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« Tel-Aviv sur Seine », symptôme de la crispation française sur le conflit israélo-palestinien

L'événement parisien « Tel-Aviv sur Seine » se voulait une fête mettant à l'honneur Tel-Aviv. Il a plutôt tourné au vinaigre, un signe de plus de la transposition du conflit israélo-palestinien au coeur de la capitale française.

Un texte de Sylvain Desjardins correspondant à Paris

Jeudi, quelque 500 policiers surveillaient les lieux. C'est au moins autant, sinon plus, que le nombre de participants.

De l'autre côté d'un impressionnant barrage policier, quelques centaines de partisans de la Palestine s'étaient rassemblés pour dénoncer les dirigeants d'Israël, un événement qu'ils ont baptisé à la hâte « Gaza sur Seine ».

De part et d'autre des participants, l'objectif initial de l'événement - faire découvrir aux touristes et aux Parisiens de toutes origines la « culture de plage » de Tel-Aviv - semblait bien loin.

La politique plutôt que la fête

Dès 9 h 30, les participants à « Tel-Aviv sur Seine » ont commencé à faire la queue aux abords des quais de la Seine pour se soumettre aux contrôles des sacs et aux fouilles corporelles.

Des hommes, des femmes de tous âges, des enfants aussi, issus pour la très grande majorité de la communauté juive de France. Des gens qui avouaient d'emblée que leurs motivations étaient politiques. Ils savaient que la tenue de cet événement organisé par la mairie de Paris était fortement contestée par les organisations pro-Palestine de France. « Nous venons pour affirmer notre droit à célébrer en public et pour montrer que nous n'avons pas peur », répétaient plusieurs personnes.

Côté propalestinien, on dit qu'il est indécent de célébrer la douceur de la vie en bord de mer qui règneà Tel-Aviv quand les juifs extrémistes et l'armée israélienne tuent des Palestiniens à Gaza et ailleurs dans les territoires occupés.

Les précédents s'accumulent

Selon un compte-rendu officiel, plus de 850 actes antisémites ont été commis sur le territoire français en 2014. Et depuis l'attentat de janvier dernier qui a fait quatre morts dans un supermarché cacher de Paris, les leaders de certaines organisations juives et plusieurs membres de cette communauté répètent à souhait qu'ils ne se sentent plus en sécurité en France.

Pendant la guerre à Gaza, l'été dernier, qui a fait plus de 2100 morts (dont 500 enfants) du côté palestinien et 67 victimes israéliennes, selon les Nations unies, les manifestations anti-Israël ont été nourries, nombreuses et parfois violentes, à Paris et à Marseille en particulier.

Au point où la police a obtenu l'autorisation judiciaire d'interdire toute manifestation liée à ce conflit, au cours de l'été 2014. Une affaire qui a déchaîné les passions en France. 

Sans oublier les nombreux appels au boycottage d'Israël, qui ont toutefois eu une portée limitée jusqu'à maintenant.

Jeudi matin, les prises de bec étaient intenses entre partisans des deux camps aux abords des quais de Paris Plage. Il y a eu quelques bousculades aussi.

Le niveau de crispation sur cette question est très élevé en France. Les organisations et les associations juives et propalestiniennes pullulent dans le pays. À la moindre occasion, les tensions s'expriment. Même quand il s'agit de tout simplement écouter de la musique hébraïque populaire en mangeant des falafels sur une plage artificielle entre les péniches et l'hôtel de ville.

L'administration municipale de Paris dit qu'elle s'attendait à ce qu'il y ait des protestations en organisant cet événement. Mais pas à ce point. Maintenant, ses représentants avouent que l'objectif de rapprochement entre les peuples qui était sous-tendu par cette fête est passablement raté.

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