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Soins aux transgenres : trois ans d'attente pour une nouvelle vie

Les soins de santé manquent pour les personnes de la communauté LGBT et les personnes transgenres en Saskatchewan, selon la seule psychiatre capable d'autoriser la chirurgie de changement de sexe dans la province. Les listes d'attentes atteignent jusqu'à trois ans alors que ces patients vivent souvent en situation de détresse psychologique.

Reann Legge, une personne transgenre, a longtemps été confuse par rapport à son identité. Elle pensait d’abord qu’elle était homosexuelle, mais se sentait toujours incomplète.

Le sexe masculin lui a été attribué à la naissance. Au cours de sa puberté et de ses années d’études universitaires, elle se sentait stressée et déchirée. Ce n’est qu’en 2013 qu’elle a réussi à reconnaître qui elle était vraiment.

« Quelque chose a juste tilté, et j’ai réalisé que j’étais transgenre », raconte la femme de 30 ans.

Ses formes masculines faisaient toutefois en sorte qu'elle se sentait inconfortable dans son propre corps. Mme Legge soutient que cet état psychologique fait des ravages dans la communauté transgenre : « Pour beaucoup, ce n’est pas une question de ‘’si‘’ ils vont se suicider, mais de ‘’quand‘’ », témoigne-t-elle.

Elle dit s’estimer chanceuse d’avoir pu consulter la psychiatre saskatchewanaise Sara Dungavell pour obtenir sa référence pour la chirurgie de changement de sexe.

Une psychiatre surmenée

Depuis l’automne dernier, la docteure Sara Dungavell a été reconnue par la province comme professionnelle pouvant fournir ce genre de référence. La province peut alors rembourser jusqu’à la totalité des coûts médicaux des procédures chirurgicales.

Mais la charge administrative risque de ralentir les démarches, selon Sara Dugavelle, puisque la liste d’attente pour ses services peut atteindre trois ans et que son évaluation doit être secondée par un deuxième psychiatre.

« Si quelqu’un se fait référer mes services aujourd’hui, il va probablement devoir attendre trois ans pour me voir », explique-t-elle.

Elle a ouvert sa clinique, basée à Saskatoon, pour répondre « au taux de suicide élevé et alarmant » dans la communauté transgenre et LGBT+.

Son nombre de dossiers s’accumule, en plus de ses voyages dans le nord de la province où elle prodigue des soins en santé mentale.

Le système actuel n’est pas viable, à ses yeux. Surtout, elle craint l’épuisement professionnel.

« Et si je tombe en surmenage professionnel, cela signifie que le nord de la Saskatchewan et toute la communauté LGBT+ de la province n’ont plus de soins », prévient-elle. « Si nous continuons de cette façon et que, miraculeusement, je ne m’épuise pas, cela rend les services de plus en plus lents pour les patients transgenres, puisque la liste d’attente s’allonge. »

La Saskatchewan exige les références de deux psychiatres pour entamer toute chirurgie de changement de sexe. L’Ontario et la Colombie-Britannique n’en demandent qu’une seule, ajoute Sara Dungavell.

Elle préférerait que des professionnels de la santé tels que les médecins ou les infirmières soient formés pour pouvoir rédiger de telles ordonnances. Elle est d’ailleurs en contact avec le ministère de la Santé et pousse dans cette direction.

Faciliter les transitions

La docteure Leane Bettin, qui travaille à la clinique communautaire de Saskatoon, défend, elle aussi, l’amélioration de soins de santé pour les personnes souffrant de dysphorie de genre.

Selon elle, il y a eu de « tout petits pas » dans la bonne direction. Elle voudrait qu’une équipe soit formée pour développer une nouvelle approche des traitements, pour travailler à accroître l’expérience des médecins. Elle veut aussi que le gouvernement couvre tous les coûts liés au traitement de la dysphorie de genre.

Elle explique que les traitements ne sont pas simplement chirurgicaux, mais comprennent également des soins hormonaux, médicaux et sociaux. Par conséquent, plusieurs professionnels de la santé participent au processus.

La docteure compare son travail avec les personnes transgenres à l’émerveillement des sages-femmes qui aident à mettre au monde des enfants.

« Quand tu es capable d’aider quelqu’un à devenir qui il est vraiment, c’est comme leur donner une nouvelle vie », exprime-t-elle. « De voir la joie sur leur visage et la façon dont ils peuvent s’épanouir en tant que celui ou celle qu’ils étaient censés être, c’est tout simplement extraordinaire. »

Reann Legge vit cette transformation : alors qu’elle attend sa chirurgie de changement de sexe à Montréal, et se tourne vers d’autres processus de féminisation, tels que la chirurgie faciale, la liposuccion et l’augmentation mammaire.

Elle espère continuer à se battre pour les droits de santé des personnes transgenres.

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