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Santé Canada prêt à autoriser trois centres d'injection supervisée à Montréal

Santé Canada a donné son approbation conditionnelle à la Ville de Montréal pour l'ouverture de trois nouveaux centres d'injection supervisée, a indiqué dans un communiqué lundi la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott.

Lorsqu'ils seront mis sur pied et devenus opérationnels, les trois centres seront situés dans les arrondissements Hochelaga-Maisonneuve et Ville-Marie. Ils devraient être fonctionnels au printemps 2017.

La demande de créer trois nouveaux centres d'injection supervisée fixes avait été formulée par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

La Ville de Montréal a précisé dans un communiqué que la gestion quotidienne de ces centres sera assurée par les organismes communautaires Cactus Montréal, Dopamine et Spectre de rue.

La directrice de Cactus Montréal, Sandhia Vadlamudy, estime qu'il assez facile d'obtenir l'acceptation de la communauté et de vaincre les réticences de certains citoyens inquiets. Elle avance que le fait d’informer la population s’avère souvent suffisant pour convaincre du bien fondé de ces centres d’injections.

« Quand on a des gens qui s’inquiètent, ce que l’on fait, notre réaction est de comprendre leurs inquiétudes et par la suite de bien expliquer ce que font ces centres, pourquoi nous le faisons, et en général, le message est assez apaisant, explique Mme Vadlamudy.

Les gens entendent bien qu’il y aura fort possiblement moins de matériel de consommation à la traîne dans l’environnement, plus de soins de santé et de services sociaux offerts à des personnes qui vivent souvent de grandes difficultés, de la détresse

La directrice de Cactus Montréal, Sandhia Vadlamud

.Ottawa explique avoir approuvé cette demande parce qu'il souhaite « faire sa part pour endiguer la crise de santé publique liée à des surdoses et des décès attribuables aux opioïdes ».

Le ministère de la Santé fait de plus valoir que les centres d'injection supervisée ont donné des résultats positifs au Canada ainsi que dans d'autres pays. La transmission de maladies et les décès par surdose diminuent, de même que les infections, les visites aux urgences et les hospitalisations associées à la consommation de drogues injectables.

Mme Philpott admet toutefois que la création de ces centres ne suffira pas à elle seule à résorber la crise. « Il faut de la prévention », suggère-t-elle aussi.

L'obtention d'exemptions en vertu de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances était nécessaire pour que les centres fonctionnent en toute légalité.

Les exemptions pour les centres montréalais sont valides pour un an. Elles pourront être révoquées si les critères ne sont pas respectés.

Dans ces centres supervisés, il est possible de consommer des drogues sous la supervision d'un personnel qualifié pouvant offrir un traitement immédiat en cas de surdose. Ces établissements fournissent de l'équipement stérile, de l'information à propos des drogues et des soins de santé de base ainsi qu'un aiguillage vers des services de traitement. Dans la majorité des cas, ils proposent aussi un accès à d'autres services de soins de santé, est-il précisé dans un communiqué diffusé lundi par Santé Canada.

D'autres centres à venir?

La ministre fédérale de la Santé a par ailleurs confirmé que 10 autres demandes étaient en cours d'étude concernant l'implantation de centres dans des villes canadiennes, dont l'une pour ouvrir un centre mobile.

Les autres demandes d'exemptions à l'étude sont pour trois sites à Toronto, deux à Vancouver, deux à Surrey en Colombie-Britannique, un à Victoria et un à Ottawa.

En décembre, le gouvernement libéral avait allégé le processus visant à établir des centres d'injection supervisée.

Approbation conditionnelle

Il s'agirait toutefois d'une approbation conditionnelle pour chaque demande des centres d'injection supervisée fixes, indique un porte-parole du CIUSS. « Ils [les représentants de Santé Canada] n'ont pas encore visité les lieux », a-t-il expliqué.

La ministre Philpott a déclaré, lors d'un point de presse, que les visites des trois centres se feront lorsqu'ils seront prêts, puisqu'ils ne le sont pas actuellement. L'inspection a pour but de s'assurer que des mesures de sécurité adéquates sont en place et que le personnel est choisi de façon appropriée.

L'embauche du personnel doit par ailleurs être finalisée et leurs antécédents doivent être vérifiés.

En septembre dernier, le gouvernement du Québec avait annoncé investir 12 millions de dollars pour des centres d'injection supervisée à Montréal.

Une annonce bien accueillie

Le maire de la Ville de Montréal, Denis Coderre, s’est réjoui de cette nouvelle. « Très heureux d'apprendre que nous avons le feu vert d'Ottawa pour les sites d'injection supervisée », a-t-il tweeté.

« Pour moi, c’est une mesure d’intervention extrême, mais nécessaire en matière de santé publique », a affirmé le maire lors d'un point de presse.

La ministre déléguée de la Santé publique au Québec, Lucie Charlebois, a également accueilli favorablement cette annonce.

« Ça va nous permettre aussi d’être en meilleur contact avec ces personnes-là. On va être plus près des gens pour leur offrir des soins de santé et des services sociaux. Et ça va nous permettre de peut-être les amener dans un traitement de dépendance », a-t-elle soutenu lors d'une entrevue téléphonique.

Un avis partagé par la directrice générale de Cactus. Elle souligne que l’expérience vécue dans d’autres centres s’avère encourageante puisque plusieurs toxicomanes réussissent à vaincre leur dépendance ou à réduire leur consommation grâce au contact avec du personnel infirmier et des intervenants psychosociaux.

Mme Charlebois affirme aussi que le gouvernement québécois est ouvert à d'autres centres d'injection supervisée dans d'autres villes, s'il y a des besoins, mais précise n'avoir pas reçu d'autres demandes pour le moment.

Des critères à respecter

Pour pouvoir ouvrir un centre d'injection supervisée, la Cour suprême du Canada a établi cinq critères :

  • l’incidence d’un tel centre sur le taux de criminalité;
  • les besoins locaux justifiant la création d’un tel lieu;
  • la structure réglementaire en place permettant d’encadrer le centre;
  • les ressources disponibles pour assurer l’entretien du centre;
  • les expressions d’appui ou d’opposition de la communauté.

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