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Replongera, replongera pas? Pierre Karl Péladeau se tient « en réserve de la République »

L'envie semble bien présente, mais l'ex-chef du Parti québécois (PQ) Pierre Karl Péladeau ne semble pas, pour l'instant, prêt à replonger dans l'arène politique. Le président et chef de la direction de Québecor se dit toutefois « en réserve de la République ».

Un texte d'Hugo Prévost

Alors que les gens d'affaires se font habituellement discrets sur les questions politiques, M. Péladeau multiplie les déclarations, souvent négatives envers les libéraux au pouvoir, sur les sujets de l'heure. Cela a pour effet d'alimenter les rumeurs d'un éventuel retour en politique active de celui qui a quitté la tête du PQ après seulement un an, en invoquant une incapacité à concilier le travail et la vie familiale.

En entrevue à l'émission Médium large, sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, mardi matin, le prédécesseur de Jean-François Lisée au poste de grand timonier du PQ s'est toutefois défendu d'utiliser le réseau Twitter pour tâter le terrain politique en vue d'un retour à la tête du parti souverainiste.

S'il affirme utiliser les médias sociaux « à des fins personnelles et corporatives », il reconnaît néanmoins s'en servir aussi à des fins politiques : « Je considère qu'on s'en va dans la mauvaise direction. Je ne considère pas que c'est ma responsabilité de prendre la parole, mais j'ai le droit de la prendre, comme citoyen et homme d'affaires, pas comme politicien potentiel. »

Cette ambiguïté n'empêche aucunement M. Péladeau d'ajouter sa voix au débat politique actuel. Celui-ci se dit d'ailleurs « attristé » de constater que l'option indépendantiste continue de perdre des plumes dans les sondages, au profit du Parti libéral et de la Coalition avenir Québec.

Politicien et patron

Ces mêmes convictions continuent d'alimenter un flou entre son statut de chef de la direction de Québecor et sa volonté de demeurer dans la sphère politique. Questionné à propos de ses sorties virulentes contre l'octroi d'un prêt de 10 millions de dollars au Groupe Capitales médias, qui appartient entre autres à l'ancien ministre libéral fédéral de la Justice Martin Cauchon, Pierre Karl Péladeau a cherché à maintenir une distance entre Péladeau, l'homme d'affaires, et Péladeau, le commentateur politique.

« [Québecor] n'a jamais reçu de prêt de 10 millions. D'ailleurs, les journaux de Québecor font de l'argent », a-t-il martelé, dans une pique à l'endroit de Power Corporation, maison-mère de Gesca, qui s'est départie de tous ses journaux au profit de Capitales médias, pour ne garder que La Presse.

Cette valse hésitation entre la perspective du patron de presse et celle d'un politicien souverainiste était déjà présente lorsque M. Péladeau s'est lancé en politique aux côtés de Pauline Marois; aujourd'hui, Pierre Karl Péladeau dit se plaire à « laisser à [ses] anciens collègues de l'Assemblée nationale » le soin de se prononcer sur le fond lorsqu'il est question d'enjeux politiques.

Quant aux facteurs l'ayant poussé vers la sortie à l'époque, l'homme d'affaires reconnaît que les circonstances personnelles et professionnelles ont changé avec les années. Ses enfants ont vieilli et il serait plus facile pour lui de combiner famille et politique, avance-t-il.

Lisée favorable à un retour

« Bien sûr que je souhaite le retour de Pierre Karl Péladeau », s'est exclamé le chef péquiste lors d'un point de presse donné mardi en fin d'après-midi.

Jean-François Lisée a ainsi confirmé qu'il souhaiterait avoir l'homme d'affaires à ses côtés, et ainsi disposer d'une « expérience économique forte » au sein de l'équipe péquiste, voire dans un éventuel cabinet Lisée.

Au dire du politicien, les deux hommes échangent régulièrement, et M. Lisée continue d'envoyer de « petits signaux » pour tenter de convaincre son ancien adversaire à la course à la chefferie de replonger dans l'arène.

Jean-François Lisée ne craindrait-il pas, justement, que M. Péladeau ne se satisfasse pas d'un rôle de député ou de ministre, et qu'il tente de retrouver sa place de chef?

« Je pense savoir que dans mon équipe actuelle, il y a plusieurs chefs potentiels », a-t-il temporisé. « De toute façon, la première fois qu'il est venu en politique, c'était pour être député, ou peut-être ministre.

« J'essaie de ne pas mettre de pression », a ajouté M. Lisée. « Il y a des fleurs sur lesquelles il vaut mieux ne pas trop tirer si l'on veut qu'elles poussent. »

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