussi continuer à parler d'identité. « Sur la question des demandeurs d'asile, le temps nous a donné raison, fait-on valoir. Dès le départ, on a réclamé des permis de travail, on a demandé davantage de commissaires pour accélérer le processus. Tous les autres partis nous ont suivis. » Quant à la consultation sur la discrimination systémique et le racisme, elle risque de se retourner contre le gouvernement qui l'a initiée, entrevoit-on.

QS et l'effet GND

Enfin pour Québec solidaire, le défi consistera à maintenir l'erre d'aller que lui a procuré l'arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois. « On est devenu un vrai acteur sur la scène politique », s'était réjouie une source le printemps dernier à la suite de la controverse qui a entouré le refus de QS de converger avec le PQ et qui a placé la formation politique au cœur de l'actualité pendant quelques jours. Le parti devra apprendre à répondre aux critiques qui viennent avec une plus grande notoriété, tout en continuant d'élargir sa base en vue des prochaines élections.

Toutes ces stratégies risquent bien sûr d'évoluer au gré de l'actualité et des mouvements de l'opinion publique. En cette période de volatilité des préférences politiques, une part grandissante des électeurs semblent attendre au dernier moment avant de choisir pour qui ils voteront. L'effet des stratégies élaborées un an à l'avance est tout sauf garanti.

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