Les électeurs du New Hampshire ont accordé des victoires convaincantes au républicain Donald Trump et au démocrate Bernie Sanders, jetant leur dévolu sur des candidats qui font campagne contre l'establishment. L'un qui se dit trop riche pour être acheté, l'autre qui dénonce l'influence de l'argent en politique.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Une semaine après avoir perdu les caucus de l'Iowa, les deux hommes ont réussi à prendre leur revanche, mardi, lors de la primaire du New Hampshire, deuxième étape d'un long marathon électoral.

Ils ont donné raison aux sondeurs, excédant même leurs prédictions. Ils ont tous les deux devancé leurs rivaux d'environ 20 points de pourcentage.

Leur avance était si grande que les réseaux américains ont rapidement scellé l'issue de la course. CNN a même désigné les gagnants dès 20 h, dans les secondes après la fermeture des derniers bureaux de vote.

Chez les républicains, le controversé multimilliardaire, nouveau venu en politique,a remporté plus du tiers des voix, soit deux fois plus que son rival le plus proche.

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« Je veux féliciter les autres candidats, a lancé d'emblée le vainqueur républicain dans son discours de victoire, passant rapidement à un autre sujet après s'être « débarrassé » de cette formalité.

Construction d'un mur à la frontière du Mexique, promesse de mettre le groupe armé État islamique « K.-O. », plaidoyer pour le port des armes à feu : le flamboyant candidat a livré un discours fidèle à sa rhétorique habituelle.

Écorchant au passage le vainqueur démocrate, il a affirmé que Bernie Sanders voulait « donner notre pays ». Il a ajouté que lui mandaterait des experts en affaires pour négocier de meilleures ententes commerciales.

« Nous battrons la Chine, le Japon, le Mexique, tous ces pays qui prennent notre argent chaque jour, a-t-il lancé. Le monde va nous respecter de nouveau, croyez-moi! » 

« Je vais être le plus grand créateur d'emplois que Dieu a créé! », a-t-il dit, reprenant des propos souvent répétés.

Le magnat de l'immobilier a ensuite contesté le taux de chômage officiel de 5,5 %, affirmant qu'il pourrait même atteindre 42 %.

John Kasich finit bon deuxième, suivi d'un peloton composé de Ted Cruz - gagnant de l'Iowa -, Jeb Bush et Marco Rubio, qui ont reçu des appuis comparables.

Après le scrutin de l'Iowa, les attentes envers Rubio, qui avait livré une chaude lutte aux deux meneurs, étaient élevées. Les analystes se demandaient même si le New Hampshire lui permettrait de prendre ses distances avec les autres candidats républicains réputés plus modérés.

Mais la mauvaise performance du sénateur de la Floride lors du débat de samedi a sans doute contribué à ses mauvais résultats.

Le jeune politicien a lui-même évoqué cette hypothèse. « C'est ma faute. Ça n'arrivera plus jamais », a-t-il affirmé devant ses partisans.

Les quatre autres candidats ont terminé sous la barre des 10 %.

Le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, qui a terminé sixième, a indiqué qu'il évaluerait ses options pour la suite de la campagne.

La révolution politique est commencée, assure Sanders 

Dans le camp démocrate, où la lutte se joue désormais à deux, Bernie Sanders a infligé une cuisante défaite à sa rivale, qui avait pourtant remporté cet État en 2008 contre Barack Obama.

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Lors du lancement de sa campagne, il y a un peu plus de huit mois, le sénateur du Vermont accusait un retard de 40 points de pourcentage sur l'ancienne secrétaire d'État dans cet État voisin du sien.

Devant ses partisans, celui qui se présente comme un « démocrate socialiste » a dénoncé les injustices sociales et économiques, voyant dans sa victoire le « début d'une révolution politique ».

« Ce soir, nous donnons un avertissement à l'establishment économique et politique de ce pays : le peuple américain n'acceptera pas un système de financement électoral corrompu [...] et nous n'accepterons pas une économie truquée », a-t-il soutenu, ajoutant que le message était aussi destiné à l'establishment des médias.

« Les gens veulent du vrai changement », a lancé le politicien, évoquant un salaire minimum de 15 $, la parité salariale, l'université gratuite, l'assurance maladie pour tous et la lutte contre le réchauffement climatique.

Auparavant, Hillary Clinton, qui a remporté de justesse les caucus de l'Iowa la semaine dernière, a rapidement téléphoné à son adversaire pour lui concéder la victoire.

Dans son discours, elle s'est présentée comme celle qui pouvait régler les problèmes, pas seulement les dénoncer. « Les gens ont le droit d'être en colère, mais ils veulent des solutions », a-t-elle dit devant ses partisans.

« Je travaillerai plus dur que quiconque pour concrétiser les changements qui rendent votre vie meilleure », a-t-elle promis.

L'ancienne première dame a rappelé les défis auquels sont confrontés les citoyens afro-américains et latino-américains, et a du même souffle reconnu avoir du « travail à faire » auprès des jeunes, plus enclins à soutenir Bernie Sanders. « Même s'ils ne me soutiennent pas présentement, je les soutiens », a-t-elle déclaré.

Mme Clinton a également tenté de fouetter l'ardeur de ses troupes. « Je sais ce que c'est de trébucher et de tomber. Plusieurs personnes dans tout le pays connaissent ce sentiment. Mais l'important [...], c'est de savoir se relever », leur a-t-elle dit.

Un taux de participation record

Malgré la neige et le froid qu'ont connu le New Hampshire, plus de 535 000 électeurs se sont présentés aux urnes, brisant un record de 2008.

Contrairement à l'Iowa, un petit État qui tient des caucus réservés aux électeurs affiliés à l'un ou l'autre des partis, le New Hampshire tient une élection primaire qui est ouverte aux électeurs indépendants. Ces derniers peuvent soit désigner un candidat démocrate, soit choisir un candidat républicain.

La proportion des indépendants est d'ailleurs très importante. Près de 883 000 électeurs avaient le droit de vote, soit plus de 230 000 démocrates, quelque 262 000 républicains et près de 390 000 indépendants.

Le New Hampshire procure 23 délégués aux républicains, sur un total de 2472, et 32 aux démocrates, sur un total de 4763.

Les prochains rendez-vous électoraux se dérouleront le 20 février, mais le scrutin organisé par chacun des partis ne se déroulera pas dans le même État. Les démocrates tiendront leurs caucus du Nevada, tandis que les républicains tiendront leur primaire de Caroline du Sud.

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