Retour

Signes religieux : entre les faits et le refus de débattre

Avant de décréter l'existence d'un consensus et la nécessité de le traduire en législation tout de suite, il vaut mieux s'assurer de bien établir les faits.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Même si on entend souvent le contraire, les faits indiquent qu’il n’y a jamais eu de « consensus Bouchard-Taylor » sur l’interdiction des signes religieux pour les agents qui incarnent le pouvoir de coercition de l’État.

Tout au plus, il y a, actuellement, une position commune des trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale, ce qui est loin d’être exceptionnel.

Mais force est de constater que le Parti libéral du Québec n’a jamais fait partie de ce consensus. Ni les communautés anglophones et allophones. Ni une bonne partie des jeunes Québécois de toutes origines.

Hors de l’Assemblée nationale, on notera que ni Justin Trudeau et le Parti libéral du Canada ni Thomas Mulcair et le Nouveau Parti démocratique ne se reconnaissent dans ce « consensus ». Et à l'élection générale d'octobre 2015, ces deux partis ont obtenu un peu plus de 60 % des voix des Québécois.

Un autre fait qu’il convient d’établir, c’est que le « consensus Bouchard-Taylor » ne s’appliquerait à absolument personne aujourd’hui. Il n’y a aucun juge, aucun policier, procureur de la couronne ou gardien de prison qui porte un signe religieux dans l’exercice de ses fonctions. C’est un simple fait qui n’a rien d’alternatif.

Cela ne veut pas dire qu’il soit inutile de légiférer pour interdire les signes religieux pour ces personnes. Mais le fait que la loi serait essentiellement préventive enlève le sentiment d’urgence que certains essaient de créer. Il n’y a pas péril en la demeure et, même si on adoptait cette loi, le lendemain, absolument rien n'aurait changé.

S’il y a un consensus quelque part, c’est sans doute, comme le disait Gérard Bouchard, que les Québécois sont « tannés de la chicane » et que bien des gens se rallieraient à la suggestion du rapport Bouchard-Taylor si cela devait enfin fermer un dossier qui a trop traîné.

Un sujet qui ne s’en ira pas...

Il est déjà évident que le sujet va rebondir, et très vite. Dans sa proposition principale qui deviendrait son programme électoral, le PQ propose d’étendre l’interdiction des signes religieux aux nouveaux enseignants et éducateurs de garderie.

La CAQ n’est pas en reste. François Legault a levé son exigence d’interdire les signes religieux pour les enseignants, mais on dénonce encore le burkini sur le site web du parti…

Tout cela pour dire que la question des signes religieux va revenir dès la prochaine campagne électorale pour la simple raison qu’elle est très rentable auprès des électeurs plus âgés, vivant hors de Montréal. Des citoyens dont le taux de participation est plus élevé que la moyenne et qui sont déterminants dans un nombre important de circonscriptions.

Mais le prochain débat électoral n’était pas non plus absent des préoccupations de Philippe Couillard. Dans ses paroles, son ton et son attitude, M. Couillard a choisi d’en faire une question morale qui n’admet aucun débat, au lieu de défendre démocratiquement sa proposition.

Pourtant, beaucoup de pays ont des débats sur les signes religieux. Le Québec n’est ni seul ni très particulier. La position du premier ministre se défend tout à fait, mais celle de l’interdiction de certains signes religieux est tout aussi défendable.

Il n’y a pas non plus de solution parfaitement logique. Donner et recevoir les services de l’État à visage découvert est aussi une sorte de « discrimination vestimentaire », comme l’a fait remarquer, à bon droit, Gérard Bouchard.

Politiquement, M. Couillard se tire dans le pied en refusant le débat. Il laisse ses adversaires faire leur argumentaire sans daigner leur donner la réplique, ce qui est encore le meilleur moyen de perdre la bataille de l’opinion publique.

Le premier ministre ne réglera rien en accusant ses adversaires d’« intolérance » et de « dérive discriminatoire ». Si M. Couillard est convaincu de la justesse de sa position, il doit en débattre et chercher d’y rallier ses concitoyens plutôt que de jeter l’opprobre sur tous ceux qui ne pensent pas comme lui.

En agissant de la sorte, M. Couillard est loin du discours d’homme d’État qu’il avait eu au lendemain de l’attentat de Québec. Il a plutôt l’air d’un politicien qui prépare ses discours en vue de la prochaine campagne électorale. Sur le thème désormais bien connu de « nous, on s’occupe des vraies affaires ».

Plus d'articles

Vidéo du jour


Le plus beau cadeau qu'elle pouvait recevoir





Rabais de la semaine