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Services policiers : toujours un « club de gars », selon une recherche

Difficile d'être policière dans un domaine encore largement dominé par les hommes. Une chercheuse, elle-même ex-policière, révèle dans une étude des propos troublants de femmes qui travaillent dans ce qu'elles qualifient de « club de gars ».

Un texte de Philippe de Montigny

Lesley Bikos, ex-policière à London devenue sociologue à l'Université Western Ontario, a interviewé 15 femmes de cinq services de police de la province pour faire la lumière sur leurs conditions de travail.

Au pays, seulement 20 % des policiers sont des femmes, selon Statistique Canada. Parmi celles-ci, 17 % occupent des postes de cadres intermédiaires et moins de 10 % font partie de la haute direction.

Kim Greenwood, devenue chef de police à Barrie en 2013, est l'une des rares femmes en Ontario à s'être rendue aussi haut dans la hiérarchie des services policiers.

« Sexisme » et postes « symboliques »

Bien qu'elle soit encouragée de voir un certain nombre de policières à tous les échelons, l'auteure de l'étude dit que souvent, certains postes sont prévus pour des femmes, ce qui engendre plus de compétition entre elles.

« La culture masculine divise les femmes. Lorsqu'il y a une place symbolique pour une femme et 10 postes pour des hommes dans une escouade, ça les dresse les unes contre les autres », explique Lesley Bikos.

Dans l'étude, les policières rapportent aussi qu'elles font souvent l'objet de comportements et de commentaires sexistes. Elles disent s'être déjà fait traiter de « faible », « petite soeur », « garçon manqué », « lesbienne » ou encore « lapine en uniforme » par des collègues.

Place à l'amélioration?

Carrie-Lynn Hotson, responsable du recrutement et du perfectionnement au Service de police du Grand Sudbury, n'est pas surprise que de telles attitudes existent toujours. Elle affirme toutefois qu'elle n'a jamais été victime de discrimination ou de sexisme en 20 ans de carrière.

Même son de cloche à Toronto. Le porte-parole Mark Pugash ne croit pas qu'il y ait de problème systémique au sein du service de police de la métropole. Cependant, il admet qu'il reste du chemin à faire pour, entre autres, recruter plus de femmes.

Entre 2005 et 2015, la proportion de policières au sein du service est passée de 15,6 % à 19 %.

« Pouvons-nous nous améliorer? Bien sûr que oui. Mais nous avons fait des efforts considérables pour embaucher plus de femmes, de minorités visibles, de minorités sexuelles », affirme-t-il.

Depuis sa publication, l'auteure Lesley Bikos a reçu une cinquantaine de messages de femmes qui veulent à leur tour raconter leurs expériences. Elle compte faire une deuxième ronde d'entrevues, cette fois avec des hommes et des femmes, afin d'établir des stratégies pour améliorer la culture policière.

« Je crois qu'avec des policiers heureux et en santé, nous pourrions offrir un bien meilleur service au public », dit-elle.

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