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Taxe de 10 ¢ la course : Coderre juge dérisoire la proposition d’Uber

Le maire de Montréal, Denis Coderre, trouve dérisoire la proposition de l'entreprise Uber de verser une taxe de 10 ¢ par course afin de régulariser sa situation auprès du gouvernement du Québec. Le service de transport propose de verser cette taxe en échange d'une reconnaissance légale de ses activités.

« Quand même que tu donnes 10 ¢ par chargement, qu'est-ce que vous faites avec tout le reste? », a lancé le maire Coderre mardi à l'hôtel de ville, lors d'une mêlée de presse.

Le maire de Montréal estime que la proposition d'Uber laisse en plan les autres doléances des chauffeurs de taxi depuis l'arrivée du nouveau service de transport. Les problèmes des responsabilités, des assurances et des permis demeurent entiers, selon M. Coderre.

« On ne peut exiger des uns qu'ils respectent un ensemble de règles pendant que les autres se contentent de verser 10 ¢ par course, déplore le maire de Montréal. Ce n'est pas une politique à la carte. »

Le maire Coderre soutient que la définition légale du taxi est claire et qu'il faut qu'elle soit appliquée. Il croit que le Bureau du taxi doit faire respecter les lois existantes.

Le maire s'en remet également au ministre des Transports du Québec, Robert Poëti, qui se penche sur l'ensemble de l'industrie du taxi depuis quelques mois déjà.

Pour sa part, Guillaume Lavoie, conseiller municipal de Projet Montréal, trouve l'idée d'une taxe très intéressante. « Ça s'inspire du modèle de Chicago et de Seattle. [Ces villes ont compris qu']il y a plus d'avantages à encadrer [un service comme Uber] pour en tirer des bénéfices que d'essayer de l'interdire. En légalisant, on vient profiter du potentiel énorme d'une activité économique que les Montréalais désirent. »

La proposition d'Uber

Le service de transport a proposé mardi de verser cette taxe de 10 ¢ en échange d'une reconnaissance légale de ses activités.

Une solution similaire a été mise en place à Chicago, où les chauffeurs paient une taxe spéciale de 30 ¢ par course.

Les récriminations de l'industrie du taxi sont dirigées contre la plateforme UberX, de l'entreprise américaine Uber, qui échappe à tout contrôle fiscal de l'État et dont les chauffeurs ne possèdent aucun permis de taxi.

Des chauffeurs de taxi se sont exprimés aujourd'hui sur cette proposition et ils pensent qu'une taxe de 10 ¢ est insuffisante comparativement à tous les frais qu'ils doivent payer, dont les permis de taxi.

Le chiffre d'affaires d'Uber est beaucoup plus élevé que celui des compagnies de Montréal et pour être dans la légalité, Uber devrait payer plus que cela, estime l'un d'entre eux.

Les chauffeurs de taxi avancent que les chauffeurs d'Uber devraient se soumettre aux mêmes obligations qu'eux - taxation et permis - pour se livrer aux mêmes activités.

Patrick Gagné, associé de Taxelco (la nouvelle compagnie de taxis lancée par l'homme d'affaires Alexandre Taillefer), estimait en entrevue à RDI la semaine dernière qu'UberX constitue une forme de concurrence déloyale pour l'industrie du taxi. « UberX permet des tarifs plus bas [que le taxi] parce que ses chauffeurs ne paient pas de permis en bonne et due forme comme le prévoit le cadre réglementaire », déplorait-il.

De son côté, Uber réfute offrir un service de taxi. Le directeur général d'Uber Québec, Jean-Nicolas Guillemette, considère qu'Uber offre un service complémentaire qui ne concurrence pas l'industrie du taxi, mais l'utilisation de la voiture par un passager unique. Il compare son entreprise aux autres services de transport comme les vélos Bixi ou les véhicules de Car2Go, Communauto, le métro et l'autobus.

« Couillard trouvera des chauffeurs de taxi sur son chemin »

La proposition d'Uber intervient quelques jours après la déclaration du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui s'est dit ouvert, samedi dernier, à l'encadrement de ce nouveau type d'offre de transport.

Le premier ministre Couillard a pris cette position devant l'aile jeunesse de son parti qui s'est prononcée en faveur de la reconnaissance d'Uber et d'entreprises de cette nouvelle « économie du partage ».

M. Couillard s'est dit favorable à l'idée d'encadrer les activités d'Uber dans la mesure où sa pratique s'effectue « de façon à ce que ça crée un climat de compétition qui est correct par rapport aux autres chauffeurs ».

Le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM), qui représente les chauffeurs de taxi, se dit préoccupé par la position d'ouverture affichée par le premier ministre de réglementer UberX. « Si tel est son dessein, il trouvera les chauffeurs et propriétaires de taxis et limousines sur son chemin », indique le RTAM par voie de communiqué.

Le syndicat estime aussi que ses déclarations ont poussé Uber à proposer une taxe de 10 ¢. « Ces propositions sont indécentes. Uber ne veut toujours pas payer les taxes et se moque du gouvernement du Québec à pleines pages avec ces propositions. Uber insulte l'intelligence de Philippe Couillard », déclare son porte-parole, Benoit Jugand.

« Si le gouvernement va dans ce sens, cela lui coûtera cher afin de dédommager les titulaires de permis pour la valeur patrimoniale qu'ils auront perdue », ajoute-t-il.

Le RTAM regrette le changement de cap du gouvernement à qui il a remis vendredi 17 recommandations. Le syndicat demande entre autres la reconnaissance d'une association professionnelle, l'établissement d'un code de conduite et d'un comité de discipline et l'introduction d'un module d'enregistrement des ventes.

Le ministre des Transports Robert Poëti et le maire de Montréal Denis Coderre se sont toujours opposés au service proposé par Uber. Ils considèrent, tout comme l'industrie du taxi, qu'il s'agit d'une entreprise illégale. Au cabinet du ministre Poëti, on affirme étudier en ce moment plusieurs mémoires remis dans le cadre des consultations sur l'industrie du taxi, sans donner plus de détails.

L'arrivée d'Uber dans le marché montréalais du transport crée des tensions avec l'industrie du taxi qui se sent menacée. Elle reproche à UberX d'offrir des courses de taxi sans avoir à payer de taxes ou de permis de taxis. Elle réfute la dénomination de « covoiturage », dont se réclame UberX, plaidant que le chauffeur décide de la destination dans l'offre de covoiturage.

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