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Santé mentale : une manifestation pour les approches alternatives

Pour souligner la Journée mondiale de la santé mentale, plusieurs organismes de défense de patients ont manifesté samedi à Montréal pour rappeler l'importance des ressources alternatives dans ce domaine et défendre le droit des patients à refuser certains traitements. La manifestation survient au lendemain du dépôt du Plan d'action en santé mentale 2015-2020 du gouvernement du Québec.

Un texte de Michel Marsolais

Pour une centaine de manifestants, l'approche biomédicale et le réseau hospitalier sont loin de répondre à tous les besoins en santé mentale. On réclame davantage de ressources pour les familles et les organismes sur le terrain. Ces groupes remettent aussi en question l'approche par la médication, et déplorent les atteintes aux droits des patients

« La psychiatrie, c'est la seule profession qui peut remettre en question les droits fondamentaux d'une personne. Les diagnostics étiquettent les gens et souvent les étiquettent à vie. Et allié à l'étiquette, il y a toujours une espèce de posologie médicale, médicamenteuse, qui ne fait pas l'affaire des gens », explique Robert Théoret, responsable à l'action politique au Regroupement des ressources alternatives en santé mentale.

Il évoque les conséquences désastreuses de certains diagnostics, et prône une approche psychosociale. « Les diagnostics, on ne tient pas compte de ça. On accueille des personnes. Des personnes qui ont une histoire de vie, qui ont des espoirs », ajoute Robert Théoret

René Cormier a été confronté à un diagnostic qu'il conteste, mais qui l'a obligé à subir un traitement médicamenteux pénible.

« J'ai consulté pour un trouble d'insomnie, puis finalement, à mon insu, on m'a diagnostiqué avec un trouble psychiatrique avec lequel je me débats encore. Il y a vraiment des préjugés entourant la maladie mentale, et pour quelqu'un comme moi, je n'ai pas de maladie mentale, on m'a traité comme un patient qui a eu un trouble mental. Effectivement, les droits ne sont pas respectés », soutient-il.

André Leduc, coordonnateur au Collectif de défense des droits de Montérégie, croit aussi que les droits de certains patients sont bafoués.

« On ne peut pas avoir une dualité entre les droits d'une catégorie de la population et d'une autre. On a les mêmes droits de refuser tout traitement. C'est un droit fondamental », dit-il.

Le revers de la médaille

L'approche a aussi son revers, puisque les personnes souffrant de troubles mentaux sont souvent en déni de leur condition.

L'absence de prise en charge médicale peut aussi donner lieu à des tragédies
comme celle d'Alain Magloire, abattu par la police de Montréal l'an dernier alors qu'il vivait un épisode psychotique.

Alain Magloire ne pouvait pas être traité contre son gré, en vertu de la loi P-38,
car il ne présentait pas un danger immédiat pour lui-même ou son entourage lors de ses évaluations médicales.

Pour l'instant, l'équilibre est encore difficile à trouver entre le droit des patients et celui des familles désireuses de faire soigner un proche qui refuse d'admettre un problème de santé mentale.

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