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Six mois de prison pour l'imam algérien qui voulait la mort de Kamel Daoud

La justice algérienne a condamné mardi à six mois de prison, dont trois ferme, l'imam salafiste Abdelfatah Hamadache Ziraoui, qui avait réclamé l'exécution de l'écrivain Kamel Daoud sur sa page Facebook en décembre 2014. L'imam devra en outre verser une amende de 50 000 dinars, soit environ 650 $.

L'imam Ziraoui avait appelé l'État algérien à condamner à mort Kamel Daoud pour des propos tenus dans le cadre de l'émission On n'est pas couché, diffusée sur France 2 le 13 décembre 2014.

Invité pour discuter de son livre Meursault, contre-enquête, qui lui a valu six mois plus tard le prix littéraire Goncourt du premier roman, l'écrivain y avait critiqué le rapport des musulmans à leur religion.

Dans un avis juridique islamique (fatwa) publié sur Facebook, l'imam avait accusé Kamel Daoud de mener une « guerre contre Allah, son prophète, le Coran et les valeurs sacrées de l'islam » et d'être un « apostat ».

L'auteur avait porté plainte contre l'imam, en demandant au tribunal de le condamner à une amende symbolique d'un dinar. Le procureur au dossier avait finalement réclamé six mois de prison ferme et une amende de 50 000 dinars.

L'imam Ziraoui, qui n'était pas présent au tribunal pour le prononcé de la peine, compte faire appel de ce verdict, selon le quotidien Le Monde. Appelé à témoigner le 1er mars, il avait maintenu ses propos belliqueux.

Daoud salue une décision « courageuse »

Kamel Daoud n'a pas commenté la décision. Des proches ont fait savoir qu'il la trouvait « courageuse » et qu'elle devrait « réjouir tous les défenseurs de la liberté d'expression » parce qu'elle « permet de baliser ce qui est possible et ce qui ne l'est pas en matière de débat idéologique.

Il a aussi observé que la peine infligée au religieux « n'est pas possible dans d'autres pays musulmans comme le Yémen ou l'Égypte ».

Cette condamnation est « sans précédent », estime pour sa part Me Khaled Bourayou, un avocat qui a défendu de nombreux journalistes depuis 20 ans, puisqu'elle « protège le droit à l'opinion et à la conscience, d'autant plus que l'écrivain est également journaliste ».

Il trouve cependant « surprenant [...] que les pouvoirs publics n'aient pas réagi au moment des faits », alors que « la vie de Kamel Daoud a été mise en danger à cause de cet appel au crime ». Après le dépôt de plainte de l'écrivain, le parquet ne s'était pas constitué partie civile dans ce dossier.

Le secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ), Kamel Amarni, s'est aussi réjoui d'une « excellente » décision, même s'il la souhaitait « plus sévère ».

Elle « aura une vertu pédagogique », « de nature à mettre fin à l'impunité totale des prédicateurs qui appellent au meurtre », a-t-il ajouté. « Au moment des faits nous avions réclamé une sanction exemplaire contre ce terroriste - on ne peut pas l'appeler autrement - qui a appelé à l'assassinat d'un journaliste ».

Les propos d'Abdelfatah Hamadache Ziraoui lui ont valu d'être interdit d'être invité à la télévision algérienne, lui qui était un habitué des stations privées. Il continue cependant de prêcher ses convictions sur YouTube ou d'autres réseaux sociaux.

Dans sa dernière vidéo, le 2 mars, il s'en prenait au premier ministre français, Manuel Valls, pour le soutien qu'il avait offert à Kamel Daoud.

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