Personne n'a gagné, mais surtout, personne n'a encore perdu : Les sondages d'été et de début de campagne doivent toujours être pris avec un grain de sel. Il y a, certes, des tendances qui se dessinent, mais rien n'est joué.

Une analyse de Michel C. Auger

La tendance la plus forte que l'on semble voir à ce moment-ci est le NPD de Thomas Mulcair en tête. Mais il semble plafonner et, surtout, il a toujours autant de mal à percer en Ontario. En fait, on est en droit de se demander où serait le NPD sans l'appui solide du Québec et de la Colombie-Britannique. La bonne nouvelle : après un début de campagne où il était assez nerveux, M. Mulcair semble avoir pris goût à cette interminable tournée.

La bonne nouvelle, pour les libéraux de Justin Trudeau, c'est qu'ils sont, depuis le début de la campagne, dans une lente, mais stable montée. La mauvaise, c'est que leurs chiffres sont encore très loin de ceux du début de l'année et que tout le bruit autour du thème « Justin n'est pas prêt à être premier ministre » lui a fait du mal. Le chef libéral attire encore de belles foules, mais il n'est plus une rock star comme au printemps dernier.

Pour les conservateurs de Stephen Harper, c'est un peu l'inverse de la situation des libéraux : ils sont en lente, mais stable descente. La base conservatrice n'est pas encore trop affectée, mais il reste que le parti est maintenant au troisième rang et hors des marges d'erreur des sondages. De plus, le nombre de Canadiens qui veulent un changement de gouvernement ne cesse d'augmenter.

Les conservateurs ne jouent que pour consolider leur base : La plus grande surprise de la campagne, jusqu'ici, est de voir le Parti conservateur - en fait, on devrait dire, le premier ministre Harper, puisqu'on ne voit pratiquement que lui - faire campagne exclusivement pour la base conservatrice et pas vraiment pour lui attirer des appuis plus larges.

Les deux thèmes fondamentaux de la campagne n'ont pas changé : leadership économique stable et préoccupation pour la sécurité. Même vendredi dernier, le lendemain d'une réplique peu convaincante après la mort du petit Alan Kurdi, le premier ministre a poursuivi sa tournée au Yukon avec une annonce visant les chasseurs, incluant la création d'un permis familial pour la possession d'arbalètes!

Alors que les sondages indiquent une baisse légère de ses appuis, les conservateurs continuent de suivre leur plan de match à la lettre. À moins qu'ils aient des instruments beaucoup plus sophistiqués que ceux qui nous sont accessibles pour suivre l'évolution de leur base, la stratégie semble très risquée.

Au Québec, le Bloc semble avoir disparu des écrans radars : Il y a, certes, eu une embellie dans les sondages après le remplacement de Mario Beaulieu par Gilles Duceppe, mais elle fut de courte durée. Le Bloc a aujourd'hui désespérément besoin de visibilité. La stratégie de ne commencer à véritablement faire campagne qu'à la fête du Travail n'était peut-être pas la plus appropriée. S'il y a une province où on peut parler d'une tendance lourde, c'est bien au Québec, et ce n'est pas vers un appui au Bloc québécois.

Majorité ou minorité? Rien n'est certain : Avec les trois grands partis dans un mouchoir de poche dans les sondages, on pourrait penser que le prochain gouvernement sera minoritaire. La tendance est là, mais c'est encore trop tôt pour l'affirmer. Surtout, les sondages ne nous permettent pas de prédire des variations régionales à l'intérieur d'une province ou l'effet de la nouvelle carte électorale sur le résultat final.

Le point de départ compte : Notre système électoral est connu pour ses résultats extrêmes. Les conservateurs réduits à deux sièges en 1993 alors que Lucien Bouchard devenait chef de l'opposition officielle. Jean Chrétien gagnant presque tous les sièges de l'Ontario pendant toute une décennie. Ou encore, la vague orange en 2011.

Reste que le point de départ compte. Cela affecte tout particulièrement les libéraux qui n'avaient que 36 sièges au moment du déclenchement des élections. Pour finir en tête le 19 octobre, avec un siège de plus que l'un de ses adversaires, le PLC devra gagner une centaine de nouveaux sièges, ce qui est une bien grosse commande.

La vraie campagne commence maintenant? Ce devait être un début de campagne bien tranquille et la vraie campagne ne devait commencer qu'après la fête du Travail. Au lieu de cela, le gouvernement sortant a déjà dû affronter trois tempêtes : le procès du sénateur Mike Duffy, le Canada qui entre officiellement en récession et la crise des migrants.

Une seule question : si c'était à refaire, croyez-vous que Stephen Harper choisirait encore une campagne de 11 semaines ou s'il ne se dirait pas que les 35 jours habituels seront bien suffisants?

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