Un Québécois qui souffrait de maux de dos est mort après avoir subi une opération à Cuba. L'agence de tourisme médical avec qui il a fait affaire semble dépassée par les événements et la famille se retrouve avec une facture de 95 000 $.

Un texte d'Annie Hudon-Friceau de l'émission La facture

Yvon St-Louis était un homme actif et passionné. À 79 ans, il enfourchait encore sa moto pour des randonnées de 200 ou 300 km. Mais ses douleurs au dos commençaient à freiner ses élans.

En mars 2015, Yvon apprend qu'il souffre d'une sténose spinale, un rétrécissement du canal lombaire dans le bas du dos, qui finit par écraser les racines nerveuses. Ici, les médecins lui recommandent de faire de la réadaptation.

Yvon se tourne alors vers une agence de tourisme médical, l'agence Services Santé International (SSI) et signe un contrat. Des médecins cubains lui offrent une solution pour corriger son problème de dos : la décompression lombaire. Une chirurgie très risquée, que les médecins québécois n'envisagent qu'en dernier recours. Coût de l'intervention : environ 20 000 $ canadiens.

Une opération qui tourne mal

Le 15 novembre, Yvon St-Louis entre en salle d'opération à la clinique Cira Garcia, à La Havane. Mais l'opération ne donne pas les résultats escomptés.

Yvon subit une deuxième intervention pour tenter de corriger le tir, mais les complications s'enchaînent : fièvre, pneumonie, chute de pression. Yvon sera d'abord intubé, avant de subir une trachéotomie. Il est rapatrié à Montréal en avion-ambulance le 30 décembre. Il meurt le 5 janvier à l'hôpital du Sacré-Cœur.

Les complications, le séjour prolongé et l'avion-ambulance ont fait grimper la facture. L'aventure d'Yvon St-Louis a coûté au final près de 95 000 $, pour une chirurgie qui devait coûter initialement autour de 20 000 $.

Une agence dépassée par les événements

La famille St-Louis reproche au président de l'agence SSI, Alain Leclerc, son inaction et son improvisation devant les difficultés.

Alain Leclerc s'était pourtant engagé à être actif « en cas de complications », comme il le dit dans un courriel envoyé à M. St-Louis le 17 octobre 2015. « C'est pour cela qu'en vous inscrivant comme client de SSI, vous avez accès à tous nos services pendant trois ans, ce qui inclut le suivi de votre situation après votre retour au Québec. Donc, même en cas de complication, ce qui est exceptionnel, nous sommes là pour vous », écrit le président de l'agence.

Selon François Lebeau, avocat expert en voyages, l'agence SSI aurait dû en faire beaucoup plus. « L'avion-ambulance, c'est une solution, mais ça coûte X. Il y a telle autre solution, qui coûte Y. Si vous restez ici, ça vous coûte tant par jour, etc. Ça, c'est justement les choses qu'ils auraient dû faire, les choses qu'ils auraient dû savoir, pour respecter leur contrat. »

Un cas qui aurait dû être refusé?

La famille St-Louis en a contre les médecins cubains et contre SSI. « Je trouve que les médecins là-bas, un homme de 79 ans, qui arrive sur ses deux jambes, qui n'a pas l'air malade, qu'ils auraient dû refuser l'opération », souligne la femme d'Yvon St-Louis, Claudette Piché.

Alain Leclerc, de SSI, défend la décision des médecins cubains : « Ils ont pensé qu'ils pouvaient améliorer sa situation. »

Le tourisme médical, une business

Jean-Pierre Ménard, avocat expert en droit de la santé, reçoit régulièrement des plaintes concernant des agences qui font la promotion du tourisme médical.

Le président de SSI affirme toucher une commission de l'ordre de 10 % à 15 % sur les traitements offerts à Cuba.

Mieux encadrer les agences de tourisme médical?

La famille St-Louis demande au gouvernement de mieux encadrer les entreprises spécialisées en tourisme médical. Pour le moment, le ministère québécois de la Santé n'envisage d'intervenir d'aucune façon.

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