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Suicides dans les communautés autochtones : une adolescente qui faisait partie d'un pacte se confie

EXCLUSIF - L'état d'urgence est en vigueur depuis deux semaines dans la réserve autochtone de Wapekeka, dans le nord-ouest de l'Ontario, après le suicide d'une troisième adolescente depuis le début de l'année. Jordan (nom fictif) avait conlu un pacte de suicide avec les victimes.

Un texte de Martine Laberge

Assise au bord de l'eau, le regard tendre et la voix douce, l'adolescente a songé elle aussi à s'enlever la vie, comme l'a fait sa cousine, Jenera Roundsky, il y a deux semaines.

L'adolescente fait partie de ces jeunes que l'on considère « à risque » dans la petite communauté de 400 habitants située à 600 km au nord de Thunder Bay.

Après le suicide de Jolynn Winter et de Chantell Fox en janvier, la jeune de 14 ans faisait partie des jeunes qui ont été emmenés à l'extérieur de la réserve pour être placés sous surveillance médicale. Depuis janvier, elle a suivi des thérapies à Ottawa, à Winnipeg et à Sioux Lookout.

Elle est de retour dans sa communauté depuis quelques jours seulement. « Je suis heureuse de retrouver mes parents et mes amies », dit-elle. Mais du même souffle, elle avoue ne pas être certaine d'avoir la force de rester alors que la communauté tout entière est en état de crise.

Trois élèves en moins de 6 mois

À l'autre bout du village, Ivan Sakakeep est assis sur le balcon de sa maison, cigarette à la main. Le directeur d'école habite à quelques pas de la patinoire extérieure, l'endroit où Jenera Roundsky s'est enlevé la vie le 13 juin.

M. Sakakeep est l'un des premiers à être arrivés à la patinoire, le soir fatidique où Jenera a mis fin à ses jours. Il avait tenté, en vain, de la réanimer. Il ne sait plus pendant combien de temps il a pratiqué les techniques de réanimation cardiorespiratoires. « C'est comme si le temps s'était arrêté », dit-il.

L'homme d'une cinquantaine d'années ne dort presque plus depuis le soir du 13 juin. Il avoue qu'il ne sait pas pourquoi de si jeunes personnes décident de mettre fin à leurs jours, mais il veut à tout prix que ça cesse.

Une génération perdue

Au cimetière, Georgina Winter place une fleur devant la croix où figure le nom de sa petite-fille, Jolynn Winter, qui s'est suicidée le 8 janvier. Des fleurs artificielles de toutes les couleurs décorent le petit cimetière de Wapekeka. La grand-mère, comme bien des résidents, viennent régulièrement y faire un tour pour y étendre du tabac, un rituel observé dans la région.

Mme Winter se souvient de la vague de suicides qui a décimé une génération dans la petite communauté dans les années 90. Une quinzaine de jeunes s'étaient enlevé la vie en 10 ans.

Elle a peur que l'histoire se répète et que d'autres adolescents passent à l'acte. « Ils seraient des adultes, aujourd'hui », dit-elle, en pensant aux adolescents qui se sont suicidés dans les années 90.

De nombreux traumatismes

Joshua Frogg, gérant de la bande autochtone, pratique le rituel de la fumigation chaque matin. Le rituel consiste à faire brûler de la sauge dans une coquille. « C'est pour éloigner les émotions négatives », dit-il.

Le chef, Brennan Sainnawap a décrété l'état d'urgence la semaine dernière, demandant ainsi de l'aide supplémentaire pour faire face à la crise. « Les gens ici sont épuisés et endeuillés. Il nous faut des renforts pour s'assurer qu'aucun autre enfant ne mettra fin à ses jours », estime M. Frogg. Questionné à savoir pourquoi les jeunes de sa communauté semblent vouloir s'enlever la vie, il répond que les gens de Wapekeka ont vécu de nombreux traumatismes.

De nombreux résidents de Wapekeka ont fréquenté des pensionnats autochtones et ont été victimes d'abus sexuels de la part du prêtre anglican pédophile Ralph Rowe, reconnu coupable de 75 crimes sexuels impliquant des enfants autochtones dans le nord-ouest de l'Ontario et au Manitoba.

Joshua Frogg affirme que sa communauté veut s'en sortir et qu'elle a présenté aux gouvernements des plans à court, à moyen et à long termes pour mettre fin à la crise qui la secoue. La communauté prévoit entre autres tenir une conférence sur la prévention du suicide en août. Une telle rencontre avait été annulée il y a deux ans, faute de financement.

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