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Syrie : Assad veut négocier la paix en faisant la guerre

Le président syrien Bachar Al-Assad entend reprendre le contrôle de la totalité de la Syrie en poursuivant la guerre contre les rebelles armés, tout en menant des négociations de paix avec l'opposition.

« Depuis le début de la crise, nous croyons totalement aux négociations et à l'action politique », a déclaré le président Assad au cours d'une entrevue exclusive, depuis Damas, à l'Agence France Presse (AFP). « Cependant, négocier ne signifie pas qu'on arrête de combattre le terrorisme. Les deux volets sont indispensables en Syrie [...] Le premier volet est indépendant du second. »

« Il n'est pas logique de dire qu'il y a une partie de notre territoire à laquelle nous renoncerons », a-t-il poursuivi en précisant que la reconquête du pays - les combats contre les rebelles - pourrait être longue.

L'entrevue accordée par Bachar Al-Assad était la première depuis l'échec des pourparlers de paix de Genève, le mois dernier, et le déclenchement de l'offensive syrienne, appuyée par l'aviation russe, dans la région d'Alep.

Tout en affirmant vouloir reconquérir l'ensemble du pays, le président syrien prétend que l'objectif poursuivi dans la bataille d'Alep, dans le nord de la Syrie, ne consiste pas à reprendre la deuxième ville du pays, mais bien à « couper la route » entre cette ville et la Turquie.

La route entre Alep et la Turquie constitue « la voie principale de ravitaillement des terroristes », estime le président Assad, référant ainsi aux rebelles.

Invasion turque ou saoudienne appréhendée

Bachar Al-Assad a également évoqué la possibilité d'une intervention militaire turque ou saoudienne sur le territoire de la Syrie. Il a toutefois prévenu que les forces syriennes allaient « y faire face ».

« C'est une possibilité que je ne peux pas exclure pour la simple raison que [le président turc Recep Tayyip] Erdogan est quelqu'un d'intolérant, de radical, un pro-Frères musulmans et qui vit le rêve ottoman [...], a-t-il avancé. « Il en est de même pour l'Arabie saoudite, a-t-il ajouté. De toute manière, une telle action ne sera pas facile pour eux et nous allons très certainement y faire face. »

Le président Assad réfute également les accusations de l'ONU, qui tient son régime pour responsable de crimes de guerre. « Les institutions onusiennes [...] sont essentiellement dominées par les puissances occidentales et la plupart de leurs rapports sont politisés et n'avancent pas de preuves », déplore Bachar Al-Assad. « C'est pourquoi je ne crains ni ces menaces ni ces allégations. »

Du même souffle, il demande aux gouvernements européens « qui ont contribué directement à l'exode [des réfugiés syriens] » à favoriser « le retour des Syriens chez eux ». Il tient les gouvernements européens pour responsables de l'exode des réfugiés en raison de l'embargo imposé à la Syrie et à la couverture fournie aux rebelles, qu'il qualifie de nouveau de terroristes.

Ravagée par la guerre civile depuis 2011, la Syrie est le théâtre de combats qui opposent les forces gouvernementales du président Bachar Al-Assad aux rebelles et au groupe armé État islamique. Les violences ont fait plus de 400 000 morts et des millions déplacés.

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