Retour

Surpêche : les inspections du Canada dans les eaux internationales ont diminué de moitié

Le nombre de navires et d'inspecteurs canadiens qui assurent le respect des règles internationales de pêche dans les eaux internationales au large de Terre-Neuve-et-Labrador a fortement diminué, selon un rapport obtenu par le réseau anglais de Radio-Canada.

Selon ce rapport de Pêches et Océans Canada, les coupes budgétaires de l'ère Harper et le vieillissement de la flotte de la Garde côtière canadienne ont contribué à cette diminution.

Le rapport interne, obtenu grâce à la Loi d'accès à l'information, indique que le nombre de jours de patrouilles et d'inspections en mer dans la zone régie par l'Organisation des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest (l'OPANO) a chuté de moitié de 2011 à 2015. Le rapport date de mars 2016.

Moins de navires étrangers

Pêches et Océans justifie cette diminution par la baisse du nombre de navires étrangers qui pêchent dans les eaux internationales au-delà de la limite territoriale canadienne des 200 milles marins. Les navires qui y pêchent toujours sont d'autre part soumis à des exigences strictes de déclaration des prises, ce qui rend moins nécessaires les patrouilles en mer, selon le ministère.

Selon le directeur général du programme de conservation et de protection de Pêches et Océans Canada, Allan MacLean, on trouve ces jours-ci de 8 à 10 navires de pêche dans les zones contrôlées par l'OPANO, alors qu'il y en avait de 25 à 30 dans les années 1990. C'était l'époque de la « guerre du flétan » lors de laquelle le ministre canadien des Pêches de l'époque, Brian Tobin, avait créé un incident diplomatique en ordonnant l'arraisonnement de l'Estai, un navire espagnol soupçonné de surpêche dans les eaux internationales.

« Ça démontre à quel point les choses ont changé depuis 20 ans », affirme M. MacLean.

Un nombre moins élevé de bateaux se traduit nécessairement par une baisse des infractions. En 2015 et jusqu'à présent en 2016, les inspecteurs canadiens ont donné une seule contravention pour chacune des années. De 2009 à 2004, ils en ont distribué en moyenne huit par année.

« Nous avons pris en compte toute cette information et conclu que nous pouvions nous assurer que les navires respectaient les règles tout en réduisant nos [inspections] », précise Allan MacLean.

« C'est comme retirer les policiers de la Transcanadienne »

L'ancien président du syndicat des pêcheurs de Terre-Neuve, Earle McCurdy, qui mène aujourd'hui le NPD provincial, croit que la décision de Pêches et Océans Canada est irréfléchie.

« C'est comme d'enlever les policiers de l'autoroute transcanadienne pendant un long week-end, dit-il. Lorsque les gens réalisent ce qui se passe, les vitesses augmentent! »

Comme dirigeant syndical, Earle McCurdy a assisté aux rencontres de l'OPANO pendant trois décennies. Il dit avoir constaté pendant ces années à quel point la pêche illégale augmentait lorsque la surveillance diminuait.

Pour mieux lutter contre la surpêche, Ottawa veut s'attaquer aux navires étrangers qui violent à répétition les règlements internationaux, comme le Santa Isabel, battant pavillon portugais, le seul contre qui les inspecteurs canadiens ont émis des avis d'infraction en 2015 et 2016. Il a reçu cinq contraventions depuis six ans.

Selon Allan MacLean, Pêches et Océans Canada prépare une stratégie pour mieux sévir contre les récidivistes. Elle a été exposée à des représentants d'autres pays membres de l'OPANO il y a deux semaines, à Londres.

Le ministère ne veut révéler aucun détail pour le moment, mais espère déposer des recommandations aux prochaines rencontres de l'OPANO cet automne.

D'après une enquête de Rob Antle, CBC

Plus d'articles

Commentaires