Retour

Terrorisme à l'étranger : 9 ans de prison pour Ismaël Habib

Ismaël Habib, ce Montréalais de 29 ans reconnu coupable d'avoir tenté de rejoindre un groupe terroriste à l'étranger, a reçu une peine de 9 ans de détention, vendredi à Montréal. Il est le premier adulte à être condamné au Canada pour avoir tenté de quitter le pays pour rallier un groupe terroriste à l'étranger.

Le juge lui a imposé une peine de 8 ans pour le chef d’accusation d’avoir voulu quitter le Canada illégalement pour se rendre en Syrie, dans le but de combattre dans les rangs du groupe armé État islamique (EI).

M. Habib a reçu une peine supplémentaire d’un an pour avoir fait une fausse déclaration en vue d’obtenir un passeport. Il avait reconnu en mai dernier sa culpabilité sur ce second chef.

La peine maximale d’emprisonnement pour le premier chef d’accusation était de 10 ans. Le juge a statué qu’il fallait envoyer un message clair de dénonciation et de dissuasion.

Il a mentionné que le projet d’Ismaël Habib était soigneusement planifié et qu’il avait vraiment adhéré à la philosophie de l’EI en déclarant, par exemple, qu’il était prêt à mourir en martyr.

L’avocat de M. Habib réclamait six ans et demi d’emprisonnement, alors que la Couronne en demandait neuf.

Le procureur de la Couronne, François Blanchette, a indiqué qu’il s’agit d’une peine « relativement sévère ».

« C’est la nature même des infractions, le niveau de préméditation qui a été retenu par la cour », explique Me Blanchette. « Et le fait que monsieur [Habib] adhérait de façon très, très intensive à l’idéologie derrière le groupe qui a été identifié en l'espèce. »

Selon Me Blanchette, le juge a tenu compte dans son jugement de l’absence de remords de la part de l’accusé, qui n’a pas non plus témoigné sur ses chances de réhabilitation.

Ismaël Habib devra purger au moins la moitié de sa peine avant d’être admissible à une libération conditionnelle.

L’accusé est resté calme et n’a pas eu de réactions lorsqu’il a entendu son jugement.

Appel de la peine?

La condamnation a déjà été portée en appel par l’avocat qui représente Ismaël Habib.

Charles Montpetit dispose maintenant de 30 jours pour porter la peine en appel.

Il veut prendre le temps d'étudier le jugement et discuter avec son client de cette possibilité.

L'avocat reconnaît que c'est un crime grave, mais il s'attendait à une peine plus clémente.

Il n'existait que deux cas de jurisprudence sur lesquels la Couronne et la défense pouvaient se baser pour suggérer une peine appropriée.

Le 19 juin dernier, le père de famille avait été reconnu coupable d’avoir voulu quitter le Canada illégalement pour se rendre en Syrie, dans le but de combattre aux côtés de l'EI.

Dans une décision de 15 pages, le juge Serge Delisle avait estimé que le témoignage qu'avait livré Habib au cours de son procès comportait des contradictions qui minaient sa crédibilité.

Selon la défense, Ismaël Habib voulait gagner la Syrie pour porter secours à sa femme et ses enfants, qui étaient demeurés dans le pays en proie au terrorisme de l'EI et à une violente guerre civile. Le juge n'a pas retenu cette version.

Opération « Mr Big »

Le magistrat avait aussi décrété en mars dernier que les déclarations incriminantes que l’accusé avait faites au début 2016 à l’occasion d’une opération de type « Mr Big » de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) étaient tout à fait admissibles en preuve.

Lors d’une telle opération, des agents d'infiltration approchent le suspect en prétendant être des criminels qui cherchent à la recruter. L’objectif est de gagner la confiance de l’individu pour l’amener ensuite à faire des aveux.

Dans le cas d’Ismaël Habib, des agents de la GRC se faisant passer pour des bandits lui avaient proposé de l'aider à quitter illégalement le Canada pour se rendre en Syrie, où il devait travailler pour des passeurs.

En discutant avec eux, il avait affirmé vouloir rejoindre l'EI et parlé d’un voyage qu'il avait fait en Syrie en 2013.

À cette époque, il avait fait diverses recherches incriminantes sur le web, portant notamment sur l'EI et la géographie de la Syrie. Il regardait également des vidéos de décapitation de l'EI, d’après un témoin entendu en cour.

Neuf mois de prison pour menaces de mort dans une autre affaire

En début de semaine, Ismaël Habib a écopé d'une peine de neuf mois de prison au palais de justice de Gatineau pour avoir proféré des menaces de mort contre son ancienne conjointe et pour l'avoir harcelée.

Selon les faits présentés au procès, Habib forçait sa conjointe à visionner des vidéos de combats djihadistes. Il a aussi voulu la forcer à porter un voile contre son gré et exigeait qu'elle abandonne son emploi parce qu'elle y côtoyait des hommes.

Il a aussi déclaré à la victime qu'il avait l'intention de mettre une bombe sous sa voiture si elle le dénonçait à la police.

Plus d'articles

Commentaires