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Rester à Standing Rock à ses risques et périls

Ils refusent de quitter Standing Rock, dans le Dakota du Nord, malgré le froid glacial, l'isolement et les pressions des dirigeants de ce camp de fortune, dressé il y a plusieurs mois pour protester contre un projet de pipeline.

Aslan Walkon pianote frénétiquement sur son téléphone. Il enchaîne les messages, les courriels et les appels depuis trois jours. L’homme à la longue barbe rousse tente de coordonner la livraison d’une importante quantité de denrées alimentaires dans la réserve de Standing Rock.

Il est ici question d’un semi-remorque de 16 mètres rempli de fruits et légumes, d’œufs et de produits laitiers. En ville, cela ne causerait aucun problème. Mais pour ce qui est de la réserve autochtone, c’est une tout autre histoire.

Isolés au cœur de l’implacable hiver

Le blizzard qui déferle depuis trois jours a rendu les routes régionales glacées et très périlleuses. Depuis que le vent souffle sur la prairie, on ne compte plus les sorties de route sur les 100 kilomètres qui séparent Bismarck de Cannonball.

Il a donc jusqu’ici été impossible de livrer la nourriture, dont une partie est périssable. À défaut de pouvoir rallier Standing Rock rapidement, il faudra l’entreposer quelque part. Jusqu’ici, Aslan n’a rien trouvé. Le temps presse. Le chauffeur du camion est stationné à Fargo. Mais il devra bientôt quitter cet endroit, car il a aussi d’autres livraisons à faire.

Aslan est stressé. Il prend une grande respiration pour se calmer. Essayer de penser. Trouver une solution. Coûte que coûte.

Faire partir les plus vulnérables

Aslan a passé le dernier mois à Standing Rock. C’est un militant qui possède des connaissances avancées en traitement des blessures. Il était surtout sur place pour faire du triage et administrer des premiers soins à ceux qui en avaient besoin.

Pour lui, c’est clair : une partie des gens qui sont encore dans le camp de fortune devraient quitter les lieux. Il pense aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées, mais plus largement à tous ceux qui ne connaissent pas les rudiments du camping d’hiver.

En tenant compte du facteur vent, la température se maintient à -25 depuis plusieurs jours. Aslan explique que les habitants du camp sont « en mode survie ».

Les gens entraînés et en mesure de faire des sacrifices doivent rester pour défendre l’eau. Les autres devraient quitter les lieux, car c’est dangereux.

Aslan

Cela concorde avec les observations faites sur le terrain et rapportées sur Twitter.

« Votre tâche est accomplie »

Le président des Sioux, Dave Archambault II, a appelé tous les civils et les non-Sioux à s’en aller, en affirmant que leur tâche est accomplie.

« Les travaux sont arrêtés et il ne se passera plus rien cet hiver. Vous pouvez maintenant rentrer chez vous et aller refaire le plein d’énergie. Il ne sert à rien de rester dans un environnement non sécuritaire », a-t-il répété à plusieurs occasions.

Ce mot d’ordre a été suivi par certains. Mais pas par tous. Même s’il y a eu beaucoup de départs au cours des derniers jours, il reste encore passablement de monde dans la réserve.

À l’évidence, la cause de Standing Rock n’est plus seulement celle des Sioux. Les autres tribus d’Amérindiens veulent aussi avoir leur mot à dire. Même chose pour les écologistes.

Ces groupes ont investi du temps, de l’argent et beaucoup d’énergie dans la réserve depuis quatre mois. Pas question de lâcher le morceau aussi facilement.

Il ne s’agit plus seulement des pipelines et de la protection l’eau. Standing Rock est devenue une tribune pour dénoncer la dépendance aux carburants fossiles, aux changements climatiques et à la dictature des puissants.

Les appels se multiplient sur les plateformes de sociofinancement afin de venir en aide aux résidents. Les dons continuent d’entrer.

Le pire est à venir

Sauf que la vie est drôlement compliquée dans un camp situé au milieu de nulle part qui ne possède ni eau courante ni électricité, tout en étant soumis au rude hiver du Dakota du Nord.

L’argent et les vivres ne sont qu’une partie du problème. Les accès routiers sont parfois bloqués. Aussi, il est souvent impossible de communiquer avec un cellulaire.

Sur place, il y a des génératrices et quantité de chaufferettes au propane. Et si un incendie survenait? Ou un problème de santé publique? Ou un empoisonnement alimentaire?

Dans son ordre d’évacuation publié avant l’interruption des travaux, le corps des ingénieurs de l’armée américaine évoquait précisément cela : « Il faut fermer le camp pour éviter que les habitants du camp ne meurent, tombent malades, ou soient blessés gravement à cause des conditions extrêmes qui règnent dans le Dakota du Nord en hiver […]. Les services d’urgence qui permettent de protéger les gens contre ces conditions ne peuvent pas être fournis. »

Dave Archambault II connaît vraisemblablement très bien ces risques, d’où son appel pressant à quitter les lieux. La logique toute simple commanderait que ses recommandations soient entendues. Mais, pour nombre de personnes sur place, c’est hors de question, car cela signifierait un abandon du combat.

Cette détermination sera rapidement mise à rude épreuve. Le froid qui sévit en ce moment au Dakota du Nord n’est qu’un prélude. Le pire est à venir.

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