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Saad Hariri rentrera au Liban dans les prochains jours

Le premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri a indiqué samedi qu'il serait de retour au Liban d'ici mercredi, à temps pour la fête nationale.

Le politicien libanais de 47 ans a confirmé la nouvelle, après avoir été reçu au palais de l'Élysée, à Paris, par le président français Emmanuel Macron.

Saad Hariri était arrivé quelques heures plus tôt de Riyad, en Arabie saoudite. C'est de là qu'il avait créé la surprise en annonçant qu'il quittait son poste, il y a deux semaines, sur fond de fortes tensions entre les deux poids lourds de la région, l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite.

Le président Macron et lui se sont entretenus en privé durant une trentaine de minutes. Il a ensuite été rejoint par sa femme et son fils aîné pour un dîner en compagnie de M. Macron et de son épouse. Les deux autres enfants du premier ministre libanais sont demeurés en Arabie saoudite.

M. Hariri devrait alors donner des précisions sur son avenir. Bien qu'il ait annoncé sa démission il y a deux semaines, il devait être reçu à Paris « en tant que premier ministre », avait dit M. Macron, parce que le Liban n'a toujours pas reconnu cette démission.

Emmanuel Macron « a fait preuve d'une amitié infaillible et je ne l'oublierai jamais », a déclaré M. Hariri en point de presse. « La France a montré encore une fois la grandeur de son rôle dans le monde et la région. Elle prouve son attachement au Liban et à sa stabilité. »

Avant la tenue de cette visite, le président libanais Michel Aoun a remercié au téléphone Emmanuel Macron « pour l’action de la France en faveur du Liban ».

L'Élysée a annoncé plus tard que le président français s'était entretenu dans l'après-midi avec ses homologues américain, Donald Trump, et égyptien, Abdel Fateh Al-Sissi, ainsi qu'avec le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohamed ben Salman Al-Saoud, et avec le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Emmanuel Macron a évoqué avec ses interlocuteurs les « moyens de stabiliser la région et de construire la paix » et « poursuivra ces échanges avec d'autres dirigeants internationaux dans les prochains jours », a précisé un communiqué.

Ces derniers jours, la diplomatie française a joué un rôle de médiateur afin de permettre au premier ministre démissionnaire de quitter l’Arabie saoudite pour la France. Avec cette porte de sortie, il pourra retourner au Liban, ce qui ne semblait pas être le cas tant qu'il se trouvait en Arabie saoudite. D'intenses spéculations ont suivi son séjour prolongé dans ce pays, alimentées par le fait qu'il n'est pas revenu au Liban pour y remettre sa démission au président Michel Aoun.

Ce dernier, de même que le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avaient accusé l'Arabie saoudite d'avoir contraint M. Hariri à la démission et de le détenir, M. Aoun employant même le mot « otage ». Des sources avaient aussi soutenu que M. Hariri était « virtuellement » en état d’arrestation en Arabie saoudite.

M. Hariri a pourtant toujours assuré qu'il y était libre de ses mouvements. « Je suis libre ici, si je veux voyager demain, je voyage », avait-il dit dimanche dernier.

La France a même offert l’asile politique à Saad Hariri, mais ce dernier a tenté de minimiser l’importance de cette proposition en la présentant simplement comme un geste d’amitié.

Le 9 novembre, le président Macron avait effectué une visite éclair à Riyad pour discuter avec le prince héritier.

Riyad a par ailleurs rappelé son ambassadeur en Allemagne en réaction à des déclarations du ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel voulant que Saad Hariri subisse l'influence de l'Arabie saoudite. « Ces déclarations sont hasardeuses, fondées sur des informations erronées et ne servent pas la stabilité dans la région », selon le ministère saoudien des Affaires étrangères.

Hariri doit expliquer sa démission

Le retour au Liban de Saad Hariri devrait être l’occasion pour lui de s'expliquer, voire de revenir sur sa décision de quitter son poste. Le président Aoun avait refusé sa démission en soutenant que celle-ci ne pouvait se faire depuis l'étranger.

Bien que M. Hariri soit plus populaire que jamais auprès des Libanais, il n'est pas certain qu'il participe à un nouveau gouvernement ou même qu'il puisse faire des progrès politiques.

« L'agenda arabe ne peut pas être réconcilié avec un premier ministre qui soutiendrait le Hezbollah, et son projet qui fait du Liban sa base et d'où il cible les pays arabes et l'Arabie saoudite », a-t-il poursuivi en entrevue avec la correspondante de Radio-Canada au Moyen-Orient, Marie-Eve Bédard.

En fonction depuis janvier dernier, le premier ministre Hariri, qui détient les nationalités libanaise et saoudienne, a été appelé à Riyad, au début du mois, pour expliquer comment son gouvernement avait pu laisser le Hezbollah chiite gagner autant d’influence au Liban qu’il l’a fait dans les derniers mois, alors qu’il était censé l’affaiblir.

Il a annoncé sa démission le 4 novembre, au terme de sa rencontre avec les dirigeants saoudiens. Lors d’une allocution à partir de l'Arabie saoudite, il a déploré la « mainmise » du Hezbollah, dont deux représentants sont ministres du gouvernement libanais, et de l'Iran sur son pays.

M. Hariri l’a également critiqué pour avoir envoyé des milliers de soldats en Syrie afin d'appuyer le régime de Bachar Al-Assad. Cette intervention a mis le Liban « dans l’œil de la tempête », a-t-il dénoncé. « Nous vivons dans un climat semblable à celui qui régnait avant l’assassinat du martyr Rafic Hariri », a-t-il dit le 6 novembre, évoquant son père tué dans un attentat en 2005 à Beyrouth.

Saad Hariri a lui-même échappé à une tentative de meurtre quelques jours avant de remettre sa démission-surprise.

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