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Santé Canada veut réduire le plomb dans l’eau

L'agence fédérale propose de diminuer les concentrations de plomb dans l'eau potable et d'accentuer la surveillance de ce métal dans les robinets des écoles et garderies.

Un texte de Marie-France Bélanger

Santé Canada propose de réduire de moitié la concentration maximale de plomb dans l’eau potable, pour la faire passer de 10 à 5 microgrammes par litre. Il s’agit d’un des plus bas niveaux à l’échelle internationale.

L’agence fédérale propose aussi de vérifier la teneur totale en plomb dans l’eau des écoles et des garderies au moins une fois par année. Les provinces pourraient ainsi être appelées à inspecter toutes les fontaines d’eau potable et tous les robinets d’eau froide utilisés pour la consommation ou la préparation d’aliments.

Santé Canada a fait ces recommandations dans le cadre de consultations publiques sur la question.

Une commission scolaire prend les devants

La Commission scolaire English Montreal (CSEM) a entrepris des travaux pour améliorer la qualité de l’eau consommée par ses élèves.

La CSEM s’est lancée dans le remplacement de toutes les fontaines de ses écoles. Au total, près de 600 nouvelles fontaines seront installées. La majorité sera munie d'une cartouche filtrante pour bloquer les substances indésirables.

Le directeur du service des ressources matérielles, Daniel Hogue, souligne que les nouveaux dispositifs permettent de réduire significativement les concentrations de plomb, de chlore et de particules dans l’eau. Coût des travaux : 2 millions de dollars.

La situation dans les écoles québécoises

La chercheuse Évelyne Doré, de l’École Polytechnique de Montréal, a analysé l’eau provenant de 71 robinets et fontaines de sept écoles au Québec.

Les échantillons recueillis après cinq minutes d’écoulement étaient conformes à la concentration maximale acceptable en vigueur.

En revanche, la moitié des échantillons recueillis dès l’ouverture du robinet ou de la fontaine dépassaient la recommandation de 10 microgrammes par litre de Santé Canada.

Fait à noter : ces résultats indiquent que la teneur en plomb peut varier d’un robinet à l’autre dans une même école. « On peut avoir une fontaine qui va respecter les normes, puis une autre à côté qui ne va pas respecter les normes », dit-elle.

« C’est vraiment un problème de matériau. Si on changeait toutes nos fontaines, tous nos robinets, qu’on changeait les réseaux de distribution des écoles pour des composantes sans plomb, on éliminerait une bonne partie du problème », précise Évelyne Doré.

Ces résultats ne sont pas étonnants, puisqu’ils vont dans le même sens que ceux recueillis par Michèle Prévost, directrice de recherche d’Évelyne Doré et spécialiste reconnue pour son expertise en matière d’eau potable.

Les dangers du plomb

Chez les jeunes enfants, la présence de plomb dans l’organisme affecte le développement du cerveau et entraîne une baisse du quotient intellectuel.

Il est important de surveiller plus étroitement les écoles et les garderies, comme le propose Santé Canada, en raison de la consommation d’eau par les enfants dans ces milieux, croit Michèle Prévost, professeure et chercheuse principale à la Chaire industrielle du CRSNG en traitement et distribution des eaux potables.

« Auparavant, les enfants buvaient du jus, des boissons sucrées. Maintenant, on les encourage à boire de l’eau, et à ne pas apporter de l’eau en bouteille. Mon équipe de recherche a considéré que les enfants boivent une part importante de leur consommation d’eau à l’école », dit-elle.

Michèle Prévost accueille donc favorablement la recommandation de Santé Canada de vérifier annuellement tous les robinets et toutes les fontaines des écoles et des garderies à travers le pays.

Le ministère de la Santé du Québec estime qu’il est prématuré de se prononcer sur cet aspect. Il a commandé un avis sur la pertinence de cette mesure à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

En attendant, Patrick Levallois, médecin spécialiste en santé publique et responsable du groupe scientifique sur l’eau à l’INSPQ, se fait rassurant pour les enfants, compte tenu de la disparition de la majorité des sources de plomb dans l’environnement.

Patrick Levallois ajoute que les résidences sont en général considérées comme la principale source d’exposition au plomb pour les enfants. « Les écoles, ça peut être une source, mais ce n’est peut-être pas la plus importante », souligne-t-il.

Michèle Prévost espère que le Québec s’inspirera des futures recommandations de Santé Canada pour revoir sa réglementation en matière de plomb dans l’eau.

Chaque province est responsable de l’application des recommandations de Santé Canada. Ce qui explique les différences d’un endroit à l’autre.

Santé Canada doit maintenant tenir compte des commentaires reçus pendant la consultation publique, qui s’est terminée à la mi-mars, avant de soumettre ses recommandations finales, possiblement en 2018.

Par la suite, les provinces et les territoires devront déterminer comment ces recommandations seront mises en œuvre sur leur territoire.

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