Les jeux vidéo peuvent être un divertissement positif, mais certains joueurs finissent par être prisonniers de ce monde virtuel. Dans l'État de Washington, un centre de traitement accueille des jeunes pour qui les jeux vidéo ont pris toute la place.

Un texte de Bouchra Ouatik de Découverte 

Il y a quelques mois, Jake, 28 ans, passait ses journées à diriger des combattants, à abattre des ennemis et à explorer de nouveaux territoires. « J'étais le chef de mon clan, et en faisant ça, je me sentais important. Tous ces gens comptaient sur moi. »

Cependant, ces aventures n'existaient que dans un monde virtuel, celui du jeu de rôle en ligne World of Warcraft. Depuis qu'il s'est initié à ce jeu, à 18 ans, il a perdu la maîtrise de sa vie. Happé par le jeu, il a abandonné l'université et il était incapable de garder un emploi. Dans ses pires moments, il jouait jour et nuit.

Pour reprendre sa vie en main, le jeune homme s'est rendu au centre reSTART, à Fall City, en banlieue de Seattle. Fondé en 2009 par la psychologue Hilarie Cash, ce centre aide les jeunes hommes qui sont incapables de gérer leur utilisation de la technologie, et principalement des jeux vidéo.

« Ils sont agréables, brillants, éduqués, ce sont de très bons jeunes hommes, explique Mme Cash. Mais pour différentes raisons, ils se sont tournés vers Internet pour échapper aux aspects inconfortables et douloureux de leur vie. »

La psychologue considère que ces jeunes souffrent de dépendance aux jeux vidéo, bien que le terme ne fasse pas encore l'unanimité dans le domaine médical. Si reSTART est le premier centre du genre en Amérique du Nord, il en existe plusieurs en Corée du Sud, où la dépendance aux jeux vidéo est considérée comme un problème de santé publique. En 2011, le gouvernement sud-coréen a adopté une loi interdisant aux jeunes de moins 16 ans de se connecter aux sites de jeux en ligne entre minuit et 6 h.

Dans une recherche menée auprès de 1178 jeunes de 8 à 18 ans, un chercheur de l'Université de l'Iowa a déterminé que près de 8 % d'entre eux jouaient aux jeux vidéo de manière pathologique.

Jake avait un comportement semblable à celui d'une personne dépendante aux jeux de hasard. Par exemple, il était incapable d'arrêter de jouer malgré les conséquences, il mentait à ses parents pour cacher son problème et il a ressenti des symptômes de sevrage lorsqu'il a dû arrêter de jouer, en arrivant au centre reSTART.

« J'étais très irritable, très énervé, je me rebellais contre l'autorité. Dans ma première semaine ici, je refusais de faire quoi que ce soit, dit-il. Je n'arrivais pas à accepter de ne plus pouvoir m'évader dans le jeu. »

La psychologue Hilarie Cash explique que ce phénomène présente aussi des similitudes avec la dépendance aux drogues dures. « Il y a certains comportements, comme les jeux de hasard, les jeux vidéo, l'utilisation d'Internet ou encore la consommation de substances, qui mènent à une production élevée de dopamine et d'autres neurotransmetteurs dans le cerveau. Avec le temps, le cerveau s'ajuste, dit-elle. Ces substances et ces comportements ne produisent plus l'effet désiré, qui est une sensation d'euphorie ou de soulagement. Alors, les gens doivent en faire plus. C'est la nature de la dépendance. »

Durant deux à trois mois, les résidents du centre reSTART apprennent à reprendre leur vie en main, loin de la technologie. Ils sont suivis par des psychologues, tout en occupant leurs journées avec des activités qui leur permettent de s'accomplir hors de l'univers du jeu vidéo : sport, randonnées, méditation, cuisine, lecture, musique.

La psychologue Hilarie Cash souligne qu'une fois leur thérapie terminée, les jeunes font face à un défi de taille. « La différence majeure est qu'avec l'alcool, la personne doit ne plus jamais boire d'alcool. Mais avec la dépendance à Internet, elle devra réutiliser Internet et les ordinateurs, précise-t-elle. Alors c'est beaucoup plus difficile d'apprendre à utiliser ces choses de manière saine et équilibrée. »

Jake a cependant déjà pris sa décision : pas question de retoucher à un jeu vidéo. « J'aimerais aller travailler sur le ranch familial et remplir mes journées avec une famille et peut-être avoir des enfants. Je veux m'épanouir comme les gens le faisaient autrefois. Avant que tout cela ne soit disponible. »

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