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Suicides d'adolescents : les Premières Nations demandent au gouvernement fédéral d'agir

Les Premières Nations dénoncent l'inaction du gouvernement fédéral face à la vague de suicides qui ébranle plusieurs de leurs communautés. Lors d'un point de presse à Ottawa jeudi, des chefs autochtones ont réclamé une stratégie nationale immédiate pour prévenir de telles tragédies.

Un texte de Natacha Lavigne

La Première Nation de Wapekeka, qui se trouve dans le nord-ouest de l’Ontario, est toujours en état de choc. Il y a près de deux semaines, Jolynn Winter et Chantel Fox, deux adolescentes de 12 ans, se sont enlevé la vie.

Quatre jeunes ont depuis été transportés à l’extérieur de la réserve et ont été placés sous une surveillance médicale constante, de peur qu’ils ne fassent partie du pacte de suicide identifié par la communauté il y a plusieurs mois.

Vingt-six élèves, bouleversés par ces récents suicides, sont également surveillés de près.

Quel pays regarde ses enfants mourir sans rien faire? Combien de suicide faudra-t-il?

Charlie Angus, député néo-démocrate de Timmins-Baie James

Il est temps d’agir

Le grand chef de la Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler, affirme avoir demandé au premier ministre Justin Trudeau d’améliorer l’accès aux soins de santé pour les communautés autochtones en janvier 2016.

Depuis, 17 personnes ont mis fin à leur jour. Il attribue la faute à la « lourde bureaucratie » du gouvernement.

Demande de financement rejetée

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, le grand chef Jonathan Salomon du conseil Mushkegowuk et le Dr Mike Kirlew, qui pratique dans la réserve de Wapekeka, ont participé à une conférence de presse à Ottawa jeudi pour demander au gouvernement fédéral de mettre rapidement sur pied une stratégie nationale de prévention du suicide, particulièrement chez les jeunes.

Les dirigeants des Premières Nations du nord de l’Ontario disent avoir envoyé une demande de financement au gouvernement fédéral, en juillet, qui mentionnait spécifiquement les risques de suicides sur le territoire.

Au-delà de la statistique, il y a un visage. Quel prix peut-on attribuer à la vie d’un enfant?

Perry Bellegarde, chef de l'Assemblée des Premières Nations

Un haut fonctionnaire de Santé Canada, Keith Conn, leur a répondu deux mois plus tard que les coffres étaient vides à cette période de l’année et que le moment n’était pas idéal pour leur venir en aide.

« Le gouvernement a été averti des risques, mais a parlé d’un " budget étrange ", mais pour qui? », se révolte Charlie Angus, ajoutant que si la situation avait concerné de jeunes non-Autochtones, le « gouvernement aurait été mis à la porte ».

Une stratégie à court et à long terme

L'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, Irwin Elman, plaide aussi pour une stratégie de prévention du suicide dans les communautés autochtones du nord de l'Ontario.

La situation pour les jeunes et les enfants est urgente.

Irwin Elman, intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes

« À un moment qui devrait être consacré à la guérison et à la réconciliation, c'est un autre rappel de l'échec du Canada de faire face aux difficultés et à la perte de vies dans les communautés », dit-il dans un communiqué publié jeudi.

Il ajoute que son bureau a appelé à plusieurs reprises les gouvernements à répondre aux problèmes sous-jacents qui sont plus ou moins responsables du taux élevé de suicides.

Selon lui, il faut que toutes les parties, les dirigeants politiques et les Premières Nations se réunissent pour mettre en place une stratégie à court et à long terme.

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