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Tensions en France alors que s'amorcent les débats sur la réforme du travail

Les députés français ont commencé à étudier le controversé projet de loi sur la réforme du travail, dont le dépôt a provoqué une forte opposition des syndicats et des étudiants, regroupés depuis plus d'un mois au sein du mouvement « Nuit debout ».

Mardi encore, ils étaient des milliers rassemblés sur l'esplanade des Invalides, près du palais Bourbon, où siègent les élus de l'Assemblée nationale et du Sénat. La manifestation s'est déroulée dans le calme, encadrée par une forte présence policière, qui a bloqué l'accès au parlement.

Les syndicats et les étudiants reprochent à ce projet de loi de venir précariser le travail.

« Ce projet de loi nous propose la précarité à vie », estime Martin Bontemps, vice-président de l'Union nationale des étudiants français, la principale organisation syndicale étudiante du pays.

« Très concrètement, on la connaît déjà pendant les études, parce qu'on est obligés de se salarier pour les financer. Ensuite, pour trouver un emploi stable, on enchaîne les CDD [contrats à durée déterminée], les stages, etc. Et là, poursuit-il, concrètement, ce qu'on propose, c'est de travailler plus pour gagner moins et de se faire virer plus facilement. Et ça, ça nous pose de vraies difficultés ».

Des manifestations du mouvement « Nuit debout » ont dégénéré en affrontements avec la police, jeudi et dimanche derniers, tant à Paris que dans d'autres grandes villes du pays, comme Rennes et Nantes.

Plusieurs des mesures les plus controversées du projet de loi ont pourtant été modifiées - voire retirées - à la suite de la révision de la commission des Affaires sociales.

Celle qui prévoyait le plafonnement des indemnités en cas de licenciement, par exemple, a été éliminée du texte.

Des articles du projet de loi continuent néanmoins de déranger les opposants, dont celle modifiant le statut du CDI (contrat à durée indéterminée) et celle permettant aux employeurs de négocier avec leurs employés des conditions moins intéressantes que celles prévues par le Code du travail.

Une autre autoriserait les entreprises implantées dans plusieurs pays à licencier des travailleurs français si elles enregistrent des déficits en territoire français. Ces compressions sont actuellement permises uniquement si une multinationale perd de l'argent dans l'ensemble de ses filiales à travers le monde.

Les socialistes divisés

Le projet de loi du gouvernement dirigé par Manuel Valls sera difficile à adopter, car même des députés de sa propre formation politique, le Parti socialiste français (PSF), y sont opposés. Les députés de droite, de leur côté, ont tendance à dire que le projet de loi ne va pas assez loin, surtout depuis que le projet a été modifié.

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, s'est efforcée mardi de convaincre des bienfaits de son projet les détracteurs de tous bords, lors du coup d'envoi de son examen par l'Assemblée nationale.

La ministre du Travail, souvent jugée trop tendre par ses critiques pour porter une telle réforme, en a appelé à l'unité nationale, déplorant que la société française « s'enlise dans une culture de l'affrontement », où les « conservateurs de tous bords s'indignent toujours du "trop" ou du "trop peu", mais s'entendent toujours in fine pour ne rien faire ».

Selon les plus récentes estimations, il manquera une quarantaine de voix au gouvernement pour faire adopter son projet de loi le 17 mai prochain. L'utilisation du bâillon n'est pas exclue, mais une fois adopté par l'Assemblée nationale, le texte devra encore recevoir l'aval du Sénat, qui pourrait renvoyer le texte à la Chambre basse.

Des débats mouvementés au palais Bourbon sont donc à prévoir dans les prochaines semaines.

Une insatisfaction plus large

Chercheur à l'Institut d'études politiques de Paris, Bruno Cautrès rappelle toutefois que le mécontentement des manifestants engagés dans le mouvement « Nuit debout » ne se limite pas à ce qu'on a baptisé « la loi Travail ».

« Je crois qu'il y a un malaise plus général en France qui est au-delà de cette question de la loi Travail », constate-t-il. « Il y a une formidable défiance politique. Les Français n'ont plus confiance dans les hommes politiques. Il n'y a que 12 % des Français qui ont confiance dans les partis politiques et il n'y a que 25 % qui ont confiance dans les syndicats. »

« Il y a quelque chose en France qui est en train de se cristalliser », résume M. Cautrès.

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