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Séisme à Mexico : « Tout le monde était dans les rues »

L'histoire se répète au Mexique : 32 ans jour pour jour après le séisme dévastateur qui avait fait 10 000 morts en 1985, un tremblement de terre a ébranlé Mexico et ses habitants. Réactions de gens qui ont vécu cette catastrophe naturelle.

« Ça fait 18 ans que je vis au Mexique et c’est la première fois que je ressens un tremblement de terre aussi violent. J’ai bien cru que ma maison allait s’effondrer », a témoigné le correspondant de RFI au Mexique, Patrick John Buffé, en entrevue à ICI RDI.

« Les animaux, chiens et chats, sont partis en courant à toute allure. Ça a duré plus ou moins une minute, ce qui était une éternité pour nous », a-t-il raconté au téléphone, encore sous le choc.

C'est que tout est arrivé très vite, trop vite même.

L'épicentre du séisme d'une magnitude de 7,1 étant très proche de la capitale, à 120 km au sud-est, la terre s'était déjà mise à trembler lorsque l'alarme sismique qui prévient habituellement les habitants de Mexico de l'approche d'un tremblement de terre s'est déclenchée.

Myriam Savard-Lajeunesse, qui travaille à la délégation générale du Québec à Mexico, se trouvait alors au dernier étage d'un édifice qui en compte neuf.

Fuyant les édifices, la population de la métropole s'est rassemblée dans les rues. Parmi la foule se trouvait également la Québécoise Nancy Caouette.

« On a vu des nuages de fumée, donc on savait que des édifices étaient tombés. Ça sentait le gaz aussi, alors en ce moment personne n’ose retourner dans les édifices », a-t-elle expliqué.

Ajoutant au chaos, les coupures d'électricité et les débris ont forcé l'arrêt des transports en commun.

« Avec mon collègue, on a marché huit kilomètres pour rentrer à la délégation, parce qu’il n’y avait pas d’autre moyen. Et tout le monde était dans les rues, tout le monde marchait, des milliers de personnes », a décrit Mme Savard-Lajeunesse.

Une question de minutes pour sauver les victimes

Une fois le choc passé, les secours se sont vite organisés, selon la journaliste indépendante Émilie Barraza, qui vit à Mexico.

« Il y a la police, l’armée dans la rue. Il y a des brigades citoyennes qui commencent à se former pour aider à retrouver des survivants dans les décombres », a-t-elle expliqué.

Or, le temps presse. L'alarme sismique ne s'étant pas déclenchée assez rapidement pour prévenir la population du danger, beaucoup de gens se sont retrouvés coincés sous les bâtiments effondrés.

Les autorités rapportent au moins 216 morts.

« L'ironie du sort a frappé Mexico »

Triste preuve que l'histoire se répète, le tremblement de terre s'est produit 32 ans jour pour jour après le séisme de 1985, qui avait fait 10 000 morts et traumatisé le Mexique tout entier.

À un point tel que depuis, tous les 19 septembre à 11 h, une simulation de l'alarme sismique commémore le séisme et rappelle à la population de se tenir prête.

« C’est un peu l’ironie de l’histoire », a reconnu Mme Barraza.

« Aujourd’hui, comme chaque année, il y a eu une simulation de tremblement de terre. Dans tous les édifices publics, les écoles, les hôpitaux, les grandes entreprises, la sirène à tremblement de terre retentit, les gens sortent dehors, etc. », a-t-elle relaté.

La capitale mexicaine est particulièrement vulnérable aux séismes, car la ville est bâtie sur un sol marécageux. Une réalité dont ses habitants sont pleinement conscients, particulièrement depuis la tragédie de 1985.

« Les habitants de Mexico sont tout à fait conscients de ça. Ils ont conscience qu’un grave séisme comme celui de 1985 pourrait à nouveau faire des centaines, voire des milliers de morts. Et là, c’est peut-être ce qui est en train de se passer malheureusement », a souligné Mme Barraza.

« Dans la rue, les gens qui avaient vécu le séisme de 1985 étaient totalement paniqués, et ils me disaient : "Mais c’est exactement la même chose!" » a-t-elle raconté.

Survivre à un tremblement de terre

Le géologue-sismologue et professeur à la retraite de l'Université du Québec à Chicoutimi, Reynald Du Berger, a expliqué que le tremblement de terre est dû à la collision entre deux plaques tectoniques, dont celle du Coco, qui tire son nom d'une île au large du Costa Rica.

« C’est une petite plaque, mais elle fait beaucoup de dégâts. Elle entre en collision avec la plaque de l’Amérique du Nord et se déplace sous cette plaque à une vitesse d’environ 75 mm par année. De temps en temps, la plaque se bloque, puis se débloque, et c’est à ce moment-là qu’il y a un tremblement de terre », a expliqué l'expert.

C'est aussi ce qui est à l'origine du séisme du 7 septembre dernier, mais les deux catastrophes ne sont pas reliées, a précisé M. Du Berger.

Ce qui ne veut pas dire qu'un tremblement de terre ne peut pas en provoquer d'autres, bien au contraire.

« Il va probablement être suivi de milliers de répliques, on ne sait pas quand. Il peut y avoir un autre tremblement de terre de même taille d’ici quelques jours », a prévenu le sismologue.

Malgré cette sombre éventualité, et le bilan déjà lourd en pertes humaines, M. Du Berger a voulu rappeler qu'il y a toujours espoir.

Il a également souligné que Mexico a tiré de précieuses leçons du séisme de 1985, et que les normes de construction des bâtiments sont aujourd'hui beaucoup plus rigoureuses.

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