La ministre de la Justice du Québec s'est portée à la défense de la liberté de presse, lundi, déclarant qu'il faut « s'assurer de la préserver ».

Un texte de Yannick Donahue

Stéphanie Vallée a brièvement réagi à l'arrestation d'Antoine Trépanier, journaliste pour Radio-Canada à Ottawa, lors d’un point de presse tenu en matinée à Gatineau.

Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) a procédé la semaine dernière à l’arrestation d’Antoine Trépanier à la suite d'une plainte pour harcèlement criminel déposée par Yvonne Dubé, directrice générale de l'organisme Grands Frères Grandes Soeurs de l’Outaouais.

Celle-ci se trouve au coeur d'une enquête du reporter pour s'être faussement présentée comme avocate et avoir pratiqué le droit sans autorisation de septembre 2011 à mars 2012.

Aucune accusation n’a été portée contre le journaliste, qui a été relâché après avoir signé une promesse de comparaître.

« Vous comprendrez qu’en raison de mes fonctions et compte tenu du fait que le dossier est actuellement soumis pour étude au Directeur des poursuites criminelles et pénales [DPCP], je vais m’abstenir de commenter, mais soyez certains que j’ai une opinion », a dit Mme Vallée.

La ministre a défendu le rôle que jouait la liberté de presse dans la société.

La ministre de la Justice s’est engagée à renforcer la protection des sources journalistiques.

« La liberté de presse, c’est un enjeu, c’est très sensible au Québec comme au Canada. La protection des sources journalistiques aussi. D’ailleurs, suite au rapport de la commission Chamberland en décembre dernier, mon collègue Martin Coiteux et moi, on a pris le rapport et on s’est engagés à y donner suite au cours des prochains mois », a-t-elle affirmé.

Questionnée sur une possible faille dans la loi qui permettrait aux policiers d’arrêter des journalistes dans le cadre de leur travail, Mme Vallée n’a pas voulu dire si elle envisageait de changer la loi pour protéger davantage les journalistes.

« Je ne veux pas commenter ce dossier-là, mais je vous dirais que la jurisprudence de la Cour suprême est quand même assez éloquente », a mentionné Stéphanie Vallée.

Attendre la suite

Présent lors de la conférence de presse, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, s'est abstenu de commenter l’arrestation du journaliste.

Questionné quant à savoir si le service de police de la Municipalité avait fait du bon travail, si le corps policier avait procédé à une enquête avant l’arrestation et même s’il détenait un mandat, le maire a évité de se prononcer.

Maxime Pedneaud-Jobin se référait à une déclaration qu'il a faite au journal Le Droit : « On est dans un cas où le SPVG applique la loi telle qu’elle est construite maintenant. Les policiers ont posé les gestes qu’ils devaient poser dans un cas de plainte pour harcèlement criminel. Est-ce qu’avec cet événement on est en train de trouver une faille légale? C’est la suite des choses qui va nous éclairer. Si on devait être devant une faiblesse de la loi et de sa capacité à protéger le droit des journalistes à faire leur travail, il faudra changer la loi. Pour l’instant, le SPVG applique la loi », avait-il dit.

Un appui renouvelé

Les membres de l'organisme Grands Frères Grandes Soeurs de l’Outaouais ont renouvelé leur appui à l’égard de leur directrice générale, Yvonne Dubé, lors d’une réunion du conseil d’administration tenue samedi dernier.

« La décision du C. A. a été unanime à savoir que les administrateurs maintiennent le contrat de travail de la DG ainsi que sa confiance », a déclaré son président, Richard Gravel, par voie de communiqué.

Rappels Vendredi, le directeur de la police de Gatineau, Mario Harel, a dit « comprendre toute l'importance de la liberté de presse et du droit du public à une information de qualité, exacte, rigoureuse et complète ».

Rappelant à plusieurs reprises que les policiers sont tenus à la « neutralité » et à l'« impartialité », le directeur Harel a souligné que le SPVG avait le devoir de « répondre aux plaintes » sans égard au statut ou à la profession des présumés accusés.

« Lorsque nous intervenons, nous n'avons pas ce fardeau de disposer de preuves hors de tout doute raisonnable; nous laissons les tribunaux agir et procéder à l'évaluation du dossier. »

De son côté, Radio-Canada a soutenu la démarche de son journaliste Antoine Trépanier.

« Nous trouvons que son arrestation était sans fondement, qu’il ne faisait que son travail et que celui-ci respectait à 100 % les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada », a affirmé le directeur des Services français de Radio-Canada à Ottawa-Gatineau, Yvan Cloutier.

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