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Sophie Prégent s'attire des critiques avec sa défense de Sylvain Archambault

Les comédiens Marc-André Grondin, Karine Vanasse, Magalie Lépine-Blondeau et le réalisateur Christian Laurence n'ont pas aimé entendre la présidente de l'Union des artistes, l'actrice Sophie Prégent, défendre le réalisateur Sylvain Archambault, ciblé par des allégations d'inconduites sexuelles sur ses plateaux.

Dans un article du quotidien La Presse publié mercredi, des acteurs, actrices et artisans ayant collaboré avec M. Archambault affirment qu'il aurait des méthodes de travail hostiles et ferait des allusions à caractère sexuel et des attouchements sur ses plateaux de tournage.

Sophie Prégent, qui a notamment travaillé avec Sylvain Archambault dans la récente série Cheval-Serpent, a défendu celui-ci dans La Presse et au 98,5 FM.

Elle a notamment déclaré que le cinéaste est « rempli de défauts », mais que « ça s'arrête là » et qu'elle n'a pas été touchée par son comportement. Elle a précisé qu'elle s'exprimait alors « en tant qu'actrice » et non en tant que présidente de l'Union des artistes.

Des membres de l'UDA mécontents

Le comédien Marc-André Grondin a publié sur Twitter une lettre qu'il a envoyée à Sophie Prégent, dans laquelle il l'accuse de s'être placée en situation de conflit d'intérêts et d'avoir failli à son rôle.

Précisant que des allégations sur les comportements de Sylvain Archambault circulaient depuis 15 ans, l'acteur a reproché à Sophie Prégent de minimiser l'expérience des victimes en racontant la sienne. Selon lui, elle devait, en tant que présidente de l'Union des artistes, s'imposer un devoir de neutralité.

« Vous vous êtes placée ce matin à la défense d'un réalisateur, au détriment de vos membres », écrit-il.

Marc-André Grondin reproche aussi à Sophie Prégent d'avoir souhaité, à la radio, que les membres de l'UDA se tournent vers le syndicat plutôt que vers les médias lorsqu'ils veulent dénoncer de tels comportements.

« Comment osez-vous vous étonner que certains de vos membres décident de passer par les médias plutôt que d'utiliser les mécanismes internes à notre syndicat lorsque notre propre présidente tient de tels propos? » demande-t-il dans sa lettre.

L'acteur conclut en soulevant des doutes sur la capacité de Sophie Prégent à distinguer ses expériences personnelles de son devoir syndical et à remplir le rôle pour lequel elle a été élue.

Ces doutes ont aussi été soulevés par l'actrice Karine Vanasse, toujours sur Twitter. Selon elle, il faudrait se demander pourquoi le lien de confiance entre l'UDA et ses membres n'est pas assez fort pour que les actrices et acteurs se manifestent auprès du syndicat quand de telles situations sont vécues.

« Suite à la lecture de cet article, je me demande ceci : est-ce qu'un acteur/actrice encore actif peut, de façon impartiale, représenter les autres membres UDA à titre de président, et ce, en toutes circonstances? » écrit-elle sur le réseau social.

De son côté, dans un message écrit sur Facebook, le réalisateur Christian Laurence demande la démission de Sophie Prégent.

En fin de journée, la comédienne Magalie Lépine-Blondeau a ajouté sa voix aux critiques sur la réaction de Sophie Prégent dans un message sur Facebook. « Ce n’est pas en tant qu’amie ou qu’actrice qu’elle se devait de se prononcer, mais bien à titre de présidente de l’UDA. Comment, après s’être permis de nuancer les propos des victimes rapportés par la presse ce matin, peut-elle s’étonner que celles-ci préfèrent se tourner vers les médias plutôt que vers les structures mises en place par notre syndicat? »

La présidente de l'UDA se défend

Sophie Prégent a précisé sa position à l'émission Le 15-18. Elle a souligné que si ses propos dans l'article de La Presse ou en entrevue avec Paul Arcand avaient été interprétés comme un manque de compassion, elle s'en excusait.

Elle assure, « bien au contraire », vouloir défendre les membres de l’UDA, et que si des renseignements graves sur des allégations d'inconduites sexuelles sur les plateaux de Sylvain Archambault étaient parvenus à ses oreilles, elle aurait agi.

La présidente de l'UDA se réjouit que « les gens parlent » depuis quelques semaines et indique qu'elle n’a pas l’intention de démissionner de son poste à la tête du syndicat professionnel.

Plus tard en soirée, à l’émission 24/60, Mme Prégent a indiqué que l’UDA a reçu une trentaine de plaintes au cours des trois dernières semaines.

Elle a aussi mentionné que des agents du syndicat se sont présentés cinq fois sur le plateau de la série Cheval-Serpent.

« Cinq matins, où il y avait des scènes de nudité, où il y avait des malaises des acteurs, où on le savait, dit-elle. On y allait. […] Mais clairement, s’il n’y a pas de plaintes formelles qui sont émises, c’est très difficile d’agir. »

La réaction de Sylvain Archambault

Le réalisateur Sylvain Archambault a réagi par communiqué et a affirmé qu'il n'accordera pas d'entrevue. Il nie catégoriquement les propos qu'auraient tenus, sous le couvert de l'anonymat, des personnes l'ayant côtoyé. « L'anonymat permet de dire n'importe quoi, même des faussetés », a-t-il déclaré. Il souhaite que les personnes qui ont fait ces affirmations le fassent ouvertement pour prouver leurs allégations.

Il ajoute que selon lui, « on assiste depuis quelque temps à non seulement des mises en accusation gratuites non "challengées", mais à des condamnations en règle sans droit de défense. J'espère que les gens feront la distinction ». Il mentionne aussi que « les personnes ayant formulé des propos mensongers feront l'objet de procédures judiciaires ».

Des techniciens réfutent les allégations

Trois membres de l'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS) qui travaillent présentement avec Sylvain Archambault sur le plateau de tournage de Mensonges 4, ont parlé à l’émission Le 15-18, mercredi, sous le couvert de l’anonymat.

Ils affirment tous les trois qu’il est très agréable de travailler avec Sylvain Archambault. L’un d’eux côtoie le réalisateur depuis 15 ans et il estime que la présence du cinéaste est même très positive sur les plateaux de tournage.

« Nous autres, on a le goût d’aller travailler le matin avec lui », affirme l'un des techniciens.

Les trois assurent qu’ils n’ont jamais été témoins d’attouchements sexuels de la part de Sylvain Archambault.

Ils précisent par contre que le réalisateur ne se gêne pas pour intimider les comédiens. « Sylvain en a intimidé du monde, ça, c’est certain, mais ce n’est pas le seul », indique un technicien.

Un « malaise » sur le plateau

Le président de l'AQTIS, Alexandre Curzi, qui a été sur un plateau de tournage mercredi avec M. Archambault, soutient qu’il y avait un « malaise ».

« Les allégations qui sont là sont d’un autre niveau, a-t-il dit à l’émission 24/60. C’est très grave ce qui est dit […] Tout le plateau aujourd’hui était un peu secoué par [ces allégations]. »

« Il y a des techniciens qui disaient être inconfortables avec ça, ajoute-t-il, et qui n’allaient pas à la défense de M. Archambault, mais qui disaient qu’on ne voulait pas qu’on les prenne à témoin dans ça, parce qu’ils n’étaient pas témoins des gestes qui avaient été posés. »

Il a aussi précisé que c'est la première fois que l'AQTIS est mise au courant de gestes déplacés à caractère sexuel de la part de la part du réalisateur.

La réaction de Radio-Canada

Radio-Canada, qui diffuse les séries Les pays d’en haut et Cheval-Serpent, réalisées par Sylvain Archambault, affirme que ces allégations doivent être prises au sérieux : « Nous comprenons la réaction des personnes qui ont témoigné. Le harcèlement n’a pas sa place en milieu de travail sous quelque forme que ce soit. »

Radio-Canada souligne qu'elle suit l’évolution du dossier et qu'elle travaille de près avec les maisons de production concernées pour que soient apportés les correctifs qui s’imposent dans le respect des droits de tous.

Elle ajoute également qu’elle entend diffuser Les pays d’en haut et Cheval-Serpent comme prévu à l’hiver 2018. « Les retirer équivaudrait à pénaliser nos auditoires et des dizaines d’artistes et artisans. »

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