Retour

S'inspirer du corps humain pour capturer le CO2 à grande échelle

Pour certains chercheurs, la capture du CO2 à grande échelle doit être considérée dans les efforts pour freiner le réchauffement de la planète. Comment y arriver sans créer d'autres problèmes? Une entreprise de Québec pense avoir une solution grâce à une technique qui utilise les mêmes mécanismes que ceux du corps humain pour capturer le CO2.

Un texte de Vincent Maisonneuve

Dans les laboratoires de CO2 Solutions à Québec, une douzaine de chercheurs travaillent à la mise au point d'une enzyme. « Ce qu'il y a de particulier avec cette enzyme, c'est qu'on l'a développée dans notre laboratoire et on l'a produite nous-mêmes », explique Sylvie Fradette, vice-présidente à la recherche et au développement de CO2 Solutions.

C'est l'ingrédient à la base d'une nouvelle technique, que l'on dit plus verte, pour capturer le dioxyde de carbone qui s'échappe des cheminées d'usines. « On a fait notre système en se basant sur le corps humain », précise Mme Fradette.

L'enzyme synthétique est proche de celle qui existe dans le corps humain et qui permet d'éliminer l'excès de CO2 dans le sang. L'enzyme se trouve d'abord dans une fine poudre brune.

Pour voir la vidéo sur l'application mobile, cliquez ici.

Le liquide circule dans deux tours. On branche la cheminée de l'usine à la première tour. La fumée monte et entre en collision avec le liquide. C'est à ce moment que l'enzyme attrape le dioxyde de carbone. Dans la deuxième tour, on chauffe le liquide pour séparer le CO2 qui est entreposé dans un réservoir.

« Le pourcentage que l'on vise, c'est 90 % », explique Evan Price, président et chef de la direction de CO2 Solutions. Pendant cinq mois, son équipe a réussi à capturer 10 tonnes de dioxyde de carbone par jour.

Le procédé consomme moins d'énergie et coûte de 30 % à 50 % moins cher que les méthodes de capture traditionnelles. Mais pour percer le marché, il faut toujours baisser les coûts, tout en capturant davantage de CO2. Il faut passer de 10 tonnes à plusieurs centaines, voire des milliers de tonnes par jour.

Une fois le CO2 capturé, comment s'en débarrasser?

Evan Price rappelle qu'il « y a toute une industrie qui regarde le CO2, non pas comme un déchet, mais comme une ressource que l'on peut réutiliser ». Le CO2 capturé peut être vendu à des fabricants de boissons gazeuses ou être utilisé dans les serres. Actuellement dans les serres, on brûle du gaz naturel ou du propane pour produire le gaz carbonique nécessaire à la croissance des plantes.

Evan Price donne surtout en exemple les grandes cimenteries, qui sont les grandes responsables des émissions qui proviennent du secteur de la construction. Les cimenteries produisent des milliers de tonnes de CO2 par jour. Des tonnes de gaz que l'on pourrait capturer pour ensuite l'injecter dans le béton, croit Evan Price. « En ce faisant, on vient renforcer le béton et séquestrer le CO2 »,  dit le président de l'entreprise.

« Si on veut du ciment, il va y avoir du CO2 d'émis. Soit on n'a plus jamais de ciment, ou on a du ciment émis de cette façon-là. Le statu quo actuel, c'est ça qui est le plus dangereux. » Selon lui, la capture, le recyclage et la séquestration du CO2 ne sont peut-être pas les seules solutions, mais ce sont des outils incontournables dans la lutte contre les changements climatiques.

Plus d'articles

Commentaires