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Sondage - Économie, religion, environnement : ces sujets qui divisent les Canadiens

Patriotes? Engagés? Anxieux? Ouverts d'esprit? Qui sont les Canadiens d'aujourd'hui? L'institut Angus Reid a mené un sondage pour brosser leur portrait et tenter de comprendre ce qui divise aussi les citoyens au pays.

  • Ce qui nous divise

Les divisions des Canadiens se manifestent principalement à travers le spectre de l'âge et de la province de résidence, révèle le sondage de l'institut Angus Reid intitulé « Valeurs et identité canadienne : qu'est-ce qui fait de nous des Canadiens? »

« Il y a d'énormes différences entre les régions et entre les générations qui nous divisent. Les jeunes sont plus pessimistes à propos de l'avenir et ils pensent aux questions sociales d'une manière très différente de celle de leurs parents ou de leurs grands-parents », commente Shachi Kurl, directrice de l'institut Angus Reid.

Concernant les divisions interprovinciales, c'est surtout « l'économie [qui] a un grand impact sur ce que pensent les gens, souligne-t-elle. En Alberta, en Saskatchewan et dans la région de l'Atlantique, il y a beaucoup d'incertitude à cause du taux de chômage. Ces provinces estiment qu'elles ne sont pas traitées de manière équitable par le reste du Canada ».

Outre l'économie, plusieurs sujets de société touchant à la vie quotidienne soulignent des opinions très contrastées. Par exemple, bien que la religion soit très importante au quotidien pour 65 % des Canadiens sondés, ils sont partagés quant à sa présence dans l'espace public : 59 % souhaitent que Dieu et la religion soient maintenus en dehors de la vie publique tandis que 41 % estiment que l'on devrait célébrer publiquement le rôle de la foi.

« Nous découvrons qu'il existe un mythe, en particulier parmi certains politiciens, selon lequel nous sommes un pays défini par le multiculturalisme. Comparativement à d'autres pays, il est vrai que nous sommes à l'aise avec les minorités et nous acceptons les coutumes et cultures minoritaires. Mais nous avons nos limites que nous ne sommes pas prêts à dépasser, notamment sur la question des accommodements culturels », note Shachi Kurl.

  • D'où proviennent ces divisions?

Le facteur principal de division qui ressort du sondage vient des provinces, et notamment du Québec, moins attaché au pays qu'ailleurs : seul un tiers des répondants québécois ont évoqué « un attachement émotionnel profond envers le Canada ».

« Certes, les Québécois sentent moins d'appartenance envers le Canada. Mais dans leurs esprits, du moins pour le moment, la question de la souveraineté est en grande partie réglée. Aujourd'hui, 75 % disent que le Québec devrait rester au Canada », souligne Shachi Kurl.

Selon l'experte, l'Alberta et la Saskatchewan, dans une moindre mesure, seraient le nouveau Québec dans la relation qu'elles entretiennent. « C'est plus probable que les deux solitudes se trouvent entre l'Alberta et le reste du pays qu'entre le Canada anglais et le Canada français. Les Albertains sont frustrés, impuissants, sans voix et se sentent peu respectés par les autres Canadiens. Ils estiment que leurs opinions et leurs valeurs sont distinctes du reste du Canada », affirme-t-elle.

Une position que nuance Charles Breton, enseignant au département de sciences politiques de l'Université de la Colombie-Britannique. « C'est clair que l'Alberta n'est pas le nouveau Québec parce qu'ils sont beaucoup plus attachés au Canada que peut l'être un Québécois, ils sont beaucoup plus fiers d'être Canadiens que le sont les Québécois », affirme-t-il en s'appuyant sur les résultats du sondage.

  • Ce qui nous unit

Malgré un Québec légèrement en deçà des autres provinces, ce qui unit les Canadiens, c'est la fierté nationale et ce que le pays a à offrir, selon Shachi Kurl : « Nous partageons une opinion positive de notre niveau de vie, de notre accès à l'éducation et aux soins de santé, et de l'accueil chaleureux que nous recevons dans nos communautés. »

« Nous acceptons et nous nous sentons à l'aise avec les nouveaux arrivants et les minorités au Canada. Mais il y a certaines limites, poursuit-elle. Nous sommes unis aussi par notre préférence de voir les minorités s'intégrer dans la société au lieu de garder leur propre langue et leurs coutumes. »

Mais là encore, Charles Breton tempère en soulignant que la question du sondeur a probablement influencé les réponses : « Quand on demande aux gens ce qu'ils pensent du multiculturalisme, ils sont dans leur ensemble pour. Quand on demande plus en détail : "est-ce que vous pensez que les minorités devraient en faire plus pour s'intégrer?", les gens, en majeure partie, disent oui. On voit que demander si vous êtes pour le multiculturalisme ou poser une question qui mesure ce qu'est le multiculturalisme donne deux réponses différentes. »

Même constat en ce qui concerne l'immigration : « Le sondeur demande aux gens de choisir entre donner la priorité aux gens qui viennent d'un pays en crise ou donner la priorité à nos besoins économiques. C'est comme créer une fausse dichotomie : il n'y a personne qui dit que de faire venir des gens d'endroits en crise ça ne peut pas aussi aider l'économie. On demande aux gens de choisir entre deux choses qui ne sont pas nécessairement opposées. »

Charles Breton croit également que ce qui nous unit est aussi ce qui nous différencie des autres pays occidentaux. « Que les Canadiens soient divisés à 50-50 sur un sujet comme la monarchie, ça ne change pas grand-chose à la façon dont, au jour le jour, le Canada est mené. Si on regarde les voisins du sud, les divisions 50-50 portent sur des sujets beaucoup plus fondamentaux, comme la place des minorités culturelles ou des Afro-Américains dans la société. »

Le politologue explique en effet, qu'au vu du sondage, un plus grand nombre de Canadiens a tendance à penser que les minorités devraient en faire plus pour s'intégrer (68 % contre 50 % aux États-Unis). « Ça peut surprendre, car on a toujours l'impression que le Canada est plus ouvert à la diversité que les États-Unis. Mais les recherches montrent qu'il y a une différence entre le Canada et les États-Unis ou l'Europe en ce qui concerne le lien entre l'identité nationale et l'acceptation de la diversité : les gens qui sont très fiers d'être Américains, Néerlandais ou Britanniques vont avoir plus tendance à être contre l'immigration. Alors qu'au Canada c'est le contraire : les gens qui sont très très fiers d'être Canadiens ont aussi plus tendance à être ouverts à l'immigration. »

Selon lui, c'est dans cette relation entre identité nationale et immigration que le Canada est différent des autres pays occidentaux, comme si la diversité faisait partie intégrante de l'identité canadienne.

« C'est aussi pour ça qu'on a de la difficulté au Canada à voir un politicien qui essayerait de remporter une élection en jouant là-dessus. Ça ne fonctionne pas. Les conservateurs ont essayé un peu aux dernières élections et ils n'ont pas gagné... En revanche, c'est exactement ce que UKIP, le parti pour le Brexit, a fait au Royaume-Uni. Et c'est aussi sur ces arguments que Donald Trump essaie de remporter la présidentielle américaine », conclut-il.

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