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Thaïlande : le retour à la normale des rescapés de la grotte prendra du temps

Les 12 garçons rescapés d'une grotte en Thaïlande dans laquelle ils avaient passé plus de deux semaines auront besoin d'un soutien psychologique de longue durée pour surmonter leur épreuve, estime Jonathan Franklin, auteur d'un livre sur les 33 mineurs qui sont restés coincés pendant 2 mois, en 2010, dans une mine effondrée en Chili.

Le journaliste américain, correspondant depuis 15 ans au Chili pour le Guardian et le Washington Post, met en garde dans une entrevue diffusée à l'émission The Current (radio de CBC) contre les risques de l’exposition médiatique sur la santé mentale des rescapés.

« À leur retour, il existe plusieurs facteurs qui peuvent les faire sentir abandonnés ou confus, explique M. Franklin. Je crois qu’il est important de ne pas uniquement se réjouir de leur sauvetage, mais de donner une part importante au côté mental, qui est évidemment beaucoup moins visible. »

Une visite qui tourne au cauchemar

Le 23 juin dernier, les joueurs de soccer âgés de 11 à 16 ans ainsi que leur entraîneur de 25 ans avaient décidé de visiter la grotte de Thang Luam, un site touristique. Ils se sont retrouvés coincés dans les galeries à quatre kilomètres de la sortie par une montée subite des eaux, causée par les pluies de la mousson. Des plongeurs britanniques les ont localisés neuf jours plus tard.

Pendant plusieurs jours, les secouristes avaient repoussé l'opération d'évacuation, préférant envoyer des plongeurs pour approvisionner et rassurer les enfants, le temps d'essayer de faire baisser le niveau de l'eau.

Mercredi, les autorités thaïlandaises ont affirmé que les garçons vont bien, même s’ils sont toujours sous surveillance à l’hôpital. Un responsable du ministère de la Santé a, par ailleurs, assuré qu’ils bénéficieront d’un suivi psychologique pendant plusieurs mois.

Selon les autorités, la présence de leur entraîneur, qui avait fait des séjours dans des monastères bouddhistes, a été un facteur rassurant pour les jeunes.

Des leçons précieuses

Pour réaliser son livre « Enterrés vivants », Jonathan Franklin avait mené une série d’entrevues avec les mineurs chiliens rescapés, ainsi que les sauveteurs, les médecins et les psychologues sur le terrain. Selon lui, l’expérience vécue par les mineurs chiliens pourrait offrir des leçons précieuses pour la jeune équipe de soccer thaïlandaise.

Selon lui, les mineurs chiliens ont eu de la difficulté à retrouver une vie normale après avoir été au centre d’une attention médiatique internationale pendant plusieurs mois. L’un des mineurs a affirmé à l’auteur qu’il ne se reconnaissait plus quand il se regardait dans le miroir. « Ces yeux ne sont plus les miens », lui aurait-il dit.

« Ce n’est pas uniquement une question de résilience, souligne le journaliste. Il faut s’adapter à son nouveau soi aussi, et cela est extrêmement difficile, même avec une bonne assistance psychologique. »

Préserver l'esprit d'équipe

Après leur sauvetage, les mineurs chiliens avaient été invités à des séjours à Disneyland et en Grèce. Les garçons thaïlandais ont, quant à eux, été invités par la FIFA à assister à la finale de la Coupe du monde de soccer en Russie.

De tels gestes, malgré qu’ils soient bien intentionnés, peuvent être « dangereux », selon M. Franklin. Il souligne, par ailleurs, l’importance de conserver l’esprit d’équipe des jeunes joueurs.

« L’exposition médiatique a renforcé la solidarité des mineurs, mais a également créé des opportunités économiques dont certains ont su tirer profit et d’autres pas », se rappelle-t-il.

Selon lui, les mineurs auraient grandement bénéficié d’une thérapie de groupe.

« La marine britannique rapatriait ses soldats à bord de bateaux lents de manière intentionnelle, afin de leur donner du temps pour qu’ils discutent des horreurs qu’ils ont vécues durant la guerre, pour pleurer et partager leurs histoires », souligne M. Franklin.

Son conseil aux jeunes rescapés? « Aller à la plage et vivre au ralenti. »

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