Les Hells Angels Nomads effectuent leur grand retour à Ottawa, après avoir cessé leurs activités à l’été 2016. Selon ce qu’a appris Radio-Canada, ils ont obtenu une nouvelle charte de l’organisation mondiale des Hells Angels. Les motards criminels du Québec vont cependant les avoir à l'oeil pour ne pas qu'ils empiètent sur leurs territoires, d’après nos sources policières.

Un reportage de Guillaume Dumont

Selon ce qu’a appris Radio-Canada, le retour des Nomads à Ottawa fait partie d’un plan des Hells Angels canadiens pour lutter contre la montée en puissance des Outlaws en Ontario, un groupe de motards ennemi.

En effet, les Outlaws ont récemment ouvert quatre nouveaux chapitres à Toronto, à Sault-Sainte-Marie, à Sudbury et à South Simcoe, ce qui porte à 14 leur nombre de sections en Ontario.

Avec leur nouvelle section Nomads à Ottawa, les Hells Angels comptent maintenant 15 chapitres dans la province.

Dès 2016, des messages envoyés par des motards québécois

Au matin du 16 avril 2016, un individu à bord d’un VUS tire deux balles qui perforent le poumon et atteignent la colonne vertébrale du vice-président des Hells Angels Nomads de l'Ontario, basés à Ottawa, l’ex-boxeur olympique Phil Boudreault.

L’attaque se déroule à 150 kilomètres de la capitale fédérale, à Lachute, au Québec.

Quelques semaines plus tard, un autre attentat se prépare à Granby.

Dans la nuit du 12 août 2016, le président et membre le plus influent des Hells Angels Nomads de l’Ontario, Martin Bernatchez, est atteint par trois balles au camping EstriVal, au coeur du territoire des Hells Angels de Sherbrooke.

Le message est clair, selon nos sources : personne ne peut travailler sur le territoire des Hells Angels du Québec sans payer son dû.

« Ils protègent ces territoires contre toutes les intrusions, qu’elles soient de l’externe ou de l’interne », souligne André Cédilot, journaliste à la retraité spécialisé en crime organisé.

Une section des Nomads ontariens qui dérange

La section des Nomads de l’Ontario, basée à Ottawa, a été fondée au début des années 2000 par l’ex-membre des Rock Machine Paul Porter.

Selon nos sources policières, c’est à la suite des nombreuses arrestations en 2009 qui ont décimé les Hells Angels québécois que le groupe a rapidement pris de l’expansion en Outaouais, en Abitibi, dans la région de Granby et dans le nord de l’Ontario.

Symbole de leur nouveau pouvoir, ces Nomads vont jusqu’à accueillir sur leurs terres plus de 700 membres et sympathisants canadiens des Hells Angels à Ottawa, en juillet 2016, pour le Canada Run, le grand rassemblement du groupe criminel auquel doivent assister les membres tous les quatre ans.

Tout semble alors au beau fixe entre la section des Hells Angels du Québec et celle des Nomads d’Ottawa.

Ainsi, en juin 2016, la Sûreté du Québec (SQ) mène une action d’envergure, baptisée opération Muraille, pour démanteler un réseau de production et de trafic de stupéfiants dans la région de Granby.En observant l’organigramme des arrestations, on constate que des individus arrêtés proviennent à la fois de la section de Sherbrooke et des Nomads ontariens. Les deux groupes semblent donc travailler main dans la main, selon nos sources.

Cependant, selon nos sources policières, les arrestations durant l’opération Muraille ont déstabilisé un équilibre fragile et ravivé des tensions territoriales qui couvaient depuis plusieurs années entre certains Hells Angels du Québec et les Nomads ontariens.

L’arrestation de Richard Skinner à l’été 2016, qui agissait comme médiateur pour régler les disputes territoriales entre les Hells Angels québécois et les Nomads ontariens, aurait mis le feu aux poudres, selon nos sources.

En effet, d’après nos sources policières, des membres en règle de la section des Hells Angels de Sherbrooke s’étaient habitués à toucher d’importants revenus d’une cellule de vente de drogue qu’ils exploitaient à Ottawa et à Sudbury depuis plus de 20 ans.

Des contrats sur des confrères

Ce sont eux qui auraient mis à prix la tête de dirigeants des Nomads d’Ottawa pour qu’ils cessent d’empiéter sur ce que la section de Sherbrooke considérait comme son territoire.

Ainsi, des membres des Nomads d’Ottawa n’auraient pas respecté des ententes de location de territoire. « Ce n’est pas la première fois que des membres en règle dérogent aux règles de l’organisation. Et quand cela survient, disons que les Hells n’hésitent pas à les éliminer », explique André Cédilot.

De nombreuses disputes auraient en effet éclaté dans les dernières années, ce qui aurait provoqué la colère de membres des Hells Angels de Sherbrooke.

Moins d’un an plus tard, coup de théâtre : menace faite, message reçu. Les Hells Angels démantèlent les Nomads ontariens, qui étaient de plus en plus visibles au Québec et en Ontario.

Sous la menace, certains membres des Nomads doivent remettre leur veste. D’autres se joignent à des sections en Ontario, notamment celle de Keswick, près de la ville de Barrie.

« Les Hells Angels québécois sont réputés comme étant les plus violents au Canada, sinon au monde », rappelle André Cédilot.

Le grand retour des Nomads à Ottawa

Les Nomads ontariens n’avaient cependant pas dit leur dernier mot. Après la fermeture de leur section à l’été 2016, ils sont de nouveaux actifs à Ottawa depuis le début d'octobre 2017. On ignore toutefois la liste de leurs nouveaux membres en règle.

Signe de leur retour dans la capitale fédérale, une importante opération policière le 15 décembre dernier a mené à l'inculpation de 16 individus d'Ottawa et de Gatineau.

Selon nos informations, un membre du club-école officiel des Nomads, les Red Devils MC d'Ottawa, en fait partie, ainsi que des membres de gang de rue.

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