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Sur la trace des auteurs des attentats de Paris

Trois mois après les attentats de Paris, une équipe de l'émission Enquête montre comment les terroristes ont réussi à déjouer les systèmes de sécurité et à commettre le pire carnage en sol français depuis la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, l'un des terroristes est toujours en fuite et le frère d'un autre voudrait venger ce dernier.

Un texte de Johanne Faucher et de Jo-Ann Demers

Les auteurs des attentats de Paris étaient tous dans la ligne de mire des services de sécurité. Et pourtant, le 13 novembre a eu lieu. Ce soir-là, un commando de 10 terroristes coordonne des attaques qui font 130 morts.

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Ces attentats semblent avoir été commandés au plus haut niveau du groupe État islamique depuis la Syrie, selon Claude Moniquet, ancien agent de renseignement de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), service de renseignements français. Mais les exécutants sont tous des jeunes Français et Belges âgés de 20 à 30 ans.

La majorité des auteurs des attentats de Paris se sont connus dans un camp d'entraînement du groupe État islamique en Syrie. Les autorités savaient qu'ils s'étaient radicalisés et les avaient tous dans leur ligne de mire. Ils étaient fichés, inscrits sur une liste de surveillance.

Abdelhamid Abaaoud

Abdelhamid Abaaoud est probablement le plus connu des services de renseignements. Âgé de 29 ans, il a grandi dans la commune de Molenbeek à Bruxelles. Petit délinquant, il fait plusieurs séjours en prison. Quand il sort de prison en 2012, il troque son jeans pour la robe traditionnelle afghane. Il accuse son père d'être un mécréant, d'éduquer ses frères à l'européenne.

Le 23 mars 2013, la police belge intercepte un de ses appels. Il annonce à un ami qu'il s'en va « faire le camp », un camp d'entraînement en Syrie.

Un an plus tard, même s'il est censé être surveillé par les services de sécurité, il réussit à revenir en Belgique et enlève son petit frère Youness, âgé de 13 ans, à sa sortie de l'école. Abdelhamid Abaaoud est intercepté à l'aéroport de Cologne, en Allemagne, au contrôle des passeports. L'alerte est donnée, mais on les laisse passer, son frère et lui.

Abdelhamid Abaaoud ne craint pas de diffuser des images de lui sur Internet. Son visage est donc très connu. En février 2014, on le voit traîner des cadavres de soldats syriens.

Dans DABIQ, le magazine de l'État islamique, Abdelhamid se vante de pouvoir entrer en l'Europe et en sortir à la barbe des autorités. Et c'est d'autant plus facile qu'il n'y a plus de frontière à l'intérieur de l'Europe.

Salah Abdeslam toujours en fuite

Si Abdelhamid est le capitaine de l'attentat de Paris, Salah Abdeslam, un ami d'enfance, est quant à lui responsable de la logistique. Ce Belge de 26 ans est décrit comme un musulman peu pratiquant, qui aime la drogue, les filles et l'alcool.

Salah Abdeslam se serait radicalisé en prison. Il est lui aussi fiché sur la liste de surveillance de la Belgique. Malgré tout, il réussit sans problème à se rendre en Italie, en Hongrie et en Autriche pour préparer l'attentat. Il trouve des recrues, des détonateurs et des kalachnikovs, et il loue des appartements et des voitures.

Quant à Sami Amimour, un des kamikazes du Bataclan, son histoire révèle une autre faille du système de surveillance européen.

En octobre 2012, il est arrêté lorsqu'il tente de se rendre faire le djihad au Yémen. Il est alors placé sous contrôle judiciaire et doit se présenter toutes les semaines au commissariat de Drancy, la banlieue de Paris où il habite. Personne n'a sonné l'alarme lorsqu'il a cessé de se présenter. Quelques semaines plus tard, il s'est enfui en Syrie.

D'autres kamikazes de l'attentat de Paris ont été surveillés, en vain.

Après les attentats, toujours le 13 novembre, des amis de Salah Abdeslam viennent le chercher à Paris et le ramènent en Belgique. En route vers Bruxelles, ils se sont fait contrôler à trois reprises par la police. Chaque fois, on les a laissés passer.

Il est aujourd'hui en fuite, visé par un mandat d'arrêt international. Il a réussi à passer entre les mailles du filet une fois de plus.

Quant à Abdelhabid Abaaoud, il s'est réfugié avec Chakib Akrouh, un complice, dans un buisson pendant quatre jours après l'attentat. Sa cousine est finalement venue les chercher et les a hébergés dans un appartement de St-Denis. Les services de renseignements suivaient sa cousine Hasna Aït Boulhacen qui s'était convertie à l'islam radical.

La filature conduit les policiers à l'appartement de St-Denis, où le 18 novembre à 4 h 20 du matin, ils donnent l'assaut. Dans les décombres, la police trouve le corps de celui qu'elle cherche depuis longtemps, Abdelhamid Abaaoud.

L'État islamique a revendiqué les attentats et a promis que Youness, le jeune frère d'Abdelhamid, vengerait son frère.

Une menace inédite

Selon Claude Moniquet, ex-agent de renseignements de la DGSE, « la menace à laquelle les services de renseignements et de la police doivent faire face aujourd'hui est une menace d'une ampleur jamais connue en Europe. À l'époque d'Al-Qaïda, c'étaient peut-être 500 personnes. Aujourd'hui, le groupe armé État islamique compte de 8000 à 10 000 sympathisants en Europe ».

Selon lui, quand un attentat fait 130 victimes comme celui du 13 novembre, il est évident que le système n'a pas fonctionné.

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