La publication de deux sondages contradictoires sur la politique québécoise en moins de deux semaines a alimenté les discussions de corridor ces derniers jours à l'Assemblée nationale.

Le premier, réalisé par Léger, laisse croire à une lutte serrée entre le Parti libéral (31 %) et le Parti québécois (30 %), avec une Coalition avenir Québec non loin derrière en troisième position (25 %). L’autre, de la firme CROP, montre un Parti libéral solidement en avance (36 %) devant une Coalition avenir Québec (26 %) passée devant le Parti québécois (24 %).

Il est vrai que, s’ils se matérialisaient dans l’urne, les chiffres de ces sondages donneraient des résultats différents : un gouvernement péquiste probablement dans un cas, un gouvernement libéral dans l’autre.

Cela ne devrait toutefois pas occulter le fait que, au-delà des différences plus marquées qu’ils affichent cette fois-ci, les sondages publiés au cours de la dernière année s’inscrivent tous plus ou moins dans la même lignée.

C'est que, au-delà des contradictions des deux plus récentes enquêtes, force est de constater que l’opinion publique québécoise se montre étonnamment stable depuis plus d’un an.

Malgré les controverses qui entachent le gouvernement, les changements de chef répétés à la tête du Parti québécois et les nombreuses tentatives de la Coalition avenir Québec pour se démarquer, une compilation des enquêtes réalisées par les deux principales maisons de sondage depuis un an montre peu de mouvements significatifs, ou du moins, aucun changement de cap.

Bien sûr, les journalistes et les analystes ne peuvent s’empêcher de soupeser la moindre variation enregistrée par les sondeurs chaque fois qu’une nouvelle enquête est publiée. Il faut toutefois admettre que la plupart des changements révélés par les sondages d’opinion d’un mois à l’autre sont marginaux la plupart du temps, et qu’il est difficile d’en dégager une tendance claire.

Il y a des limites à extrapoler lorsqu’on constate des reculs ou des remontées inférieurs à 3 points de pourcentage, qui s’inscriraient à l’intérieur de la marge d’erreur si les maisons de sondage produisaient encore des enquêtes probabilistes.

Forces en présence

Toujours en première place, le Parti libéral voit ses appuis osciller autour de 35 %. Bien sûr, le parti ne parvient pas à atteindre le niveau d’appui qu’il a eu lors des dernières élections (42 %) et qui lui a permis d’obtenir un gouvernement majoritaire. N’empêche, dans un contexte où les controverses se sont multipliées ces derniers mois, pareil résultat apparaît providentiel.

Au deuxième rang la plupart du temps, le Parti québécois recueille en moyenne 29 % d’appui et n’a pas de quoi pavoiser. En fait, depuis les dernières élections, le PQ n’a été en tête des intentions de vote que très brièvement à la suite de l’élection de Pierre Karl Péladeau, et encore, son avance n’a jamais vraiment dépassé la marge d’erreur.

En troisième place, quelque part entre 22 et 26 % d’appui, la CAQ semble prendre un peu de galon, mais les intentions de vote en sa faveur demeurent volatiles, et surtout, ne se sont pas vraiment matérialisées lors des nombreuses élections partielles à avoir eu lieu récemment.

Des partis qui stagnent

En fait, si on fait abstraction de Québec solidaire, dont les appuis se situent autour de 10 %, les principales formations politiques semblent rester plus ou moins stagner.

Aucune d’entre elles ne paraît capable de prendre les devants de manière décisive, et encore moins de distancier durablement ses adversaires, comme y était par exemple parvenu le PQ à l’époque où le gouvernement Charest était au plancher, ou la CAQ au moment de sa création.

La solidité du vote libéral est sans doute en cause, tout comme la division de ceux qui s’opposent au gouvernement. Pourtant, le multipartisme, tout aussi présent sur la scène fédérale que sur la scène québécoise, n’empêche pas le gouvernement Trudeau d’afficher dans les sondages menés auprès des Québécois une avance quasiment insurmontable, et ce, depuis maintenant plus d’un an.

En somme, si aucun parti ne semble capable de se démarquer, c’est peut-être parce qu’aucun d’entre eux n’inspire réellement les Québécois. Cela se traduit par une opinion publique stable, mais sans doute aussi, un peu morose.

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