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Télévision : « On fait de la saucisse! », déplore la présidente de l'UDA

À la veille du Gala des prix Gémeaux, la présidente de l'Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, lance un cri du cœur pour qu'un vent de changements souffle sur le monde la télévision au Québec. Elle dénonce le sous-financement des séries télévisées et le rythme effréné de certaines productions.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

« Je ne pense pas que c'est une télévision qui est vivante. Moi, je pense que c'est une télévision qui est en train de nécroser », affirme d'entrée de jeu Sophie Prégent.

La présidente de l'UDA n'en peut plus de voir la façon dont sont produites certaines séries télévisées.

« Il n'y a plus d'imaginaire, plus de création, il n'y a plus de place pour ça... C'est juste de la saucisse! On fait ça vite, vite, vite. On n'est pas dans la création, dans l'état de grâce; on fait de la saucisse. Est-ce que c'est ça qu'on veut, faire de la saucisse? », demande-t-elle.

Selon la présidente de l'UDA, la production de séries télévisées n'est plus ce qu'elle a déjà été au Québec en raison de la diminution des budgets. C'est que les sommes consenties pour tourner des séries télévisées ont fondu ces dernières années.

« Il y a beaucoup de séries qui sont tournées - plus qu'avant évidement parce qu'il y a plus de réseaux -, mais il n'y a pas plus d'argent. Alors, on fractionne la tarte de façon différente. On se retrouve avec des budgets qui sont accordés par les diffuseurs beaucoup plus petits », explique-t-elle.

Selon l'Association québécoise de la production médiatique, le budget moyen d'un épisode était de 621 000 $ en 2010, alors qu'il est maintenant de 486 000 $.

La présidente de la maison de production Sovimage, Sophie Deschênes, soutient que cette diminution des budgets a un impact sur les plateaux de tournage. « Les télédiffuseurs ont de moins en moins d'argent, constate-t-elle. Donc, on nous demande, nous producteurs, de réduire les budgets. Au fil des années, avec la diminution des budgets, on doit tourner plus rapidement. »

Elle ajoute : « C'est sûr que ça peut avoir un impact sur les conditions de travail. Je ne dis pas que ça en a : je dis que ça peut en avoir ».

Des artisans au bout du rouleau

À l'Association québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS), on est conscient du problème. « En 2010, on pouvait tourner une émission en sept ou huit jours de tournages. La norme, maintenant, c'est cinq ou six jours. Et il y en a qui poussent ça jusqu'à quatre jours de tournages pour une émission d'une heure », dénonce Charles Paradis, directeur des relations de travail.

La présidente de l'UDA estime que les choses doivent changer dans le monde de la télévision. « Il y a beaucoup de pression sur les plateaux de tournage, de plus en plus de la part des producteurs. [...] Je pense qu'un moment donné, il va falloir que tous ces gens-là se rendent compte que là, ça devient malsain. [...] Il y a un manque de sécurité flagrant sur les plateaux de tournage. Il y a eu des accidents, il y a eu des gens qui sont tombés sans connaissances... Là, ça va trop loin un moment donné. »

Récemment, des artisans ont débrayé pour dénoncer la cadence de travail sur le plateau de la série Ruptures, que produit Fabienne Larouche. Depuis, la situation a été corrigée. Mais cette grogne se fait sentir ailleurs dans l'industrie.

Rares sont ceux qui osent dénoncer la situation, par crainte de perdre leur emploi. Pierre Roy, un aide-réalisateur, travaille dans le domaine depuis une vingtaine d'années. « Sur ces plateaux-là, c'est un rythme effréné. Les gens sont tout le temps sur le bord de la panique. Pousser, pousser pour aller plus vite... Même s'il y a quelqu'un qui doit aller aux toilettes, eh bien... c'est comme un délai impensable », illustre-t-il.

Sophie Prégent dit vouloir s'asseoir avec les principaux producteurs pour tenter de trouver des solutions à ce qui se vit sur les plateaux de tournage des séries télévisées. « On est rendu à un moment où peut être qu'on pourrait aller voir les diffuseurs, peut être qu'on pourrait aller voir les "subventionneurs", parce qu'on est tous dans le même bain », conclut-elle.

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