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Six questions sur le sommet Donald Trump-Kim Jong-un

Le sommet Donald Trump-Kim Jong-un annoncé jeudi est-il le signe d'un réel déblocage en Corée du Nord? Ou s'agit-il d'un leurre? Benoît Hardy-Chartrand, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand et spécialiste de la Corée du Nord, nous donne son point de vue.

Doit-on être surpris par l’annonce de ce sommet, faite après plusieurs mois de vives tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord?

Tous les observateurs sont surpris! C’est une immense surprise, ce revirement. J’avais moi-même dit avant les Jeux olympiques que je m’attendais à ce que les tensions émergent à nouveau une fois les compétitions terminées... Mais je dois mettre en garde contre un optimisme qui serait un peu trop débridé, parce qu’il y a encore d’immenses obstacles qui se posent devant l’objectif ultime, qui est évidemment la dénucléarisation.

Qu’est-ce qui explique le changement de ton entre les deux pays?

Tout indique que les sanctions du Conseil de sécurité et les sanctions unilatérales américaines ont eu un effet assez important sur la Corée du Nord. Elles pourraient avoir joué un très grand rôle dans la décision de la Corée du Nord de changer complètement de position et de tendre la main, non seulement à la Corée du Sud, mais également aux États-Unis.

Pendant longtemps, la Corée du Nord est parvenue à contourner les sanctions et à obtenir des revenus pour le régime. Mais dans la dernière année, en partie à cause des efforts visant à amener la Chine à appliquer des sanctions, il semblerait que la Corée du Nord a commencé à avoir beaucoup de difficultés à commercer avec les étrangers, et surtout avec la Chine. Alors, les sanctions ont probablement eu leur mot à dire dans ce revirement.

Aux États-Unis, des voix s’élèvent pour dire qu’ils craignent un piège, que la crédibilité de Kim Jong-un est mauvaise. Qu’en pensez-vous?

Je suis moi-même sceptique quant aux déclarations de la Corée du Nord. Rappelons-nous que les déclarations de la Corée du Nord, jusqu’à maintenant, sont transmises par la Corée du Sud. On n’a pas encore entendu une déclaration officielle venant de la part du régime de Kim Jon-un.

Aussi, même si la Corée du Nord a dit qu'elle s'engageait à la dénucléarisation, il n'y a évidemment pas d'horizon, de date qui a été mise sur la table, et il y a d'immenses obstacles qui se posent encore sur la route de la dénucléarisation.

Peut-on raisonnablement penser que Kim Jong-un pourrait être disposé à abandonner son arsenal nucléaire?

Il est fort probable, étant donné le capital politique et financier que le régime a investi dans le nucléaire, qu’il n’ait pas l’intention en réalité de démanteler son programme.

Il ne va certainement pas rencontrer Donald Trump dans le but de lui remettre les clés de son programme et de le démanteler le programme. Ce programme est beaucoup trop important pour Kim Jong-un.

Je crois qu’il cherche surtout à faire baisser la pression, parce qu’évidemment, s’il y a des rencontres avec les États-Unis, il risque de demander une levée à tout le moins partielle des sanctions contre son régime. Alors je crois que c’est plutôt ça qui motive ses actions depuis quelques jours.

On sait aussi que la Corée du Nord demande des garanties de sécurité de la part des États-Unis. Or, les États-Unis ont déjà donné par le passé des garanties de sécurité à la Corée du Nord, mais elles n’avaient pas été jugées satisfaisantes.

Rappelons aussi qu’entre 2003 et 2009, il y a eu des pourparlers à six [les deux Corées, le Japon, la Chine, la Russie et les États-Unis] visant la dénucléarisation de la Corée du Nord qui ne sont pas parvenus à l’objectif ultime. Ce n’est pas la première fois qu’on s’engage dans un tel processus.

La Chine peut-elle ou doit-elle être l’hôtesse de ce sommet Trump-Kim?

Il y a de fortes chances que oui. Lors des pourparlers à six, entre 2003 et 2009, la Chine était l’hôtesse.

Comme la Chine cherche à encourager depuis longtemps les deux parties à se parler, il serait peu surprenant de voir la Chine tenir la rencontre à Beijing. Également, comme on a vu la Corée du Sud se poser en intermédiaire ces derniers jours, il serait aussi possible de voir Séoul, où même la zone démilitarisée entre les deux Corées, accueillir ce fameux sommet.

Vous habitez à Tokyo. Comment la nouvelle a-t-elle été accueillie là-bas?

Le Japon est une cible de la Corée du Nord. Il y a eu deux tests de missiles l’an dernier qui ont passé [au-dessus du] territoire ici. Le Japon a toujours été extrêmement préoccupé par la situation au Nord, et il a toujours été aussi très en faveur de la campagne de pressions internationales de Donald Trump.

Le Japon appuie en principe cette rencontre, mais il a mis en garde quant au succès que pourrait avoir ce sommet, justement à cause du fait que la Corée du Nord est très souvent revenue sur ses propres paroles par le passé.

Cette entrevue a été construite à partir des propos tenus par M. Hardy-Chartrand à RDI Matin et à Gravel le matin.

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