Retour

Séparation des enfants mineurs : le choix du président

Donald Trump a beau parler d'une « triste situation », la séparation des migrants mineurs de leurs parents lui donne aussi un avantage politique. Un atout qu'il ne se gêne pas d'exploiter. Voici pourquoi.

Une analyse de Yanik Dumont Baron, correspondant à Washington

Le président fait souvent dans l’hyperbole. Depuis quelques jours, le vocabulaire qu’il emploie en parlant de cette crise d’enfants séparés de leurs parents rappelle celui de la campagne électorale de 2016. Il n’y a qu’à regarder son compte Twitter.

  • Les mineurs seraient utilisés « par les pires criminels de la terre » pour entrer aux États-Unis;
  • Donald Trump affirme que la criminalité est en hausse en Allemagne, un pays qui a ouvert ses portes aux immigrants « Be smart, America! »;
  • Les démocrates « ne se préoccupent pas de crime et veulent que les immigrants illégaux, aussi pires soient-ils, envahissent et infectent » les États-Unis.

Le message aux Américains est clair : Donald Trump agit pour éviter que le pays ne soit « transformé en un camp de migrants ». Ses politiques sont fermes, mais l’objectif est évident. Il faut protéger la nation.

C’est un message qui résonne bien auprès de l’électorat du président. Un récent coup de sonde commandité par CNN le démontre : près de 60 % des républicains appuient la séparation des mineurs des adultes qui les accompagnent lorsqu'ils sont interceptés après avoir franchi la frontière illégalement.

La fermeté, peu importe les conséquences

Dans l’ensemble, une majorité d’Américains n’aime pas que les mineurs soient ainsi séparés, mais peu importe. Donald Trump ne cesse de le démontrer depuis son élection : ses politiques favorisent d’abord ceux qui l’ont appuyé.

Ce qui ne veut pas dire que le président n’est pas véritablement touché par les déchirants cris d’angoisse des jeunes interrogés par des étrangers en uniforme. Ou encore par le sort des dizaines de mineurs qui attendent derrière des grillages, avec une mince couverture d’aluminium comme seul réconfort.

Mais Donald Trump fait preuve de fermeté. Il faut protéger la nation, ses frontières et ses lois. Peu importe les conséquences. Le genre de position qui lui avait bien réussi en campagne électorale.

Avantage politique

La réaction de dégoût devant cette politique de tolérance zéro offre une belle occasion politique pour l’administration Trump. C’est pour ça qu’il réclame de nouvelles lois pour régler le problème.

Les projets de loi à l’étude traitent surtout du financement d’un mur à la frontière sud, d’une réduction des quotas annuels d’immigration légale. Des priorités de la Maison-Blanche.

Ces mesures sont controversées et n’ont pas l’appui d’une majorité d’élus. La colère citoyenne devant la séparation des enfants pourrait cependant en convaincre certains de changer d’idée.

Et si ces projets de loi ne sont pas adoptés, Donald Trump peut toujours continuer de blâmer l’adversaire démocrate. Un argument pratique à ressortir cet automne, aux élections de mi-mandat...

Le retour des craintes de l’étranger

En 2016, Donald Trump avait aussi beaucoup misé sur la peur de l’autre pour se démarquer : l’interdiction de séjour des musulmans, les Mexicains présentés comme des violeurs, les terroristes cachés parmi les réfugiés, etc.

Tout indique que ces discours aux accents xénophobes se feront plus présents dans le discours politique américain. Et pas seulement dans la bouche du président.

La responsable du département de la Sécurité intérieure a évoqué le risque que des criminels utilisent des mineurs pour réclamer l’asile aux États-Unis. Kristjen Nielsen a parlé d’un bond de 314 % de ce type de fraude en quelques mois seulement.

Un nombre trompeur, qui ne représente qu’une infime partie des quelque 39 000 « unités familiales » arrêtées à la frontière sud. Moins de 1 % du total.

Le risque réel est minime; le risque imaginé, bien grand. D’où l’intérêt d’appuyer celui qui prêche la tolérance zéro.

C’est pour ça que cette crise d’enfants séparés de leurs parents sert bien les intérêts des républicains de Donald Trump. Ils peuvent en retirer des lois qui les avantagent… ou un argument pour mobiliser leurs partisans les plus fidèles.

2016 l’a démontré; la peur de l’autre est un argument plus efficace qu’une série de politiques bien détaillées...

Plus d'articles